oser sa parole dans le récit de vie

Publié le par isa

 

 








« Prendre la parole, c’est prendre le risque d’exposer l’image de soi au regard de l’autre et de son jugement »
Les chemins du savoir : Libratti/Passerieux.

 

Oser s’exprimer est un des objectifs premiers du domaine de la langue orale. C’est un acte d’expression de soi, une prise de risque, un vecteur d’émotion, d’affirmation et de découverte de soi. Il est donc important que le cadre soit sécurisant. L’attitude de la maîtresse doit engendrer confiance et respect. C’est pourquoi, il ne faut pas interrompre le récitant lors du récit de vie. L’élève doit se sentir écouté et non jugé .C’est dans un état d’esprit de pédagogie de la réussite que l’enseignant va inciter l’élève à se lancer dans ce défi personnel. En marge de l’objectif général, cette activité occasionne des progrès pour les élèves qui sont à une étape précédente de la construction de leur langage.

 

Julianne , petite fille de 3ans et 5 mois, d’allure fragile et « bébé », n’avait jusqu’à ce jour ( jour de son récit de vie) que très peu participé oralement, que ce soit en situation de groupe ou d’interaction pair à pair. Elle avait vis-à-vis des adultes ( moi comprise) une attitude de retrait, de réserve. Elle était de ces élèves que la moindre sollicitation verbale fige.

Il était presque attendu que le récit serait pour elle un exercice très difficile.

Cependant le groupe tenta de l’aider. Ils décidèrent de commencer par lui poser des questions afin de la guider dans ses réponses, ils furent patients car de nombreux silences ponctuaient leurs sollicitations. Finalement , elle ne fit qu’une bribe de tentative de récit.

« Je lui ai appris à faire de la balançoire, il a dormi dans le lit des parents ».

A partir de ce jour, son attitude changea radicalement. Elle se mit à parler aux autres élèves, à solliciter l’adulte, à me prendre à témoin. Elle semblait « débloquée ». Elle avait surmonté une très forte apprèhension , je la sentais soulagée. Elle s’était sentie "locutrice légitime". Elle pouvait maintenant avancer vers une autre étape, celle de l’évocation.

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