Comment engager le plus vite possible chaque élève dans une spirale du progrès ?

Publié le par RIGAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Denis BARBIER, Professeur d'EPS. Membre du groupe Plaisir & EPS de l'AE-EPS.

Dans notre série des "8 Pistes pour favoriser l'engagement et le plaisir des élèves dans leur pratique, voici la Piste N°2.

L’école fonctionne encore trop souvent sur un modèle où la réussite doit  s’inscrire dans un processus d’apprentissage long, parfois coûteux, synonyme d’efforts et qui ne peut par principe être accessible immédiatement. La réussite doit se mériter ! Dans cette approche, le plaisir engendré par la réussite est nécessairement différé et hypothétique et de ce fait rarement mobilisateur.

Nous pensons à l’inverse qu’il convient d’engager le plus vite possible chaque élève dans une spirale du progrès en proposant un premier niveau de réussite crédible et accessible d’emblée à chacun. Rentrer par la réussite, c’est chercher à l’inscrire dans le vécu de nos élèves. C’est fondamental, car celle-ci génère du plaisir, participe à la construction d’une estime de soi positive et engage durablement les élèves dans une dynamique individuelle et collective de progrès.

La responsabilité de ce premier engagement incombe bien entendu à l’enseignant qui doit pour cela proposer un milieu pédagogique,

- adapté qui prenne en compte les ressources immédiatement disponibles des élèves :

Par exemple : en escalade, autoriser les élèves à tirer sur les dégaines sur la corde, à bénéficier de l’aide des partenaires pour réussir à vaincre des sommets lors des premières séances.

- mobilisateur qui organise une succession logique de projets d’apprentissages accessibles et gratifiants en lien direct avec l’enjeu de l’activité pratiquée :

Par exemple : en course d’orientation, être intéressé à changer de niveau pour réaliser des parcours de plus en plus difficiles à des vitesses exigeantes pour soi.

Cela nécessite la mise en place d’aménagements matériels et/ou réglementaires, qui ont pour fonction à la fois de diminuer les contraintes individuelles qui pèsent sur la mobilisation des élèves et de rendre observable (visible)  la réussite de chacun.

En escalade, le fait de monter un fanion pour l’accrocher en haut des voies apporte la preuve que la cordée a réussi son exploit.

Sans ce « premier pied dans la porte » déclencheur de l’envie « d’aller plus loin », nombreux sont ceux qui risquent d’abandonner, faute de perspective rapide de progrès ou trop souvent habitués à rencontrer l’échec.

Cette entrée dans l’activité, incontournable, permet de mobiliser nos élèves :

  • en leur offrant la possibilité de vivre d’emblée des émotions positives liées à la pratique de l’activité,

En escalade, cela se traduit par le sentiment d’avoir fait son exploit, de s’être surpassé collectivement pour réussir à porter au sommet les « couleurs » de notre cordée.

  • en leur offrant un premier niveau de réussite qui laisse entrevoir des réussites plus gratifiantes et donc des progrès et les invite ainsi à consentir des efforts.

En autorisant tous les moyens possibles pour grimper, les élèves se sentent capables de s’attaquer à des sommets difficiles pour eux, source d’émotions fortes mais valorisantes.

Elle permet également à l’enseignant de repérer au plus tôt ce que les élèves savent faire dans une situation adaptée (et non ce qu’ils ne savent pas faire) et d’observer leur degré de mobilisation confronté à l’enjeu de l’activité.

Faire en sorte que les élèves vivent des réussites très tôt  dans leurs pratiques est déterminant car ils en retirent un double plaisir : une satisfaction personnelle d’avoir réussi et d’être reconnu pour cela, et le sentiment de puissance qu’offre la possibilité d’accéder à un niveau supérieur plus exigeant. Dans cette approche, l’effort n’est ni subi, ni contraint mais consenti et recherché pour viser un plaisir plus élaboré ! Ce sont là les ingrédients d’une dynamique positive visant à transformer un plaisir d’agir initial en envie d’apprendre.

Publié dans actibloom, eps

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Daomich 15/10/2016 19:08

Des projets d apprentissages mobilisateurs.... Merci Isa....

Nath 15/10/2016 09:28

Et à tous les niveaux dans toutes les matières... N'est-ce pas aussi la fameuse Zone Proximale de Développement ?

isa 15/10/2016 13:59

Et tout cela n'est pas nouveau, puisque je relis L'Emile de Rousseau où il parlait déjà et démontrait combien le goût d'apprendre est le plus important à faire émerger à travers le plaisir d'agir et le soutien infaillible des adultes. Alors chacun à sa place peut faire progresser les idées et ne doit jamais se décourager qu'autour de lui on ne pense pas comme lui.

ACTIBLOOM 15/10/2016 13:19

Bien en accord avec votre colère Nath, étant moi même père de deux enfants de 12 et 8 ans, je me tire régulièrement les cheveux lorsque je vois les commentaires "d'un autre siècle" sur les cahiers de mes enfants. Pour autant, à l'image du Colibri de Pierre Rabhi, nous avons tous les capacités à notre niveau de changer les choses. En tout cas c'est ce qui anime les personnes au sein d'actibloom.

Nath 15/10/2016 10:39

Je suis persuadée de tout ça mais quand je vois certains profs de domaine professionnels dire à des élèves qu'ils se préparent à des métiers qui n'existeront bientôt plus, qu'ils n'auront jamais la capacité d'intégrer un BTS après leur bac et qui donnent des évaluations avec des moyennes de classe de 1,5/20 sans remettre en question leur modes d'enseignement, d'explication, de transmission... Simplement "tu n'as pas la moyenne tu es collé et tu refais en colle le même type de devoir sans qu'entre temps on ne te rééxplique ce qui n'a pas été compris la première fois".
La profession est souvent décriée mais on comprend quand on est confronté à ce genre de situation...
Quand l'élève (ou toute la classe) a un fossé à franchir, sans empathie, sans bienveillance...
Comment en tant qu'enseignant peut-on être fier de son job... Une prof maman en colère ce matin.

ACTIBLOOM 15/10/2016 09:59

Oui Nath, l'approche ici présentée est loin de concerner uniquement l'EPS, elle se veut "transverse".