Une séance de récit de vie

Publié le par isa

Nous sommes le 4 Mai 2006, il s’agit du troisième récit. Les élèves sont réunis au coin regroupement.

Mia , la petite fille qui a emmené Dalma la veille, est assise en position centrale sur la chaise de la maîtresse, celle –ci est assise parmi les élèves et s’apprête à écrire le récit.

Mia a le carnet de voyage pour l’aider à évoquer. Elle doit chercher sa page avant de commencer le récit.



La maîtresse :"Mia, nous t’écoutons raconter ce que tu as fait hier chez toi  avec Dalma. Quand tu auras fini ton récit, les copains pourront te poser des questions."

 

Mia : "Je lui ai appris à faire du parachute, maintenant il sait. Il a eu un petit peu peur. J’ai fait un super lit avec Papa, rouge et blanc. J’ai pris deux photos. J’ai fait avec Dalma le parachute, on saute avec ses mains. Je vais pas en avion pour sauter en parachute. C’est Dalma qui saute.

(Elle s’arrête, regarde le carnet et poursuit).

J’ai dessiné Dalma, ça c’est Léon et ça c’est moi en orange, ça c’est toutes les photos de Dalma.

(Elle montre les photos faites par la famille).

C’est la fenêtre où on va lancer Dalma avec son parachute.

(Mia sent que les autres élèves commencent à bouger , il s’agit du troisième récit et les habitudes d’écoute ne sont pas encore stabilisées, elle choisit de s’arrêter)

J’ai fini."

 

Maîtresse : "Maintenant, en levant le doigt pour demander la parole, vous pouvez poser une question à Mia sur ce qu’elle a dit ou ce qu’elle a oublié de dire. ( La maîtresse désigne les élèves qui demandent la parole)"

 

Benjamin : "Il était où le carnet ?"

Mia : "Le carnet, il était dans ma chambre. C’est Maman qui l’a retrouvé."

Alexia : "Il était où le super lit ?"

Mia : "Il était à côté de mon lit."

Kim : "Qu’est-ce que t' as écrit ?"

Mia : "J’ai écrit « pansement de Dalma » parce qu’il avait bobo ici ( Mia montre la joue)"

 

Maîtresse : "Mia comment dire autrement bobo, tu n’es plus un bébé pour dire bobo ?"

 

Mia : "Il avait mal ici."

 

Maîtresse : "Il n’y a plus de questions ?(en début de projet, les élèves ont encore beaucoup de difficultés à formuler des questions et à savoir que demander, le débat s’étoffe au fur et à mesure des jours), vérifions si Mia a bien fait ses quatre tâches.Qu’est-ce qu’il fallait faire ?"

 

Les élèves : "Lui trouver un super lit, oui , elle l’a dit, il était rouge et blanc."

 

Maîtresse : "Ensuite ?"

 

Les élèves : "Faire des photos avec Dalma. Oui, on les a vues."

 

Maîtresse : "Ensuite ?"

 

Les élèves : "Lui apprendre à faire quelque chose……. Le parachute, il a fait le parachute."

 

Maîtresse : "Mia, il faudra que tu nous expliques comment vous avez fabriqué un parachute. Et enfin quelle est la dernière tâche ?"

  

Les élèves : "Ecrire dans le carnet. Oui , c’est écrit beaucoup."

 

Maîtresse : "Donc maintenant Mia, je te lis ce que tu as dit et ensuite tu me diras si tu es d’accord et si je n’ai rien oublié. ( La maîtresse lit le récit, Mia acquiesce, la séance est terminée)."

 

 

 

 

La construction d'un récit demande à l'élève d'être en mesure de rapporter des évènements vécus dans l'ordre chronologique de leur apparition, mais la notion de trame narrative reste un point extrêmement difficile pour la plupart des élèves, cela fait référence à la temporalité dans laquelle ils ont encore beaucoup de difficultés à se situer. De la même façon lorsqu'on leur demande de reformuler une histoire lue, ils organisent difficilement la position relative des événements les uns par rapport aux autres, il en est de même concernant leur propre histoire.
Nous sommes  dans une phase d'apprentissage où la répétition d'exercices d'organisation temporelle devra être sollicitée. Ce travail peut être fait autour des "micro-événements" de leurs récits afin de les aider à ancrer les notions de cause ( situation initiale) et de conséquence ( situation finale). Dans le cas précédent, Mia va être amenée à expliquer la fabrication du parachute dans la chronologie. L'étayage de l'adulte est indispensable.

Il s'agit aussi d'utiliser un langage suffisamment explicite pour être compris de tous, on constate cependant et même s'agissant d'une petite fille qui parle bien comme Mia que l'implicite est toujours présent. Lorsqu'elle dit :"Je vais pas en avion pour sauter en parachute". Elle veut nous faire comprendre qu'habituellement, il faut prendre l'avion avant de sauter en parachute. Ces sous-entendus partent de connaissances auxquelles tous les élèves n'ont pas accés. L'enseignant doit l'aider à se faire comprendre du mieux possible en l'incitant à reformuler, à donner des détails, à expliquer. L'élève doit réussir à se mettre à distance et avoir des représentations mentales de ce qu'il a vécu.

Le travail fait en petite section n'est qu'un début, il doit se poursuivre tout au long de la scolarité, mais il est important de favoriser cet apprentissage pour éviter qu'ensuite ,certains élèves continuent à ne "parler qu'à vue" et que ce manque de distance leur interdise tout contact avec l'écrit.

Commenter cet article