Vos réponses à l'agressivité : Qu'est-ce que l'agressivité ? Module 1

Publié le par isa

Voici notre troisième volet du module « Qu’est-ce que l’agressivité ? » autour des réponses éducatives et pédagogiques à cette problématique.

Je veux d’abord remercier celles qui ont accepté de donner leurs observations et de montrer que la vie en classe n’ est pas toujours rose. Je voudrais leur dire que dès qu’on se penche sur un phénomène, on le modifie, c’est pourquoi ces exercices d’observation ont un rôle essentiel.

La réflexion de Sandra au sujet de l’agressivité le confirme « Je ne pensais pas qu’elle était à ce point présente dans ma classe ». Il y a une prise de conscience qui lève le voile sur une attitude de déni ou d’habitude qui voudrait qu’on ne voit plus ce qu’on a sous les yeux parce que ça nous dérange intellectuellement. Réfléchir à la violence demande des efforts et la lutte quotidienne contre tous ces petits moments parasites épuise l’activité mentale.

Je veux rappeler que les observations ne portent que sur les agressions physiques et notre étude ne va s’intéresser qu’à cela. Certaines ont relevé des enfants qui crient, qui parlent fort, qui dégradent du matériel, qui montrent de la désobéissance aux ordres, qui piquent des crises, ces actes accompagnent souvent l’agressivité mais afin de limiter notre travail nous nous en tiendrons à la brutalité physique qui est identifiable immédiatement.

Revenons donc à vos observations qui illustrent tout à fait les travaux de R.Tremblay prochain sujet du module 2.

Le constat est le suivant :

  • Le rythme des agressions chez les petits enfants est élevé, AnneL fait observer qu’elle note une agression par quart d’heure. Beaucoup d’entre vous avancent qu’elles ont eu du mal à « suivre », qu’il leur était difficile de « tout » noter, que ça allait très vite parfois…
  • Le lieu vecteur d’agressivité semble être la cour de récréation mais pour certaines cela peut être partout.
  • Le mode agressif est principalement sous forme de poussées mais revêt aussi des formes cruelles variées qui répertoriées ainsi peuvent faire dire à Daomich « C’est ahurissant les messages ! »
  • Deux fois plus de garçons que de filles agressent dans vos observations.
  • Les éléments déclencheurs sont la frustration, l’incapacité à partager mais peuvent également sembler anodins voire inexistants.

 

Vos ressentis expriment souvent un profond désarroi : désemparée, choquée, impuissante, rude épreuve…

Vos réponses donnent un sentiment de fatalisme : impuissante, aucune influence, surveiller sans cesse, en alerte permanente…

Avant d’aborder vos prochaines réponses détaillées, nous pouvons donc affirmer que l’agressivité chez les petits enfants existe à un niveau élevé. Cette constatation est importante parce qu’elle doit nous permettre d’accepter cet état de fait.

Accepter ne veut pas dire regarder sans agir, accepter veut dire qu’il y a un phénomène qui existe partout, qui est inéluctable (on ne peut pas penser qu’il n’existe pas ou qu’il ne devrait pas exister) et qui demande des réponses éducatives et pédagogiques sur lesquelles il est ABSOLUMENT impératif de se pencher.

C’est un travail de longue haleine et vos ressentis se heurtent à cette évidence. Vous aimeriez qu’un seul de vos mots, qu’une seule de vos mises en garde, de vos sanctions viennent à bout d’un comportement ancré. Il s’agit d’une illusion qu’il vaut mieux abandonner. En revanche, commencer ensemble à répertorier vos réponses afin de mettre en commun des attitudes et en discuter va constituer une étape à ce lent processus d’apprentissage de la vie en société pour ces petits enfants.

Aujourd’hui et pendant deux semaines, je vous propose que nous listions les réponses que vous utilisez en cas d’agression physique.

Et j’aimerais également que vous vous posiez deux questions :

 

  1. Est-ce que je ferme les yeux sur des comportements qu’il faudrait reprendre ?
  2. Est- ce que je me sens inefficace ?

 

Merci de participer à ce passionnant fil rouge.

  

 

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Publié dans agressivité

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Sandrine G 08/10/2017 22:29

Lorsqu'il y a agression, je ne laisse pas passer. J'appelle les enfants concernés. Après avoir vérifier "le bobo" chacun s'explique. Je questionne l'enfant sur son geste, les causes, les conséquences. Je lui propose une autre solution pour résoudre un problème (le langage plutôt que les poings!). Je peux également isoler un enfant (sur une chaise à l'écart). L'agresseur demande pardon.

Il est vrai que la gestion des conflits prend du temps et de l'énergie! Je ne pense pas que cela soit inutile mais lorsque l'enfant recommence à taper 5 min plus tard, on peut se sentir inefficace!
Les enfants savent qu'ils ont fait ou vont faire un mauvais geste. Ils nous regardent. Ils ont souvent dit pardon avant que l'agressé vienne se plaindre!... mais c'est trop tard, le mal est fait. Certains ont du mal à comprendre qu'on leur reproche quelque chose alors qu'ils viennent de dire pardon!

J'ai observé moins de jeux de bagarre (policiers et voleurs). Je fais la chasse aux mauvais gestes et incite les enfants à changer de jeu si cela va trop loin.
J'ai par ailleurs discuté avec une maman. Son fils me semblait à l'origine de ces jeux. Le petit garçon me parlait beaucoup de jeux vidéos, films non adaptés à son âge. J'en ai parlé à la maman lui indiquant que je m'inquiétais pour son fils qui jouait brutalement et me parlait beaucoup de jeux vidéos. Je pense que ceci a été bénéfique. (Mais ce n'est pas encore gagné! Il faut maintenant que je vois le papa car la maman n'a pas la plus haute autorité sur les jeux vidéo!)

Marie MB 05/10/2017 22:31

J'ai la chance d'avoir une classe assez calme et peu agressive cette année. Lorsqu'il y a agression j'essaie de mettre des mots sur les sentiments des enfants et je rappelle les règles (Tu es en colère, il n'a pas le droit de te pousser...) à l'agressé, l'agresseur n'étant pas loin, mais en évitant de déprécier l'agresseur. Le fait de prendre le temps d'exprimer les sentiments avec l'agressé le console souvent. Lorsqu'il y a plusieurs récidives, je m'adresse directement à l'agresseur avec quelques mots "Maintenant c'est stop". Je peux aussi sortir l'agresseur du groupe "Tu ne peux pas rester avec le groupe si tu fais ça", sur un ton ferme. Faber et Mazlish proposent des énoncés courts, plus efficaces, à un grand discours.

Le regroupement des élèves dans une classe toute petite, au sol, était difficile en début d'année et sujet à des bousculades, pincements, écrasements de doigts... J'ai pris le temps d'expliquer comment placer ses mains pour ne pas se les faire écraser, chercher des places pour chaque élève, inciter les élèves à trouver de la place pour les copains. Ca vient petit à petit.
J'attends parfois avant d'intervenir, s'il n'y a pas urgence. Les élèves trouvent parfois une solution entre eux (bon ça c'est plutôt avec des MS). Je n'aime pas intervenir à chaque fois, je donne des clés aux enfants et j'essaie de ne pas me rendre indispensable à tout conflit.
Je ne me sens pas inefficace (cette année), j'essaie des choses, j'ajuste, je sais qu'ils sont jeunes et que la socialisation prend du temps.

isa 06/10/2017 13:50

Effectivement Marie MB, il a un décodage à faire pour expliquer la vie en société et donner les pistes à s'approprier, c'est parfois une évidence pour nous alors que c'est un nouveau monde pour certains

AnneJ 04/10/2017 19:34

Il n'est pas facile de rentrer dans la discussion sans retenir le sentiment d'impuissance que le comportement de certains de mes petits élèves ont pu faire naître quelquefois (et de cela il n'y a pas si longtemps!). Malgré tout, je continue d'intervenir à chaque fois et surtout quand l'enfant "agressé" s'adresse à moi en quête de la reconnaissance de sa peine. (j'essaie de m'interdire "ce n'est pas grave!"). Les lectures de C. Guegen (déjà citée) ces dernières années m'ont beaucoup aidée à surmonter ce sentiment d'inutilité: l'immaturité du cerveau des petits incapable de gérer de trop fortes émotions; apaiser , consoler pour participer à la maturation du cerveau des petits. j'essaie de ne plus attendre de mes interventions un résultat immédiat ("tu as compris, tu ne le referas pas?")mais les pense plus comme des petites graines à grandir. J'ai la possibilité aussi ,de fait, de voir grandir mes élèves auprès de mes collègues de moyenne et grande sections (dans la même école depuis un certain moment) et de les voir apprendre à contrôler leur émotion au fil des années. Quel réél bonheur de les voir devenir "tête pensante" ! Il a été question, sur un post précédent de la technique des "messages clairs" pour la résolution de petits conflits à l'école. Curieuse, je suis allée me renseigner sur cette technique (eduscol) et suis très intéressée. L'adulte s'efface pour laisser aux enfants la possibilité de résoudre leur conflit en exprimant eux mêmes leurs émotions et leurs sentiments. Certains d'entre vous l'ont-ils déjà mise en place?
Ce fil rouge est passionnant.
Merci, Isabelle!

isa 05/10/2017 10:19

C'est Else qui a évoqué cette technique. C'est vrai que l'apprentissage de l'empathie ( être capable de reconnaitre les émotions d'autrui) fait partie des mécanismes de prévention de la violence et entendre de la bouche de celui qu'on a malmené ce qu'il a ressenti me semble être un temps nécessaire à prendre. Certainement plus difficile à mettre en place en petite section mais à réfléchir .. dans un de nos modules nous allons nous intéresser aux différentes techniques d'éducation non violente. Quant au sentiment d'inefficacité ou d'impuissance, c'est vraiment un point sur lequel nous devons réfléchir, quand il existe, rien ne sert de le nier, en revanche, le regarder de près, l'approfondir, se demander quelle remise en question il cache, et ne fait-il pas partie de la catégorie "pensée magique" ? Reprendre la situation qui a donné ce sentiment et chercher le tout petit point positif, il en existe toujours un. Ce petit point a une importance capitale parce qu'il évite le jugement négatif qui enclenche le rejet et le cercle vicieux dans lequel on enferme notre relation à l'enfant transgressif.

Daomich 03/10/2017 19:39

Oui je me sens inefficace , et apres discussion avec mes collègues on a en gros les mêmes impressions par contre je réagis tous le temps
Et oui observez change mes façons de réagir
J accepte le probleme plus facilement

isa 04/10/2017 09:26

Est-ce que l'efficacité c'est obligatoirement une réponse immédiate à une posture éducative ?

ValD 28/09/2017 15:50

Je réponds sans lire les commentaires précédents: J'ai le sentiment de ne faire que cela : le gendarme. Je vais auprès des enfants concernés et je demande à l'"agresseur" : est ce que je te tape ? Te pousse... ? L'enfant répond "non". Tu aimes si je te tape ou si un copain te tape ? "Non". Maintenant je te demande de dire "pardon" au copain et tu peux lui faire un calin pour le consoler. Le pardon c'est non négociable. Le calin c'est une option. Il est indispensable que l'"agressé" se sente écouté et pris en charge par l'adulte. 1 enfant (sur 25!) A compris et répète " pas bien taper pas bien pousser"...

isa 29/09/2017 12:08

Edith, je reviens sur ta dernière question à propos des enfants plus âgés et contrairement à nos impressions, plus les enfants augmentent en âge et moins ils sont agressifs, ce sont les chiffres qui le disent. Quand on compte les agressions chez les petits, on peut en avoir toutes les demi-heures alors que plus tard, ça se compte en jour et même en semaine. Ce qui déstabilise c'est de comprendre que les petits sont plus agressifs que les grands mais que leur capacité à faire mal est moindre du fait de leur force mais si on transposait leurs coups avec la force d'un adolescent on serait atterrés de leur violence. C'est une prise de conscience à avoir et je trouve que d'une certaine façon, c'est déculpabilisant. C'est un fait, on doit ensuite travailler sur la meilleure manière de les aider à apprendre le contrôle dans une grande bienveillance.

isa 28/09/2017 23:20

Nous allons découvrir dans les prochaines semaines ce que les travaux de R. Tremblay mettent à jour adossés à des études longitudinales conséquentes donc des chiffres sûrs. Oui, les petits enfants traversent cette période et elle est plus ou moins forte selon le caractère mais aussi selon l'environnement. C'est pourquoi il est important de ne pas se décourager et d'en accepter la réalité. Je pense qu'en le sachant cela doit aider les adultes et notamment pour ne pas en vouloir aux enfants qui ont encore bien du mal à se contrôler.

edith 28/09/2017 17:12

Isa
je me demande si la période d'agressivité est "obligatoire" pour tous. Je suis interpellée, je me demande aussi si au sein de la famille c'est la même chose, si les enjeux sont les mêmes et donc si l'agressivité est décrite de la même façon.

Quel(s) auteur(s) décri(ven)t ce diagnostic? Quelles lectures me conseilles-tu?

Je me demande aussi si les conditions d'accueil dans une classe surchargée, dans une cour de récré où la notion de temps d'éducation n'est pas assez prise en compte ne sont pas aussi des raisons de tant de gestes de "protection" ou de "réaction" pour ne pas dire "d'agression", malgré toutes nos bonnes volontés de bien faire.

Je me demande si notre ignorance du processus n'entrave pas finalement le bon déroulement des choses. Si nos réactions inappropriées n'empêchent pas les enfants de "matûrer" , d'expérimenter, par tâtonnement et réactivité et réajustement du comportement. Comment ne pas s'apercevoir de progrès pour certains enfants et pour certains comportements?
Faut-il tout reprendre à zéro?

Tout comme la bienveillance décrite par Catherine Gueguen m'a fait prendre conscience que l'état de stress vécu par les enfants nécessitait de les rassurer, de les aider à maturer leur système nerveux, de leur montrer avec patience des façons de faire et de les entourer d'ambiance et de messages positifs apaisants.

Je ne me sens pas inefficace, c'est mon rôle d'intervenir, je sais qu'on a à répéter encore et encore, mais aussi à trouver des manières de faire, je m'y emploie. Mais je suis déstabilisée par cette réalité que tu décris comme inéluctable: "vos élèves sont en plein dans cette période d'agressivité"

Et que dire des élèves d'âges plus grands? Primaire? Collège? lycée?

isa 28/09/2017 16:32

Il y a une réalité ValD qui est que vos élèves sont en plein dans cette période d'agressivité, vous ne pouvez y échapper. L'éducation est une longue répétition de rappels des principes de vie ensemble. Il faut tenir bon et ne pas leur en vouloir de traverser une phase qui fait partie de leur développement. Que chacun décrive sa façon de faire est une très bonne chose parce qu'il y a toujours besoin de renouveler ses pratiques et de voir comment faire autrement quand on se sent "inefficace".

isa 28/09/2017 11:38

Voilà peut-être une question à soulever que Christine exprime ainsi "l'agression n'est pas clair limite jeu agression?", à quoi voit-on la différence entre un jeu de bagarre et un scène d'agression ?

isa 28/09/2017 23:27

Tout cela est intéressant, tu vois bien qu'il est possible de distinguer le jeu des actes agressifs, tout est dans les intentions...

edith 28/09/2017 17:15

Les expressions sur les visages?
Les types de cris? (je surveille beaucoup mes élèves avec mes oreilles)
Les suites? comment les protagonistes interagissent juste après l'acte?
Les mots exprimés en cas de rappel à l'ordre? Oui, on jouait.
J'habitue mes élèves à dire haut et fort à un copain "je n'aime pas ce jeu" plutôt que "arrête"

Daomich 27/09/2017 21:21

Très souvent en récréation les jeux de bagarre finissent assez vite mal... Donc il y aurait sans doute quelque chose à creuser pour proposer des jeux plus enrichissants(?)Mais on bute là dessus dans notre école, pour les garçons qui jouent constamment ensemble et qui en fait ne se supportent plus et adoptent coups de tout ordre... Dossard de couleurs différentes indiquant qu'ils ne peuvent plus jouer ensemble mais doivent chercher d autres copains...
Les dossards sont proposés, les parents sont au courant et d'accord
Les enfants sont preneurs et sont conscients de l aide apportée pour les aider à resoudre une situation bloquée

Apres il y a une deuxième série d agressions : celles sans raison ( visage trop près... Griffures, gifles.. Un enfant est assis un autre lui écrase la jambe en passant... Etc)


Troisième série d'agression : trop nombreux ils se pressent et poussent ceux qui les gênent.., ou ne maîtrisent pas leurs gestes en voulant descendre du toboggan et heurtent les précédents...
Ma réaction aux bagarres qui finissent mal... Changer de jeu... Interdire les jeux de bagarre... Taux de réussite très faibles

Réactions aux agressions gratuites : colère de ma part pour faire sentir la transgression grave

Réactions aux gestes incontrôlés... Énervement incontrôlé de ma part.. Car je ne vois pas de solution

De meme lorsque il y a réitération constante d une attitude agressive de la part d un meme enfant... Impuissance la situation semble bloquée

isa 28/09/2017 23:25

oui le jeu de bagarre va nous intéresser et il a sa place dans ce fil rouge, continuons à nous poser des questions, c'est la meilleure façon de comprendre :-))

edith 28/09/2017 17:27

"jouer à se bagarrer n'est-il pas un besoin qu'on retrouve chez tous les enfants dans le monde entier? "
Les petits animaux le font, mais les petits d'hommes? encore une fois....je suis interpellée....j'ai hâte d'éclaircir tout cela pour être au clair dans mes interventions et dans mes réflexions. Ce thème m'a toujours taraudé et je cogite énormément depuis le lancement du fil rouge.
Merci de nous proposer cet espace pour nous informer et nous former.

isa 28/09/2017 11:42

Taux de réussite très faible pour l'interdiction des jeux de bagarre, ça veut donc dire que ça correspond à quelque chose qui est plus fort que tout , non ? Tu as raison MIch, il y a à creuser dans cette direction. Jouer à se bagarrer n'est-il pas un besoin qu'on retrouve chez tous les enfants dans le monde entier ?

Catherine 27/09/2017 18:35

Plusieurs réactions possibles :
- agressions physiques : je n'ai pas vu, un vient se plaindre, je l'écoute, et je fais venir l'autre, on compare les versions et on s'explique, et parfois on a des surprises sur l'agressé et l'agresseur. Rappel de la règle : "on n'a pas le droit de faire mal aux autres et les autres n'ont pas le droit de nous faire mal" (je devrais l'enregistrer!!!)
-j' ai vu, personne ne se plaint : je dis à la "victime" de ne pas se laisser faire, çàd de crier si elle a besoin d'aide (en lui expliquant que sur le coup, je vais peut être le reprendre d'avoir crié mais que quand il m'aura expliqué, ça ira mieux...) puis dans le meilleur des cas, on voit avec "l'agresseur " ce qui s'est passé et souvent je lui renvoie la situation inversée "et toi, si on te faisait ça, est-ce que tu aimerais?". En général, la réponse est négative, alors je lui demande de se mettre à la place de l'autre, en espérant une prise de conscience. Je dis dans le meilleur des cas, car quand les choses se répètent, je suis parfois plus expéditive avec l'agresseur : je lui rappelle la règle et son pourquoi, avec un ton un peu plus ferme, voire un peu trop fort? S'il est dans un coin jeu il peut être amené à en sortir pour aller ailleurs ou va s'asseoir sur une chaise, si je juge qu'il n'est pas prêt à retourner parmi les autres sans risque pour eux (voire pour lui : un s'est énervé contre lui-même l'autre jour, car il ne voulait plus de gel sur se cheveux et commençait à se cogner contre le mur de colère), mais je ne lui présent pas comme une punition, plus comme une possibilité de se calmer car là, ce n'est pas possible (maintenant il est assis sur une chaise qd même...)
- sur les disputes autour d'un objet : j'enlève l'objet concerné (sauf si j'ai vu celui qui arrachait des mains), ou j'essaie de trouver un autre objet similaire pour celui qui n'en a pas
- sur les mauvais usages des objets (lancer, cogner les voitures les unes contre les autres) : en début d'année, je prends le temps de montrer à l'enfant comment jouer avec on cherche des possibilités ensemble (je me suis aperçue que certains ne savaient pas jouer), après s'il réitère beaucoup, je n'explique plus, je le sors
- sur les jeux que je juge "à risque" : je fais un rappel oral, voire plusieurs puis j'assois les enfants concernés s'ils ne s'arrêtent pas.
Concernant la réparation, ce n'est pas si simple quand je sens l'enfant prêt on essaie de la mettre en place. Par contre, il y parfois celui qui est tellement en colère ou dans l'opposition qu'exiger une réparation entraîne un conflit fort où finalement l'enseignant n'obtient rien et où l'enfant "sort vainqueur" (pas dans le sens où l'enseignant doit être le plus fort et avoir du pouvoir, mais dans le sens où l'enfant se retranche dans son attitude et se ferme à toute évolution. Ca ne veut pas dire qu'on le laisse faire, mais que le rappel à la règle, voire "la punition sur la chaise" sont les 1ères étapes. Il faudrait prendre ensuite le temps d'y revenir à froid où l'enfant est plus disponible. Mais j'avoue que je ne le fais pas forcément. Je suis aussi assez d'accord que parfois l'agressé n'a pas vraiment envie d'un câlin. Et oui, on a des fois envie de faire autre chose que de la "discipline" qui demande beaucoup d'énergie. On le sait qu'il faut répéter les choses, mais quand même... Après est-ce qu'on se sent impuissant, je ne sais pas... Parfois énervée de voir que l'on répète et répète et discute et reprend et que 30 secondes après tout est à recommencer (je me souviens de l'année dernière d'une dispute entre 2 filles qui voulaient être toutes 2 chefs: elle ne veut pas faire ce que je veux... On discute, elles expliquent, on élabore une solution commune et à la fin, une me dit oui mais moi, je veux qu'elle joue comme ça... Je crois que je les ai laissées se débrouiller...)

christine G 27/09/2017 17:18

(n'ait pas vécu roohhhrr ) inefficace quand le découragement vient face à ces quelques récalcitrants qui ne changent rien à leur comportement , l'impression de toujours "punir" "mettre sous la touche celui qui a déja une étiquette de "méchant" ou de " celui qui mord, celui qui pince, celui qui griffe " . La réparation "câlin" me pose aussi problème a t-on envie de faire ou recevoir un câlin de celui avec qui j'ai eu un pb ?c'est peut-être une solution que les maîtresses de PS proposent plus volontiers que les GS ???

christine G 27/09/2017 17:10

si je ferme les yeux c'est que l'agression n'est pas clair limite jeu agression? ou que l'agressé soit n'est pas vécu cela comme une agression soit y ait répondu seul et sans violence . Je peux fermer les yeux si l'enfant qui se défend est d'habitude impuissant face aux agressions...il faut apprendre un minimum à se défendre non?

christine G 27/09/2017 17:04

j'accueille en premier l'agressé je dis j'accueille car je mets mes mains en avant vers lui pour lui faire comprendre que c'est sa santé, son bien être qui m'importe en premier, je l envoie se faire soigner ou je le calme et lui demande d'expliquer , j'invective l'agresseur en lui ordonnant de venir au plus vite ou d'arréter au plus vite gestes autoritaires et si besoin je le stoppe manu militari (son geste n'est pas recevable). Je demande calmement a chacun d'exprimer son point de vue et on convient ensemble du mode de réparation ou d'excuse en général je demande à l'agresseur de partir jouer à l'opposé de l'agressé

vigie90 27/09/2017 16:02

Voici une observation faite en récréation qui nous prouve que les efforts payent !!!
Un élève de grande section nous a amené un élève de petite section en le tenant très gentiment par la main. Il nous a expliqué que le petit l'avait tapé. Ma collègue a commencé à expliquer au petit qu'il ne fallait pas taper, il s'est mis à pleurer, du coup ma collègue à proposer au petit de faire un câlin au grand qu'il avait tapé. Ce qu'il a fait. Ce qui était sympas c'est que le grand lui faisait aussi un câlin.
Voir un grand si bienveillant alors que ce même élève était lui aussi bagarreur en petite section et en moyenne section fait très plaisir!!!

isa 27/09/2017 16:19

Effectivement, l'agressivité diminue logiquement avec l'âge si tout ce qui est mis en place porte ses fruits et visiblement pour vous, ça a fonctionné pour ce grand.

Bay 27/09/2017 08:08

Bon, zut et crotte, j'ai raté le second volet. J'en aurais eu des choses à relater....
Lorsqu'un enfant vient se plaindre d'un acte de violence de la part d'un autre, j'appelle l'agresseur et je lui demande pourquoi cet enfant vient me voir et ce qu'il s'est passé. Généralement, sauf cas extrême de déni, l'agresseur reconnait son geste. Je lui demande ce qu'il en pense et ce qu'il compte faire pour réparer. S'il n'a pas d'idée, je lui demande d'aller réfléchir assis au calme sur le banc et de revenir lorsqu'il a trouvé une réparation. Ensuite, nous discutons de la réparation-généralement s'excuser ou aider le camarade- et il va la faire. Je précise que j'ai des GS. Quand il n'a pas de solution à proposer, je lui demande de s'excuser et de se contrôler en lui demandant s'il aimerait qu'on lui fasse la même chose. Parfois, je suis tellement contrariée par un enfant qui réitère les mêmes actes de violence malgré les discussions et les réparations que je lui demande de s'asseoir à côté de moi pour réfléchir à ses actes parce que maintenant ça suffit qu'il agresse les autres, ce qui revient à une punition sur le banc, soyons clairs. Lorsque les violences ont été très graves. Après la récréation (parce que généralement, c'est souvent à ce moment-là que cela se passe), nous faisons un point de réflexion ensemble. Discussion en cercle de parole, tous assis par terre (je rappelle que je n'ai pas de bancs dans ma classe) et je lance la discussion en les faisant réfléchir sur l'acte violent et comment on aurait pu l'éviter. Ils ont toujours de bonnes idées et ce qui marche le mieux c'est lorsque les pairs ont trouvé une idée pour se contrôler ou décident d'aider le camarade à se contrôler en lui rappelant les règles, ou comment se contrôler ou en le mettant face à ses actes. Mais, c'est un travail de longue haleine avec les élèves. Et parfois, je suis découragée....
Est-ce que je ferme les yeux ? non, mais parfois avec la fatigue ou l'énervement ou "zut, j'en ai marre", je ne prend pas le temps de refaire tout le toutim de discussion, etc.
Est-ce je me sens inefficace ? non, parce que je suis d'un naturel optimiste et je me dis qu'une petite graine plantée va bien finir par germer, non ?, mais lassée, ça ! sûrement !

isa 27/09/2017 15:12

Ton bien-sûr n'est pas évident pour tout le monde et je voulais en savoir plus. J'apprécie la poignée de main qui est un geste symboliquement fort.

Bay 27/09/2017 13:13

Pour répondre à Isa et apporter un éclairage aux autres bien sûr. Oui bien sûr, après les excuses de l'agresseur, je demande à l'agressé si cela lui convient et si, ils peuvent (re)-devenir amis ou pas tout en respectant les désidératas et ressentis de l'autre. Quand ce n'est pas possible, je leur propose de ne pas fréquenter les mêmes endroits dans la cour (elle est assez grande) ou de se séparer en classe. Quand c'est possible, je leur demande s'ils peuvent jouer ensemble et quel jeu pourrait convenir à tous ( parce que bien souvent l'agression vient de là ou d'un jeu trop violent) et je leur fais se serrer la main comme des grands ce qui les fait généralement bien rigoler. Et comme le rire est salvateur, ça va mieux après.

isa 27/09/2017 10:43

Est-ce que la notion de réconciliation est abordée dans ton processus ?

Else 26/09/2017 21:58

J'essaie quand je le peux de ne plus demander des excuses mais de demander à l'agressé d'expliquer à l'agresseur ce qu'il lui a fait et ce qu'il a ressenti (le fameux message clair ), en général l'agresseur se sent honteux. Je lui dis de s'excuser et de dire qu'il ne le refera plus, même si on sait que ce sera de longue haleine.
Parfois je demande à l'agresseur s'il aimerait qu'on lui fasse la même chose.
Mais comme Portdafrique c'est parfois une réaction énervée, surtout si la fatigue est là...
Merci pour cette réflexion.

isa 27/09/2017 16:25

Plus simple certes mais le langage reste l'atout principal pour accéder à la compréhension. Il est aussi ce qui occasionne de l'agressivité, les enfants qui n'ont pas encore accès au langage sont potentiellement plus enclins à agresser dans leurs relations aux autres.

Else 27/09/2017 16:09

Le mot honte est peut être un peu fort, c'est plutôt que l'agresseur ressent ce que l'autre a pu ressentir et du coup, c'est peut être plus facile de s'excuser ou de se réconcilier. L'idée du câlin ou de la poignée de main est une bonne idée je trouve, peut être plus simple pour des petits que des paroles. Il ne faut pas stigmatiser l'agresseur je pense et ne pas rester dans une attitude négative.

isa 27/09/2017 10:57

Est-ce que la honte ressentie doit demeurer ou y-a-t-il un moment qui contre-balance cette émotion ? En clair, l'émotion négative a une portée qui se veut éducative parce qu'elle donne du sens à la conséquence de ses actes "Quand je suis agressif, je reçois un message dévalorisant " mais comment ne pas tomber dans la mauvaise estime de soi qui peut créer un désintérêt aux règles sociales ? Qu'est-ce qui permet de trouver le bon équilibre ?

portdafrique 26/09/2017 21:30

J'ai observé certaines de mes réponses en observant les élèves. Parfois oups ce ne sont pas des réponses, mais ma réaction énervée. En général, je demande réparation (faire des excuses, dire qu'on ne le fera plus...) et je détourne les enfants de l'activité qu'ils faisaient avant (ex: va lire un livre), mais hélas ce n'est pas si simple ils ne sont pas d'accord.

isa 29/09/2017 11:53

Ce serait valable d'observer si pour un même type d'agression, vos réactions sont les mêmes quelque soit les enfants ?

portdafrique 28/09/2017 19:38

Oui, c'est vrai, quand ce sont des chamailleries mais avec quand même des agressions, je peux laisser passer. Parfois même quand l'enfant est particulièrement tenace, j'essaie de régler rapidement le conflit, pour ne pas me retrouver dans une situation que je trouve sans issue pour moi/sur le moment.

isa 28/09/2017 11:30

Merci Portafrique, est-ce que tu peux dire que tu n'interviens pas pour toutes les agressions physiques ?

portdafrique 27/09/2017 20:31

Réaction énervée : "Maintenant ça suffit, toi tu vas de ce côté et toi de l'autre". Je ne prends pas le temps.
J'essaie de bien régler un conflit en récréation où je suis plus disponible mais en classe, cela peut me déranger durant une activité. Je suis pourtant bien consciente que c'est un enjeu essentiel des apprentissages en maternelle...

isa 27/09/2017 09:46

Quand tu évoques ta réaction énervée, tu veux dire que tu cries ? Si c'est le cas, quelle émotion cette situation déclenche-t-elle chez toi ?

edith 26/09/2017 20:50

1. est-ce que je ferme les yeux sur des comportements qu'il faudrait reprendre?
Ou est le curseur? si je n'interviens pas c'est :
- soit parce que j'estime qu'une fois encore je vais faire chou blanc..et que 5 minutes après (15 allez!) ce sera pareil et finalement pas dangereux, juste pénible!
- soit je montre aux enfants que j'ai vu, mais que je laisse faire en continuant de surveiller.

2. Est-ce que je me sens inefficace?
Non, même si je sais qu'il faudra recommencer, redire encore, c'est la qualité de mes interventions qui vont faire avancer les relations, les comportements car tel est mon rôle. Toujours chercher à faire progresser, dans tous les domaines. J'observe, je suis capable de décrire, j'interprète, et je cherche quoi répondre pour que cela soit constructif pour le groupe (moi y compris)

edith 27/09/2017 19:26

Oui il y a des degrés. Je ne sais pas si il y a vraiment un critère.

Je peux crier très fort "Non" ou "stop..et le prénom" si je vois au loin un geste ou un jeu qui va faire tomber ou se cogner, ou entraîner une succession de chutes.
Si je vois qu'on s'en prend au visage.
SI il y a différence de "taille" ou de "force" entre l'agresseur et l'agressé.

J'agis de différente façon si je vois et que je suis à proximité: je fais toujours parler les enfants entre eux. Pour que celui qui a subi montre à l'autre jusqu'à quel point il s'est senti mal.....ou pas. Je fais relativiser bien souvent quant à la gravité. Car tout passerait au crible
du "je vais le dire à la maîtresse"

Il y a la répétition qui fait aussi changer mon niveau de réaction.

isa 27/09/2017 11:00

Y-a-t-il pour toi un niveau de dangerosité dans l'agression physique qui te fait ou non agir ? Je veux dire quel est ton critère ?

Priskette 26/09/2017 20:47

Bonsoir,
J'avais observé ma classe pendant une journée. Je n'ai pas eu le courage d'envoyer mon tableau car je me suis rendue compte que je passais à côté de nombreuses agressions, que mes réponses étaient appropriées les premiers jours de classe, mais que la fatigue augmentant, je prenais de moins en moins le temps de reprendre avec les enfants concernés (agresseur/agressé), que j'avais envie que par magie ces élèves turbulents comprennent d'eux-mêmes que leur comportement n'allait pas.
Alors je ne ferme pas les yeux mais je minimise le temps passé à gérer les conflits et oui, je me sens inefficace! La question du retour aux parents des agressés se pose aussi.

isa 28/09/2017 11:28

C'est sûrement cette définition de ce qui parait grave qui est floue

Priskette 27/09/2017 20:34

Dans ce cas, être inefficace pour moi serait plus de ne pas réussir à me dédoubler.
Je reste parfois dans la conduite de mon atelier dirigé et je ferme les yeux sur les petits conflits alors qu'ils sont certainement plus graves qu'ils n'y paraissent.

isa 27/09/2017 15:23

Priskette, ce temps qui semble être pris sur le reste et qui forcément occasionne une certaine lassitude est un temps d'apprentissage au même titre que tout ce que tu peux faire en enseignant. D'ailleurs, un aspect que nous n'avons pas encore soulevé dans ce travail de réflexion est ce que les autres enfants , ceux qui assistent aux agressions et aux réactions des adultes, voient et entendent et comment tout cela agit également pour eux. Cela constitue la base de la sécurité affective sans laquelle les enfants ne peuvent apprendre. Il n'y a pas que les enfants agressés et agresseurs que cela concernent, il y a tous les autres qui ressentent aussi les interventions des adultes face à l'agressivité. C'est pourquoi agir contre la violence est fondamental en tant qu'enseignant. Est-ce qu'être inefficace pour toi , c'est baisser les bras par moment ?