Nos facteurs environnementaux propices aux interactions pacifiques: module 5 agressivité

Publié le par isa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l’éducation, les adultes anticipent les difficultés que les enfants vont rencontrer dans telle ou telle situation.

Il leur revient de penser l’organisation et les méthodes afin de permettre aux enfants d’apprendre à contenir leur agressivité malgré la frustration prévue.

Je vais, pour ma part, vous éclairer sur les conduites que j’avais élaborées afin d’accompagner les enfants dans la conquête de la non-violence.

Cette liste n’est pas exhaustive, j’ai utilisé d’infinis moyens et mes tests ne se sont pas toujours avérés judicieux. C’est notre tâtonnement expérimental qui fait que certains éléments sont favorables avec tels enfants et d’autres pas. J’ai gardé ce qui  a toujours fonctionné quels que soient les élèves et qui me semble intéressant à partager.

Cette liste n’a pas d’ordre, j’ai écrit en fonction de mes souvenirs.

Cette liste est la mienne et convenait à ma personnalité. L’idée est de la donner en espérant que certains points inspirent des enseignants en mal de réponses.

 

  1. J’ai abandonné le passage collectif aux toilettes source de conflits, d’ennui et de tension. Les parents s'en chargeaient en arrivant (selon le besoin) et l’atsem pendant l’accueil, avant la récréation, avant la cantine et avant/après la sieste accompagnait les enfants non autonomes. Les autres y allaient comme ils le faisaient chez eux.
  2. J’ai écourté les regroupements et leur durée pouvait être variable en fonction de l’attention ou non du groupe.
  3. J’apprenais aux enfants à tenir le silence pendant un certain temps ( 1 mn était le défi), grâce à l’horloge du coin regroupement et à sa trotteuse, je collais une gommette sur un chiffre et dès que la trotteuse le passait, les enfants devaient rester silencieux pendant un tour. Ce défi était progressif, on commençait par 15 s, puis 30s, puis 45s …. On le faisait sur plusieurs semaines et les enfants recevaient un diplôme de défi réussi. Cet apprentissage du contrôle a également des répercussions sur l'attention. 
  4. En regroupement, l’attente est difficile pour certains et génératrice d’agitation donc potentiellement d’agressivité, en dehors de la brièveté du regroupement, je faisais participer le plus possible les enfants non seulement verbalement mais aussi gestuellement afin qu’ils se sentent concernés et intéressés. Tous les jeux de doigts sont d’excellents outils de retour au calme.
  5. Lorsque l’ambiance était vraiment électrique, je mettais en place un scénario de mime qui , au fil des ans, n’a jamais démenti sa capacité à calmer les plus agités. Il s’agissait d’inventer une histoire que nous mimions assis et qui avait l’art de recentrer l’attention. Celle-ci pouvait n’avoir aucun rapport avec la discussion ou la lecture précédente, son seul intérêt était de retrouver un groupe apaisé en ayant permis à l’imaginaire de s’évader. Il y était d’ailleurs assez souvent question de voyages avec une multitude de moyens de locomotion qui nous emmenaient dans des endroits improbables pour des aventures toutes aussi improbables et que les enfants alimentaient au fur et à mesure avec mon aide inspiratrice si nécessaire. Ce vagabondage soulageait les tensions et redonnait du souffle aux esprits contrariés, chacun s’appliquant à mimer tous les gestes que notre aventure inventait.
  6. Dans le même registre, j’avais pour habitude de théâtraliser les moments repérés comme stressants afin que les enfants les vivent une première fois et s’en imprègnent de manière à faire retomber l’inquiétude, elle-aussi génératrice d’agitation. Par exemple, avant une sortie prévue, j’expliquais en détail comment celle-ci allait se passer et nous la jouions ensemble ou un petit groupe devant les autres selon les possibilités.
  7. Je n’ai jamais fait de rang (sauf pour les sorties en extérieur), ni de petit train, ni tous ces moments où il est question de donner la main, de se tenir, de prendre les épaules ..  alors que les petits n’ont pas le contact aisé entre eux . Je réservais cet apprentissage en EPS. La règle était de ne pas me dépasser si nous devions aller d’un endroit à un autre puisque c’était moi qui les emmenais, si je désignais un enfant alors c’était lui qui menait le groupe. Cela évitait tout ce temps perdu à gérer les « il ne veut pas me donner la main » ou « je veux être le premier » et les risques d’agression qui en découlent.
  8. Lors des activités, j’avais l’habitude de tout préparer avant que les élèves ne s’installent  (matériel sur les tables) afin d’éviter le flottement dû à l’attente et les inévitables disputes, puis progressivement les élèves apprenaient à prendre leur matériel et à l’installer comme à nettoyer leur place.
  9. L’autonomie donne aux élèves le sentiment de pouvoir et c’est leur aspiration, c’est pourquoi je leur ai toujours fait confiance et donner les moyens de faire par eux-mêmes. En activité peinture, ils mettaient leur tablier seuls en s’entraidant, ils installaient leur feuille, l’enlevaient, en remettaient une autre , pouvaient aussi fabriquer leur couleur en manipulant les gouaches puis allaient se laver les mains et enlever leur tabliers. Ces apprentissages se faisaient de manière conduite, ils s’exerçaient aux gestes de façon répétée. Cela demandait un certain temps mais le plaisir de mener une activité sans attendre en toute indépendance était couronné de leurs sourires et non de leurs frustrations. Cela demande de penser l’organisation matérielle de manière adaptée et simple pour de jeunes enfants.
  10. L’autonomie est source de plaisir et de motivation, c’est pourquoi les ateliers étaient ouverts à tous et dès qu’un enfant avait fini un travail, il avait tout loisir d’aller vers un autre travail si celui-ci était son souhait. Peu importe qu’ils répètent des activités déjà faites, bien au contraire, c’est dans la répétition qu’ils stabilisent leurs acquisitions.
  11. Apprendre à attendre pour faire ce qu’on désire fortement est un défi quotidien dans une classe de petite section, par exemple l’activité piscine « jouer à l’eau » a toujours rencontré un vif succès dans ma classe. Le nombre de tabliers indiquait qu’il fallait attendre s’il n’y en avait plus. Cependant, c’est autour de cette activité que j’ai le plus incité mes élèves à demander poliment une place, le recours au langage social était dans ce cas opportun et compris.
  12. Le partage de la marionnette en période 5 a été sûrement l’exercice le plus profitable pour apprendre à gérer sa frustration et à attendre son tour. Le désir était si fort qu’il fallait à chaque déception parler du plaisir qu’ils auraient à la recevoir quand arriverait leur tour, les premières semaines soulevaient des montagnes de désespoir mais le bonheur immense quand arrivait enfin le jour tant attendu validait toute cette attente et confirmait dans les futures mémoires combien celle-ci avait été bonne.
  13. En fin de séance d’EPS, quand les corps sont encore bouillonnants, après avoir rangé tous ensemble, nous nous retrouvions le long d’un mur ( se sentir contenu) et je leur demandais de lancer leur boule d’énervement le plus loin possible. Nous le faisions lentement et dans le silence, concentrés sur cette boule imaginaire qu’il fallait éloigner de soi, puis une fois le jet réalisé, dans un grand souffle, chacun reprenait le cours de la journée.

Nous avons tous nos façons de faire et je ne crois pas qu’une seule façon puisse être désignée comme la meilleure.

Les bonnes pratiques sont celles qui donnent satisfaction à l’enseignant et à ses élèves dans une relation harmonieuse où le désir de venir à l’école et le désir d’apprendre sont étroitement liés.

Dés qu'il y a insatisfaction, il y a lieu de s'interroger et de remettre en cause l'environnement autour du problème. Il faut agir sur les leviers dont on dispose et qui peuvent être actionnés de différentes façons. Trouver la bonne façon est notre travail.

En partageant nos moyens qui permettent aux enfants des interactions pacifiques, nous ouvrons collectivement nos portes à la non-violence.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Publié dans agressivité

Commenter cet article

So 25/03/2018 17:57

Merci pour toutes ces réflexions/idées. Comme ce serait intéressant de se rendre visite les uns les autres pour observer tous ces trouvailles qui rendent le quotidien léger, magique et apaisé!

christine G 22/03/2018 13:06

Oui,le maître mot c'est l' apprentissage de l'autonomie ! dans ma classe GS ou MS GS un atelier encadré par un adulte avec une consigne stricte et le reste au choix parmi plusieurs propositions : ateliers graphisme, mathématiques avec cahier de T.I, plateau type "montessori"(il n'y en a qu'un donc apprendre à attendre ou en choisir un autre)Je ne supporte pas le travail par groupe de couleurs je trouve cela ennuyeux, source d agitations et pas assez de "brassages " de niveau

christine G 21/03/2018 13:00

http://www-annexe.ac-rouen.fr/premier_degre/action_culturelle_ia76/pdp/2018/documents/PdPC1J4-la%20chevauchee.pdf
quand on est énervé ou en colère on "joue" la chevauchée comme préconisé dans ce document le support ici est une poésie mais je l'ai déjà fait avec des petits sans support : on est énervés, on court X minutes et on constate que l'on se sent mieux ensuite, j'ai libéré mon énergie négative

portdafrique 14/04/2018 21:37

Merci pour ce lien. J'y trouve une résonance avec la pratique de la relaxation et du mime.
Lors d'une intervention Yoga à l'école, nous avons mimé celle-ci :

Soleil-lion

Le soleil est la crinière d’un lion
Qui, le matin, sort de la mer,
Rugit, s’ébroue,
Mange la lune et les étoiles
Puis rassasié se couche sur le sable
Et, tout le jour, flamboie
Jusqu’à ce que la nuit
Le tire dans ses gouffres
Où il s’éteint, s’endort
La tête entre les pattes
Jean Joubert

isa 21/03/2018 13:54

eps bien-sûr

isa 21/03/2018 13:09

Oui tout à fait, j’ai souvent commencé les séances d’épis par ce type de chevauchée, c’est efficace

Karine k2 20/03/2018 21:28

Merci Isa pour ton retour d expériences . Ce sujet de réflexion m
Aide énormément.
Je vais réfléchir aux situations mimées .

Marie MB 20/03/2018 21:21

Un grand merci pour ce partage: des conseils qui me parlent.

Daomich 20/03/2018 19:13

Super comme d hab ! T es trop bien Isa. !!!

sophie 20/03/2018 19:03

Merci Isa pour toutes ces idées.
J'aime beaucoup celle de la boule à lancer en fin de séance d'eps. Elle me parle parce que c'est un moment que j'ai du mal à gérer sans faire preuve d'autorité. J'obtiens le calme sur le coup mais pas la sérénité. J'essaie dès demain...

Sylvieh 21/03/2018 22:10

Idem pour moi. Quitter la salle de jeux car une autre classe attend...devant... avec un retour au calme difficile car il y a le materiel de gym...du coup debout contre un mur... je retiens l'idée. Je vais également proposer de se transformer en statue au signal du tambourin pour venir le plus lentement possible se positionner contre le mur..
Sinon la scenette mimee, ça marche très bien ds ma classe avec par exemple la transformation des enfants en indiens ( mime dela toilette, l'habillage, maquillage....)
Mais les voyages, ça me dit bien! J'ai des amateurs de tgv, thalys...et pourquoi pas voyage sous la mer, à la découverte des animaux marins...Merci Isa pour cette nouvelle PORTE ouverte.
A chaque fois que cela "dérape " un peu ds ma classe, je réfléchis à Pourquoi. Un besoin pas pris en compte??
Incroyable comment en une seule année les enfants évoluent, grandissent et nous devons adapter la classe, les activités à ces changements. Du coup, ce n'est jamais monotone:)