L'évaluation, est-ce objectif ?

Publié le par isa

Vos observations concernant l’affirmation « Sans évaluation, pas d’enseignement » montrent qu’il est complexe d’être à la fois dedans et dehors, effectivement les formes d’évaluation sont si variées et les désirs ou non-désirs d’évaluation si multiples que chacun ressent en profondeur une forme d’exigence vis-à-vis de cette pratique. Difficile de concevoir un enseignement sans évaluation parce qu’apprendre ça se mesure, quelle qu’en soit la forme.   

En poursuivant ce travail de réflexion afin de défricher ce chantier vaste et parfois bien vague, j’ai pensé que la définition de l’évaluation pourrait nous aider dans notre démarche.

J’ai choisi de conserver les verbes qui définissent ce terme et que l’on peut trouver dans tous les dictionnaires :

o       Reconnaitre la valeur

o       Apprécier

o       Déterminer

o       Chiffrer

o       Juger

o       Estimer

o       Mesurer

o       Fixer

Ressort de cette série une forte notion de jugement de valeur qui renvoie à la nécessité d’une objectivité.

Cela nous permet de revenir à une des questions qui est apparue dans le débat précédent, à savoir : « Observer, est-ce évaluer ? »

L’observation semble d’une manière logique être nécessaire dans le processus d’évaluation, pour autant comment se donner les moyens de l’objectivité ?

Vient donc la question de la subjectivité dans l’évaluation, comment éviter d’être dans le point de vue particulier, dans le préjugé, dans le ressenti.

Comment se protéger de la partialité inhérente à tous les individus traversés par leurs émotions ? Comment établir une évaluation universelle qui serait valable pour tous ?

N’y-a-t-il pas dans les réactions négatives vis-à-vis de l’évaluation cette crainte de jugement sans justesse ?

L’égalité scolaire ne commence-t-elle pas par le choix du type d’évaluation ?

Remplir un livret scolaire en cochant des cases, est-ce équitable ?  

Voilà une série de questions à méditer, merci à ceux qui prendront le temps de partager leur avis. 

L'évaluation, est-ce objectif ?

Publié dans évaluation positive

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Clairouille 24/09/2015 15:00

Quelle question !!! ou plutôt quelles questions ! Un sacré sac de noeud cette histoire.
Oui, c'est compliqué. Nous sommes subjectivité. Nous sommes humains. En même temps, c'est aussi ce qui nous relie à nos élèves. Cette humanité. C'est aussi ce qui nous permet de tisser un lien avec chacun. Et nous avons besoin d'en tisser un avec chacun je crois.

Clairouille 25/09/2015 15:28

Tout à fait d'accord Isa ! Nous nous devons d'être bienveillant. Ce que je veux dire c'est que c'est paradoxal également cette histoire. Pour pouvoir considérer un élève pour ses qualités avant ses défauts, il nous faut créer un lien, croiser son regard, gagner sa confiance, l'observer. Et ce lien là est-ce qu'il est objectif...? En toute objectivité c'est COM-PLI-QUÉ cette affaire.
Pour ce qui est de l'évaluation, de mon côté, j'ai -comme beaucoup- des petites grilles sur lesquelles je coche qui a fait quoi, comment , en détaillant un peu pour certains élèves ( un enfant qui utilise une stratégie particulière, une tenue de l'outil étrange... )

isa 24/09/2015 15:23

Pour réagir sur ton sac de noeud, c'est vrai que j'aime bien vous faire délier, tirer, renouer des noeuds, c'est intéressant parce qu'il en ressort toujours de brillantes et éclairantes limpidités. C'est le paradoxe universel.

isa 24/09/2015 15:17

oui Clairouille mais ne peut -on pas se prémunir des préjugés et des anticipations négatives, justement parce que nous sommes humains mais que nous avons à être professionnels ? Je veux dire par là: penser l'évaluation pour éviter le mieux possible cet effet "émotionnel" afin que chacun soit considéré comme un potentiel et que ses qualités dominent avant ses défauts.

julia 23/09/2015 20:18

Je trouve effectivement très dur d'être objectif surtout dans les compétences qui nécessitent une observation. En gs, il m'arrivait de noter mes critères avant mais si tous les élèves ne passent pas le même jour, dès fois il est compliqué d'être constant.
De plus, il faudrait aussi trouver l'équilibre entre objectivité et prise en compte de l'élève et de son histoire

Faure 22/09/2015 21:15

L'évaluation m'a toujours questionnée. En élémentaire il m'est arrivé de jeter un tas de copies car je le jugeais finalement peu pertinent pour mes élèves (problèmes de formulations des questions, de mise en page...)L'an passé, je me suis questionnée un long moment sur l'évaluation de reconnaissance des prénoms en PS (lecture globale, intérêt..) car certains élèves étaient ravis d’être en tête en tête mais n'avaient aucune envie de travailler sur les prénoms , d'autres n'avaient pas envie d’être seul avec moi, d'autres reconnaissaient plus de prénoms sur la feuille des copains avant ou après leur passage...Bref ça m'a beaucoup agacée, questionnée... Cela dit je ne suis pas prête à abandonner l'évaluation car, c'est rassurant.
D'autre part, je trouve plutôt juste de prendre en compte le "passé" de nos élèves, parce qu'en tant qu'adulte, j'aime qu'on tienne compte de moi entièrement avant de me juger (ma fatigue....)
Quand j’observe ou j’évalue, j'essaie de ne pas juger, de me dire "ok, il en est là, pourquoi? comment le faire progresser? et surtout je sais qu'il va y arriver si je lui donne le bon outil.Je me souviens qu'un bébé tombe mille fois avant de marcher et que pourtant on ne s'inquiète pas vraiment , on lui donne une main main, un doigt, un trotteur, de la confiance, du temps et un jour il marche.
Peut être qu’évaluer c'est savoir donner le bon outil au bon moment.

isa 23/09/2015 11:40

Ce que tu évoques en début de commentaire Faure est encore un autre questionnement, ce sont les modalités d'évaluation, c'est l'étape après s'être dit si on évalue, et quoi. Alors arrive le comment, tu as raison, il est aussi important que le reste. Et puis tu dis que l'évaluation est pour toi rassurante, est-ce que tu peux aller plus loin dans la compréhension de ce sentiment ? Enfin, tu dis que tu ne juges pas, mais l'évaluation c'est un jugement de valeur, la différence et c'est sûrement ce que tu as voulu dire , c'est la subjectivité, et c'est là toute ma question, comment faire ? Suffit-il de se dire attention, je dois être objective ?

Auré 22/09/2015 20:56

Les évaluations type évaluations nationales me semblent équitables si on veut évaluer des savoirs précis mais elles sont aussi peu adaptées à la maternelle et l'évaluation de savoir faire et de savoir être...
Difficile d'être impartial avec ses propres élèves en connaissant leur histoire, leurs forces, leurs faiblesses, ...
Cocher des cases ne me semble pas équitable, en revanche noter des progrès le serait pour moi un peu plus.
Les verbes apprécier et mesurer sont ceux pour moi correspondent le mieux à évaluer.
Voilà les premières réponses qui me viennent à ces vastes interrogations.

Auré 23/09/2015 13:07

Si je pense. Ce que je voulais dire c'est que le savoir faire et (surtout) le savoir être sont pour moi évalués en observant les élèves donc ne rentreraient pas dans un système d'évaluations nationales avec des observateurs différents...
Enfin, je vois bien que ce n'est pas très clair pour moi, donc pas évident à mettre en mots dans un commentaire.

isa 23/09/2015 11:43

Est-ce que le savoir-être ou le savoir faire ne peut être évalué avec des critères précis ?

Magali43 22/09/2015 20:43

Déjà 3 semaines de passées... je prends le temps d'observer... comme tu nous l'a dit Isa, j'apprends plus de mes élèves en les observant qu'en les évaluant... Je trouve que les nouveaux programmes nous recentrent sur l'enfant et non sur les compétences...
Pour notre école, quand les enfants arrivent au CP, ils ne pâtissent pas parce que leur valise de compétences n'est pas assez pleine... mais parce qu'ils n'ont pas confiance en eux... parce qu'il leur faut davantage de temps pour être à l'aise avec un nouveau maître...
Alors plus ça va, plus je me pose des questions sur l'évaluation...
Pour moi, les élèves qui réussissent, ce sont ceux qui ont envie de venir à l'école, parce qu'ils ont trouvé leur place, établit une relation de confiance, compris qu'ils grandissaient avec l'école ...
En plus, les apprentissages ne se font pas de manière linéaire, ni même par paliers comme le suggérait Piaget, mais plutôt comme des vagues... avec des retour en arrière...

Et puis si on évalue pour que les parents sachent où en est leur enfant, alors seule l'appréciation a de la valeur... les cases ne servent pas ou très peu !

Si on évalue pour que l'enfant sache où il en est, là, ça compte vraiment... alors il faut choisir le bon moment pour chaque enfant... favoriser l'IM qu'il préfère...

Alors là, je réfléchis en même temps que j'écris... je vous laisse... pour réfléchir !

marielle 22/09/2015 20:42

Il me manque souvent le quoi ...
Donc, c'est s'arrêter pour observer quoi...
C'est ouvrir grand les yeux (et les oreilles) pour voir quoi...
Pendant mes ateliers de manipulations, il m'arrive de me poser pour observer...et je n'arrive pas à me centrer, sur un critère, ou sur un enfant, et pourquoi pas sur une manière de résoudre un problème, et sur leur temps d'attention, et c'est dur d'être objectif face à toutes ces observations...tout ça pour dire que l'observation, me panique...c'est vraiment ma façon d'observer qu'il faut défricher...

isa 23/09/2015 12:02

Et le quoi Marielle, n'est-ce pas la réponse au pourquoi ?

Elodie 23/09/2015 10:55

J'ai trouvé dans des anciennes ressources d'accompagnement EPS des critères d'observation qui m'aident à mieux observer le comportement de mes élèves, je les ai intégrés dans une grille que je complète plusieurs fois dans l'année avec des couleurs différents pour noter l'évolution. Je m'appuie dessus pour rédiger mes appréciations. Je vais l'envoyer à isa ce sera plus clair.

Daomichele 22/09/2015 15:18

Et pourtant quand j ai le temps... De les observer... Je mesure certaines de leur compétences...
Par exemple en langage... ( mots... Phrases simples... Complexes... )

isa 22/09/2015 15:39

merci Michèle de te lancer, oui ce n'est pas simple mais parfois il faut passer par des chemins pentus pour voir de beaux paysages... Et j'ai bien conscience de vous emmener dans des sentiers non défrichés ou si peu... Pourtant, je crois qu'il est bon de faire ces détours avant d'entrer dans le vif du sujet, celui du choix de vos évaluations ou du non choix... C'est donc délibéré de ma part de provoquer des grandes interrogations. Et si nous étions injustes dans notre façon d'évaluer et si nous nous laissions influencer par nos émotions, nos ressentis ? Est-ce que notre regard sur les élèves n'agirait pas contre ou pour dés lors que nous voulons les évaluer ? Mais ce regard est-il le même quand on est pris dans le tourbillon de l'agitation ou bien quand on se pose et qu'on décide d'observer en détail ? Tu vois bien que tu précises "Quand j'ai le temps..." et tu notes que ton observation est bien meilleure puisqu'elle "évalue" puisqu'elle mesure (d'après la définition).

Daomichele 22/09/2015 15:16

Et bien quel chantier ! Toujours beaucoup de justesse dans tes propos
Les réponses aux questions proposées sont ardues
En effet j aime l idée de l'évaluation valable pour tous, je pense que cocher des cases n est pas satisfaisant
Entre autres parce Que ça fige une photo floue d un enfant prise à un instant T .
Or les enfants évoluent si vite...
Évaluer ce n est pas observer....