On dit oui au coin repli et on dit non à son installation ?

Publié le par isa

Pas facile de lancer un coin qui visiblement n’apporte rien en termes d’apprentissage direct.

C’est toujours la passivité qui reste un point délicat dans la tête d’un enseignant.

Passivité des élèves, passivité de lui-même et je pense à l’observation telle que je la défends dans la pédagogie de l’observation.

Comme il est difficile de dépasser les freins intériorisés sous des normes sociales ( ne reste pas à rien faire, actif = efficace, ne pas voir le temps passé vécu comme positif…), mais aussi par des habitudes liées au fait de s’occuper de 30 enfants en même temps qui nécessite d’être réactif et agissant. Bref, se poser est un désir partagé par tous mais qui n’est pas autorisé dans un univers professionnel tendu et reste souvent associé à l’image de la paresse, de l’ennui et de la nonchalance. Pourtant, lorsqu’on réfléchit, on est d’accord sur ce besoin et encore plus lorsqu’il concerne les jeunes enfants. Alors, que se passe-t-il entre le moment où on affirme « Oui c’est un besoin » et le moment où on veut en tenir compte sans vraiment s’y pencher ?

Je reconnais que cette interrogation m’a traversée à l’époque où j’enseignais et qu’il m’a donné plus de fil à retordre que le besoin de bouger de l’élève. Je n’ai jamais pu me résoudre à installer un vrai coin, les élèves avaient bien à disposition des coussins pour s’allonger sur le tapis quand ils semblaient fatigués, mais combien d’enfants j’ai surpris allongés dans le lit des poupées . A l’évidence, ils m’envoyaient le signe de leur besoin de repli que je n’ai jamais pris en considération de manière particulière. Je le regrette à la lumière des études et des observations que j’ai depuis parcourues. Je pense qu’effectivement, cette attitude de retrait m’incommodait et que j’ai préféré ne pas prendre le temps d’y répondre.

J’en conclus qu’il est toujours temps de s’interroger sur la place qu’on accorde à tous les besoins des élèves, y compris ceux qui nous contraignent.

J’espère ouvrir une porte aux questions sur vos réticences ,vos freins face à ce coin repli.

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Publié dans aménagement

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nat 14/12/2014 22:08

Bonjour,
vendredi, j'ai observé un moment L ... petite puce, pas du tout colérique, ni agressive, tout le contraire. *Mais la , vendredi matin, si il y avait eu un coin repli dans ma classe, elle s'y serait glissé et se serait posée, reposée. Elle est restée assise sur le petit banc sans bouger, sans parler.
Je me suis dit, qu'il fallait que je trouve une solution, cet espace manque vraiment dans la classe,
voilà le projet pendant les vacances.

maud 11/12/2014 13:27

pour apporter de l'eau au moulin... Depuis que je suis ce blog,
j'ai un meuble plein de boites de manipulation à la manière de Mme Montessori,
régulièrement je mets à disposition un bac à eau en utilisation libre,
j'ai un bac à granulés,
j'ai enlevé les bancs et installé une ellipse sur laquelle mes petits s'assoient sans plus de problème que sur les bancs mais quel gain de place...
il faut que je mette en place mon espace moteur et là le père noël va apporter entre autre un nécessaire à balayer et une tente pour se replier tranquillement sur soi-même...
je ne travaille quasi plus avec les fiches, je fais beaucoup de manip et des ateliers langage en petits groupe (quelle géniale idée),
et je laisse les petits qui en ont besoin déambuler ou se poser sans aucun but ou sans rien faire s'ils le désirent, le plus souvent et le plus longtemps possible.
Mais surtout en maintenant un cadre strict (je suis quand même rigide) j'ai arrêté d'avoir peur d'être débordée, de ne pas avoir bouclé ce qui était prévu, avec ces nouveaux rythme je m'adapte encore plus aux enfants... Ils ont passé et ils passent encore beaucoup de temps dans la classe à jouer simplement, à se déguiser, à créer de lien entre eux...
Cela fait beaucoup de je mais c'est tout pour eux :)

Sylvie 09/12/2014 23:04

Moi aussi je manque de place et cette année je n'ai que 22 élèves!! Et pourtant j'ai un petit "terrible" qui terrorise même les plus grands dans la cour, il frappe, crache, dit des horreurs toutes les.....5 minutes en septembre, toutes les 10 minutes en octobre, toutes les 15 minutes en novembre.....ce matin en fin de récré, il m'a dit "j'ai pas tapé!" et c'était vrai! il adore les copains mais sa joie s'exprime par des coups! drôle d'enthousiasme! depuis la rentrée, je l'ai isolé sur une chaise quand il était violent et puis je lui ai proposé de s’allonger dans le coin livre sur des coussins et puis on a peint un grand carton style "le plus beau de tous les cadeau du monde" , j'y ai mis, un coussin, le doudou de la classe, un livre et un rideau pour se cacher...et il y a passé de longs moments tout seul dès qu'il le souhaitait. Il m'a dit qu'il était comme "le petit coucou"...tout seul parce qu'il tapait...j'ai bon espoir pour mon petit "terrible" et je cherche une petite cabane, je crois que le père noël va passer dans la classe! Il n'y a pas de recette mais en lisant ce blog, je puise d'excellentes idées à tester et j'ai 30 ans d'expérience en maternelle! quel beau métier que ce métier en devenir!

isa 10/12/2014 22:58

merci Sylvie pour tes compliments, et je n'ai plus 30 ans ! Je vois bien que ton travail sur toi continue et que tu progresses toujours. Tu dis ta crainte d'être débordée, ton rôle est bien de fixer un cadre et tu ne peux t'en dispenser, tu as à le rappeler parce que c'est ce qui contient les élèves et il leur faut de la stabilité. Cependant, il est préférable de ne pas tomber dans la rigidité, parfois les petites transgressions méritent d'être ignorées, un élève qui n'est pas assis de la meilleure des manières mais qui ne gêne ni ses voisins, ni lui même, à quoi bon ! Ce que tu décris concernant les doudous indique que le niveau de fatigue augmente et c'est normal à cette époque de l'année, dans ce cas, l'enseignant s'interroge sur l'aménagement pratique qui va permettre plus facilement le rangement à proximité car cette proximité rassure et apaise. J'observe, Sylvie, que les essais permettent de se rendre compte des vrais effets d'un aménagement, se laisser un peu de temps pour en tirer des conclusions de manière concrète. Parfois,cela peut prendre des mois avant de se décider à tenter des changements. L'idée de "contenir" est réelle, plus les élèves sont agités et plus ils cherchent le maintien d'ordre verbal mais également d'ordre physique.

sylvieh 10/12/2014 22:18

C’est toujours aussi rafraîchissant de lire tes articles Isa ! Quand je te lis, j’ai l’impression que tu as 20, 30 ans, toujours la pêche, toujours à insuffler donc encore une fois merci pour nous entraîner dans tes projets, réflexions ....et à chaque fois tu tombes pile au milieu de mes questionnements et en ce moment (depuis 1 mois j’y réfléchis) c’est ce besoin de repos, repli, tranquilité...
Comme le dit Nathalie, ceux qui en ont parfois le plus besoin, c’est ceux qui débordent, qui ont parfois du mal à se contenir... Dans ma classe, j’observe plusieurs éléments : des enfants qui ont beaucoup de mal à se tenir assis correctement (becp plus que l’an dernier ), ce sont toujours les mêmes, ils sont à peu près 5, la position assise sur le banc pend ant l’appel (pourtant hyper rapide), pendant l’histoire est difficile(mais il y a du progrès pour notamment une petite fille qui restait debout au début de l’année). Je sens que je m’obstine à vouloir qu’ils s’asseyent « comme tout le monde »...et pourtant je me souviens avoir été dans la classe de ma fille en Ps car je connaissais son instit et certains étaient debout, elle levait le livre plus haut et les enfants étaient très concentrés....Qu’est ce qui me gêne là dedans ? Qu’ils ne soient pas tous en rang d’oignon, vissés sur leur chaise ou qu’ils ne soient pas captivés par l’histoire ? Une peur de me faire déborder certainement, peur qu’ils ne soient pas concentrés donc je n’ ESSAIE même pas et comme tous les jours c’est la même chose, je dois me poser la question, ne suis-je pas en train de me battre contre des moulins à vent ? je pense que quand on se trouve ds ce genre de situation, on doit apprendre des enfants....Je vois bien que nous sommes là ds un rapport de force. Ces enfants me disent qu’ils sont dans l’incapacité pour l’instant de s’asseoir, je peux l’entendre et tendre vers un peu plus d’ASSISE progressive. Qu’en pensent les collègues qui ont des tout petits ? Je crois que cette année, certains enfants sont plus petits que l’an dernier...
Concernant le coin Repli qui consiste en une tortue ds un coin de la classe, assez éloigné du coin regroupement mais visible, les enfants l’utilisent, surtout en fin de matinée et mon petit A qui fait des colères, gros caprices de temps en temps, y trouve refuge souvent en ce moment. En fait, il ressemble à l’enfant dont parle Sylvie sauf qu’il n’est apparemment pas aussi violent. Simplement, il a becp de mal avec la frustration, quand on lui dit non, il peut entrer dans une crise , se rouler par terre (il adore être ds la position allongée) et donner des coups de pied à l’adulte (jolie description ), c’est assez rare mais cela vaut le détour...Il refusait d’aller vers l’activité au moment des ateliers, je devais le laisser un peu jouer puis il acceptait plus ou moins et depuis un certain temps, il accepte becp plus et même je dirais très bien. Par contre, en EPS, quand il s’agit de danse, d’activité corporelle, musicale avec l’intervenant, il veut rester sur le banc. Il participe avec plaisir au parcours de gym et à la séance d’observation mais je dois le reprendre car il a du mal à ne pas courir en s’excitant. En fait, ce sont les activités où il sait qu’il va devoir se contrôler qu’il refuse ? Pourtant, ce n’est pas faute de le solliciter, cela ne me dérange pas , le seul bémol est qu’en tant que spectateur, cela dégénère parfois : il passe sous le banc...malgré mon rappel à la règle « Tu peux être spectateur mais tu es bien assis sur le banc ». Et finalement, on retombe sur le problème de l’ASSISE (c’est bizarre comme terme mais je ne sais pas trop comment le dire. Peut-être proposer à Alban un tapis de gym ? En guise de coin Repos ds la salle de jeux ? Sans doute une crainte en moi, que celui-ci fasse boule de neige ? Mais si les règles sont bien énoncées dès le départ « si on va s’allonger sur le tapis, c’est pour y être tranquille » sinon ce n’est pas possible.
Ces petites voix qui parlent à travers le corps....
Quelle est la limite entre justement les limites que nous leur fixons car il y a bien un cadre...et ce que nous pouvons entendre, accepter, travailler....C’est parfois bien compliqué.
Je prends un exemple du moment : les doudous et tétines. Au départ, ceux-ci étaient très présents ds la classe, la boîte dans le coin regroupement, puis à côté du coin et maintenant elle est à l’entrée. Nous avons encouragé, félicité et ceux-ci se sont raréfiés mais cela reste un besoin pour certains à l’accueil, pendant l’histoire, pour deux ou trois c’est plus compliqué, le doudou est revenu pendant l’activité...les jeux libres...Et puis l’une est revenue avec un énorme doudou (souris de Ratatouille, le méga rat super géant....au secours la maîtresse a peur !) puis l’un puis l’autre et finalement, une sorte de surenchère....Jusqu’à ce que hier, je prenne conscience que c’était fort inconfortable et d’une de les voir vider la boîte et mettre tout par terre pour accéder à leur doudou ( je ferais ptêt bien de faire un super rangement de doudous comme j’ai vu sur le blog...) et de deux trimballer le doudou par terre au milieu des jeux, en dessinant....Bref, bref ,bref...donc j’ai dit qu’on allait se calmer au niveau de la taille(car plus de place...) et au niveau de la prise du doudou ds la journée(ils ont grandi donc pendant l’accueil et en fin de matinée, cela me semble honnête. Je vais y aller de mes félicitations et encouragements....
C’était un exemple pour expliquer qu’entre répondre aux besoins qui évoluent et se laisser entraîner dans des situations (je ne sais pas comment qualifier « régressives » ce n’est pas le mot, répondre à leur plaisir sans règles finalement), le problème est sans doute que tout au long de l’année, les besoins et règles évoluent car ils grandissent, régressent, testent... Qu’en pensez - vous ? J’ai parfois l’impression que ces choses sont beaucoup plus simples, fluides pour certains enseignants qu’elles ne le sont pour moi et que je doive travailler, réfléchir dessus pendant des heures, voir des années pour mettre le doigt dessus ou à côté d’ailleurs...En tout cas, une chose est sûre, cela m’intéresse...
Et concernant le coin repli, je vais aller au magasin suédois acheter une coccinelle en plus de ma tortue... et moi qui leur disais au départ qu’ils pouvaient s’y rendre pendant les activités mais pas pdt le regroupement, pourquoi je me le demande...peur de l’effet boule de neige, peur qu’ils ne veuillent pas écouter leur « maîcresse » (ah ces enseignants tout puissants !), je leur laisse maintenant la possibilité d’y aller pendant le regroupement et c’est A qui squatte pas mal...et il s’y trouve très bien, cela ne dure pas d’ailleurs et je ressens vraiment cela comme disait Nathalie comme un petit cocon et il n’est pas faux de dire que nous on aimerions bien y aller nous aussi parfois... :)

Sylvie 10/12/2014 20:05

Certains jours oui, il réclame le carton souvent et d'autres jours non, il n'en a pas besoin. Évidemment certains autres PS l'ont testé mais il est tout de même pas si grand que ça ce grand carton, ils n'y restent pas longtemps contrairement à mon petit "terrible". j'ai l'impression que ce carton le contient lui qui ne sait pas quoi faire de ce grand corps qu'il ne maîtrise pas toujours. Il est grand pour son âge...l'important ce sont ses progrès et son sourire du matin en entrant en classe.

isa 10/12/2014 07:55

Merci Sylvie pour ton témoignage, est-ce que tu peux dire si ton petit élève demande à se replier fréquemment ? Est ce que par ailleurs, d'autres enfants y vont d'eux mêmes également ? Oui tu as raison, c'est un métier qui demande d'être toujours en recherche, chaque enfant est singulier et interroge, certains sont plus visibles mais c'est également leur mode relationnel

Adeline 09/12/2014 20:25

Coin repli créé par les enfants ! Je m'explique: nous venons de travailler sur le conte Boucle d'or et les 3 ours. J'ai commencé par conter l'histoire en utilisant 3 ours en peluche et le matériel des coins jeux des 3 tailles. Pour le lit de Papa Ours j'ai utilisé une couchette du dortoir. Et tout est resté en place pour que les enfants rejouent l'histoire.
Finalement par commodité ou par hasard ... la couchette s'est retrouvé dans le coin bibliothèque et elle est très occupée ! les enfants se sont appropriés ce coin calme et s'y réfugient de plus en plus. Cela répond vraiment à leurs besoins.

Valérie 93 09/12/2014 20:58

super idée, comme çà même la maîtresse peut s'y reposer aussi!!! ;)

Nathalie 09/12/2014 18:21

je pense qu'effectivement les enfants et encore plus ceux qui "prennent toute la place" ont besoin d'un lieu pour se reposer, se reposer tel un cocon, mais dans la classe j'ai un problème récurrent de poux (cela varie selon les années: l'an dernier pas de souci) donc je dois oublier coussins, matelas, tissus...qui ne serait pas individuel. Comment faites-vous face à ces petites bêtes?

Christelle 09/12/2014 11:15

Moi je ne suis pas contre, bien au contraire. mais c'est le manque de place dans la classe qui me laisse perplexe. J'ai déjà beaucoup de mal à y poser des coins, donc en ajouter un supplémentaire... Je ne vois que le coin regroupement que j'ai installé comme un salon.

isa 09/12/2014 12:35

oui Christelle, mais c'est bien la question du jour, quelles sont les priorités ? où se situe le besoin de repli dans l'ordre de tes priorités ? Et comme tu as pu le lire, j'ai moi-même relégué ce besoin , aujourd'hui je m'interroge sur l'importance accordée et peut-être sous-estimée de ce coin.