Et après l'observation, que se passe-t-il ?

Publié le par isa

Dans le dernier article , nous nous sommes attachés à mesurer la distance entre ce qui serait objectivement souhaitable et ce qui dépend de nos perceptions et crée un biais subjectif. Effectivement, personne n’échappe aux faits signifiants pour lui-même qui agissent sur son interprétation des actions observées.

Non seulement, il est important d’en prendre conscience mais il est souhaitable de l’accepter en reconnaissant que toute observation est faussée de plus ou moins d’erreurs et de relativité. Notre métier n’est pas une science exacte et aucune réponse parfaite n’existe. En dépit du fait que chacun se défend de ne pas rechercher la perfection, la volonté de tout réussir, de ne pas être critiquable anime bien des esprits. Déchargé du poids d’une telle croyance ( réponse parfaite), l’enseignant choisit la voie de l’humilité et du meilleur de soi. Donner le meilleur de soi est l’axe où la satisfaction va être opérante.

Animé par ce désir, l’enseignant ne considère plus l’observation comme un risque et une contrainte mais comme un outil indispensable. Il sait qu’il ne pourra pas tout observer ni tout voir, mais il peut choisir ce qu’il veut observer, ce qui va l’informer le mieux possible dans l’aide qu’il veut apporter à chacun.

Imaginons une situation : cet enfant refuse tout travail, il reste obstinément en retrait. Les sollicitations de l’enseignante et de l’atsem n’ont rien changé. L’enseignante ressent un sentiment d’échec, elle commence à s’agacer de la situation, elle sent se développer un sentiment de « rejet » vis à vis de lui qu’elle tente de refouler (culpabilisant) mais si elle étudie vraiment son ressenti, elle constate qu’elle lui en veut. Il est nécessaire pour elle de se poser et d’explorer cette situation.

Elle décide de prendre le temps de l’observer. Elle utilise une grille d’observation qui lui permet de se mettre à distance tout en notant scrupuleusement les faits et gestes de cet enfant. Cet exercice permet à la fois de réduire les interprétations à chaud qui viennent parasiter (inévitablement comme nous l’avons vu) l’observation mais aussi de retracer le déroulement (presque exact) d’un moment de la vie de cet élève dans ses dimensions relationnelles.

Cet écrit est nécessaire pour la proximité qu’il va créer, filmer peut-être une solution mais n’aura pas le même impact sur les deux personnes (observateur et observé). Quand un individu s’intéresse à un autre individu en le suivant des yeux et en écrivant ce qu’il voit, l’effort fourni intellectuellement a des répercussions sur la relation. La personne observée est digne d’intérêt et cela interfère de manière inconsciente dans sa relation à l’autre et réciproquement. C’est pourquoi à partir du moment où un lien étroit s’est établi, la communication va changer sans autre décision. C’est l’effet maitre. Lorsque l’enseignant veut aider un élève en étant persuadé qu’il peut progresser alors ses chances de réussite sont augmentées. Nous avons un levier puissant et seules nos représentations peuvent nous empêcher de l’actionner.

Mais revenons à notre enseignante et son petit élève récalcitrant et interrogeons-nous sur la prochaine étape. Elle a recueilli des constatations, elle va prendre le temps de les lire et les relire pour assimiler les nouvelles connaissances sur son élève. Elle peut se contenter d’en rester là en espérant que le lien soit suffisant pour croire à un changement mais elle peut aussi déchiffrer ses écrits. C’est alors une autre phase du travail et c’est mon questionnement :

Que faire de nos observations ? Comment utiliser ce précieux matériau ? Quelles sont les difficultés auxquelles l’enseignant est confronté quand après s’être fixé un but, avoir installé un cadre, s’être prémuni de sa subjectivité, avoir recueilli des faits observables, il se trouve en possession de ce qu’il cherchait ?Que faire de cette étude minutieuse, comment faire en sorte que l’observation débouche sur une prise en charge efficace ?

J’ai choisi comme exemple un cadre d’observation large lié à un déficit de participation de la part d’un élève, j’aurais pu tout aussi bien me pencher sur l’observation d’acquis en langage ou bien de procédures d’apprentissage en EPS … La situation aurait été différente et l’observation également mais finalement la question demeure unique : Comment faire en sorte que l’observation débouche sur une prise en charge efficace ?

Ci-joint ma fiche d'observation que j'ai élaborée. Je l'ai voulu simple à utiliser. J'ai mis du temps à trouver cette simplicité et c'est grâce aux observations d'enfants que j'en suis arrivée à celle-ci. Je m'en suis servie pendant de nombreuses années en ayant le sentiment qu'elle était suffisante. Elle est sûrement perfectible.

Et après l'observation, que se passe-t-il ?

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chounette41 25/01/2017 06:58

une telle observation peut servir lors d'une rencontre avec les parents. Elle nous amène à être précise sur ce qu'on a observé (à un moment donné) et peut déboucher sur une conversation constructive avec les parents.
Pour moi, ton exemple fait écho à une récente observation sur le langage et le comportement (observation académique) qui a mis en lumière (pour les parents, pour moi cela m'a permis de mettre sur papier mes constatations) les difficultés que rencontrait leur enfant ...et qui se manifestaient aussi à la maison ....
merci Isa de nous amener à réfléchir sur notre métier ...

isa 28/02/2017 15:35

Oui Chounette, connaitre ses élèves pour mieux les aider permet également un lien avec la famille. Ce lien est tout aussi déterminant sur l'impact à produire. S'appuyer sur des traces écrites pour communiquer efficacement et montrer tout l'intérêt porté à travers les détails d'observation enclenchent un processus de reconnaissance dont toutes les familles ont besoin pour établir la confiance.

Karine k 2 24/01/2017 18:24

J essaie de répondre à la question .
Il m'a fallu du temps mais j ai voulu inclure dans mon emploi du temps un temps libre où je suis disponible pour chaque enfant . Pas d'observation .
Juste ma présence pour accompagner des El qui avaient une difficulté à se repérer dans la classe , à choisir une activité , à aller dans un espace im nouveau sans son copain .
Un créneau d accompagnement , pas de validation .

isa 24/01/2017 22:20

C'est une étape parce qu'en te mettant ainsi dans un entre-deux, tu prends une certaine distance qui débouche inévitablement sur une forme d'observation. Tu as raison, c'est une marche qu'il ne faut pas négliger.