lettre à Madame L

Publié le par isa

Madame L,
Je suis en colère aujourd'hui.

Par votre autoritarisme, par votre méconnaissance de l'enfant, par votre croyance dans la peur qu'il faut infliger pour être obéi, vous avez fait de moi une élève terrorisée et marquée à jamais de l'empreinte d'une telle violence psychologique. Vous m'avez appris l'humiliation et le mépris, le dégoût de l'école et le mutisme.

 Votre slogan affiché au-dessus du tableau "Travaillez vite et bien" quand on a 8 ans fait figure d'injonction qu'il ne faut pas enfreindre. Du coup,dans un tel climat d'autoritarisme, l'enfant que j'étais a eu plus de confusion et d'attaques de panique qu'un esprit clair et enclin aux apprentissages, car il y avait à la clé de notre désobéissance toute votre panoplie de sanctions:
 - Les mains sur la tête à genoux dans l'allée.
 - Les coups de règle sur les doigts et sur la tête.
 - Les tours de récréation avec le cahier du jour accroché dans le dos que les "camarades" de classe venaient regarder en se moquant ( c'était fait pour ça, sinon à quoi bon !) ou bien encore une pancarte rappelait notre faute " Je ronge mes ongles" ( oui, vous pensiez pouvoir nous faire passer nos sales habitudes alors que vous en étiez la principale cause).
 - Les paires de claque ou les fessées n'offusquaient personne ( les temps ont bien changé)
 - Les humiliations verbales ( chaque ongle rongé trempé dans l'encrier avec leçon de morale insistante) et le chantage affectif ( "Tu m'as déçue").
 - Les privations de besoins naturels( " On se mouche tous ensemble ce matin et après c'est fini, je ne veux plus vous entendre vous moucher").
Bref , c'était le régime de la terreur pour l'élève que j'étais qui ,dés le dimanche après midi, avait mal au ventre en pensant à la semaine qui l'attendait, qui ,au fil de l'année ,se rabougrissait sur sa chaise et tentait de devenir invisible, qui se cherchait des maladies imaginaires, qui rêvait d'avoir l'école à domicile pour ne plus affronter votre regard, qui connaissait de telles peurs qu'à jamais elle ne pourrait se sentir en confiance face à une autorité abusive.
Vous n'avez certainement jamais imaginé que votre abus de pouvoir pouvait casser la personnalité de l'être en développement dont vous aviez la charge.
Je pense que vous étiez vous-même conditionnée et que l'analyse de votre pratique vous dépassait.
Vous reproduisiez une méthode sans esprit critique et avec zèle.
Vous confondiez autoritarisme et autorité. Les élèves n'étaient que des machines à obéir.
J'ai traversé ma scolarité avec peur et soumission, mon seul pouvoir a été de choisir ce métier avec la détermination de changer.
Je confirme , Madame L, qu'il est possible d'enseigner en respectant ses élèves, en leur donnant la possibilité d'exprimer ce qu'ils sont, en leur apprenant à respecter les autres en favorisant l'entraide et la solidarité.

Ma colère est passée, j'avance, j'essaie de ne plus ..... ronger mes ongles.

Publié dans aparté

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Cécile 19/05/2008 13:12

Bonjour ISA
Je trouve que vous avez d'autant plus de mérite en lisant vos souvenirs d'élève peu encourageants et même souvent humiliants , et un grand courage d'avoir voulu tout de même faire ce métier et de le faire avec en plus tant de talent!!! c'est plus qu'une vocation!!
Bravo
A bientôt
Cécile