Favoriser l'investissement des familles, comment ?

Publié le par isa

Après deux articles qui interrogeaient sur le sens et la nécessité de faire participer les familles(Et si le voyage de la marionnette ne servait à rien ? L'école peut-elle se passer de la participation des familles ?) , je poursuis en décrivant ce qui peut aider à favoriser leur investissement.

Je raccroche mes explications à notre projet de voyage de la marionnette dans les familles mais elles sont valables dans toutes les situations de relations enseignants-parents.

Alors voilà mettons nous dans les têtes d’une mère et d’un père dont c’est le premier enfant qui entre en Petite Section. Leurs propres souvenirs sont enfouis dans l’oubli de leurs premières années de vie. Ils n’ont aucun point d’accroche pour comprendre ce qui va se passer et ce qui va leur être demandé. Cette incompréhension s’ajoute à la peur d’être jugé dans leur rôle d’éducateur. C’est donc pour un grand nombre d’entre eux dans une certaine méfiance qu’ils abordent ce nouveau statut de parent d’élève. Ils sont dans l’attente de pédagogie, c'est-à-dire dans l’attente d’une communication accessible, détaillée, adaptée. Mais ils aimeraient ne pas être infantilisés, ils ne sont plus élèves et ils ont le souhait d’une reconnaissance d’égal à égal, entre adultes. C’est donc dans une oscillation entre dépendance et liberté que la relation a le plus de chance de réussir.

C’est complexe pour l’enseignant d’autant plus que la formation en la matière est quasiment inexistante. Et pourtant lui aussi éprouve de la méfiance à l’égard de ces parents en attente. Il craint la surveillance, il ne veut pas être pris en défaut d’argumenter sa pédagogie ou ses projets, il veut également de la liberté tout en reconnaissant la dépendance puisqu’il ne peut nier l’influence familiale dans l’engagement scolaire des élèves.

Liberté-dépendance, comment créer un bon équilibre afin que chacun accepte son rôle et le joue dans le respect des autres ?

Reprenons le projet de la marionnette. La première des démarches est celle d’établir des règles et de cibler des tâches. Cela peut sembler inutile, après tout chacun est capable de savoir qu’il faut prendre soin de la valise de la mascotte et chacun est suffisamment inventif pour créer des scénarios de jeu avec la marionnette. Et pourtant, à cause de cette fameuse méfiance, il va falloir poser un cadre, c’est lui qui va donner la liberté de créer. Le parent sait faire mais pourtant il veut être sûr que c’est bien ce qu’on lui demande, c’est toujours ce besoin de compréhension, il faut donc que les règles confortent et les tâches rassurent. C’est aussi pourquoi j’attache de l’importance à la diffusion des récits au fur et à mesure des semaines parce qu’elle permet de donner des clés de compréhension sur la manière dont le projet se déroule.

La plupart du temps, les parents n’osent pas poser les questions simples. C’est donc à l’enseignant d’aller au devant d’eux en s’exprimant clairement, simplement, poliment mais sans bêtifier non plus. Etre simple est sûrement un défi pour nous, l’avantage de travailler avec des petits élèves fait que nous avons appris à penser notre langage et à nous interroger sur ce qu’ils vont en comprendre. Avec les parents, cette gymnastique de l’esprit est nécessaire, car ce qui nous semble évident avec nos codes de pensées ne l’est pas pour tous.

Ce cadre posé, la famille comprend et se sent reconnue dans ses compétences grâce à la confiance ressentie, pour autant, elle veut se sentir libre de ses choix, et le choix de ne pas participer fait également partie du lot. Je crois qu’il est important de garder en tête que l’ouverture offerte dans le projet est une invitation et non pas une obligation. Certes, c’est important pour l’enfant que sa famille participe, mais si elle le fait dans la contrainte et dans l’exaspération, le préjudice vécu pour lui sera aussi négatif que la non participation. C’est pourquoi mieux vaut être dans l’esprit de tolérance vis-à-vis des refus que dans celui d’une attente trop forte. Je ne sais comment vous l’expliquez mais c’est lorsqu’on se met dans cette attitude que tout fonctionne, comme si ce comportement induisait le relâchement de toutes les méfiances et de toutes les craintes.

C’est aussi valable du point de vue de l’enseignant, ce type de projet ne peut être imposé, s’il répond à une injonction, il risque de dysfonctionner, l’investissement qu’il demande doit être contrebalancé par une satisfaction qui ne peut venir que de son libre-choix dans un désir de transformer son rapport à soi-même et aux autres afin d’atteindre le plaisir de faire et d’être.

Expliquer, ne pas juger, ne pas craindre d’être jugé, inviter, communiquer sa joie du projet sont les bases pour la participation des familles.

Favoriser l'investissement des familles, comment ?

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Emilie44 21/05/2014 00:00

Encore un bel article qui exprime si clairement des choses avec lesquelles je suis d'accord à 100%!