réponse à Marie sur le bruit et le rangement

Publié le par isa

Bonjour
J'aimerais savoir comment avoir moins de bruit dans la classe sans utiliser trop ma voix car j'ai été opérée des cordes vocales.
Pour le rangement, j'utilise le triangle (dur de les faire ranger: si tu as un conseil!!), dans la cour, j'utilise un sifflet, tout comme en sport. Pour ramener le calme, après la récré, soit musique, soit lecture avec une bougie.
Le plus dur, c'est pendant les ateliers, il y a trop de bruit et quand ils ont fini ils vont jouer et là c'est pire . Dur de surveiller tout le monde et de mener à bien son atelier.
Merci encore pour tout et bon week-end.
Marie

Bien qu’ayant déjà abordé ces thèmes de réflexion, je profite de la demande de Marie pour revenir sur ces sujets récurrents sur lesquels beaucoup d’enseignants s’interrogent :


Quels sont les signes qui m’indiquent que mes élèves n’ont pas intégré les règles concernant le bruit et le rangement ? Jusqu’où puis-je tolérer ?


Comment agir pour rétablir une situation de classe acceptable ?

 

  1. Les signes :

 

Il est évident qu’une classe de 31 élèves sera plus bruyante qu’une classe de 25 élèves. De même, une classe avec une majorité de TPS est aussi plus bruyante qu’une classe de PS. Les facteurs environnementaux agissent aussi sur la difficulté de cadrer.

Le  premier trimestre est déterminant et doit permettre d’établir un fonctionnement de classe respecté des élèves et régulé par l’enseignant, progressivement celui-ci parvient à ne plus ou peu reprendre les élèves.

Au second trimestre, si  les comportements suivants sont toujours présents , il faut se dire que  la classe est  douloureuse pour ceux qui s’y trouvent et qu’il va falloir agir :

 

  1.  
    • Les élèves crient.
    • Les élèves sont obligés de parler fort pour s’entendre.
    • L’enseignant crie ou parle fort.
    • Les élèves courent dans la classe.
    • Les élèves jettent les jouets.
    • Les coins jeux sont jonchés d’objets sur lesquels les élèves marchent sans précaution.
    • Les élèves cassent , déchirent.
    • Les élèves se bagarrent.
    • L’enseignant ne parvient pas à faire ranger.

 

  1. Les actions à mettre en place :

 

En premier lieu, je vous renvoie aux deux articles que j’ai fait sur le travail sur le bruit à partir des livres L’imagier de la journée et Qui, que , quoi ?

J’explique qu’il est important que les élèves vivent corporellement la nuisance que représente le bruit. Ils se trouvent confrontés à un désagrément physique et comprennent la nécessaire attitude vis-à-vis du bruit. C’est donc une façon de leur dire : « Ce n’est pas uniquement pour les autres que je te demande de faire moins de bruit, mais c’est aussi pour toi, pour ton bien-être ». L’enfant de 3 ans ,qui est centré sur lui, accepte mieux cette exigence dont il en sera le bénéficiaire.

Ayant vécu le bruit , les élèves doivent aussi se confronter au silence afin qu’ils en mesurent la qualité et qu’ils développent leur auto-contrôle. Le jeu du silence que je préconise dans les séances de soutien langage avec les grandes sections est un exercice à mettre aussi en place dans sa classe de petite section. Les élèves deviennent conscients des bruits qu’ils n’entendent pas d’ordinaire dans leur environnement, cela peut d’ailleurs être le point de départ d’un grand silence demandé par l’enseignant : «  Nous allons écouter si les copains de la classe d’à côté chantent ».

 

L’enseignant est un modèle, il ne peut exiger des élèves une attitude qu’il n’aurait pas lui-même. Ainsi, il ne PEUT pas crier ni utiliser des objets sonores agressifs tels que le sifflet. Il doit au contraire descendre de plus en plus la voix lorsque le ton général est haut ou utiliser des objets sonores aux sons graves ou doux ( tambourin, boîte à musique). Spontanément, il montre aux élèves qu’il est fort puisqu’il parvient à les faire taire pour l’écouter sans avoir à élever la voix. Un enseignant qui crie montre sa faiblesse, son manque de contrôle. Il se place au même niveau que ses élèves, il n’est pas rassurant, il insécurise à la fois par son impuissance et par son emportement. Plus l’enseignant parle fort et plus la classe élève son niveau sonore, sauf bien sûr dans le cas d’un enseignant terrorisant qui utiliserait sa supériorité pour menacer ses élèves mais cette situation extrême est à bannir et je ne souhaite même pas l’aborder tellement elle me contrarie.

 

Les règles concernant le bruit sont établies, les élèves y ont été associés, c’est le moment de parler du bien-être dans la classe pour travailler en bonne harmonie. Ainsi, l’enseignant aborde le respect des autres élèves et des adultes ( ce qui a été vu aussi lors du travail sur le bruit) mais aussi du matériel. Cela peut être fait à partir d’un livre, j’ai en mémoire « La colère d’Arthur » : un petit garçon qui casse tout suite à une contrariété, sa colère est si énorme qu’il détruit tout l’univers, il ne lui reste plus rien, il finit par s’interroger sur la raison de sa colère , il n’y parvient pas. Ce genre de livre peut amener l’enseignant à pousser les élèves à comprendre que lorsqu’on détruit, on se détruit.

A ce propos , je proposais à mes élèves des exercices de « relaxation » permettant de relâcher les tensions intérieures, par exemple : ils lançaient leurs mains très fort devant eux de nombreuses fois pour envoyer balader leur colère ou leur agitation puis ils laissaient tomber leurs bras le long du corps en soufflant.

Le respect des autres a aussi été abordé dans l’article « Non mais ça va pas ! », les élèves doivent imaginer des situations pour régler des conflits et les jouer avec des figurines.

 

Enfin le rangement de la classe doit correspondre à des moments ritualisés, même si auparavant et pendant que les élèves jouent l’enseignant exige que chacun ramasse ce qu’il fait tomber, quitte par moment à le faire avec l’élève récalcitrant : je lui prenais la main et ensemble nous le faisions, je lui expliquais que je lui apprenais à le faire même s’il n’avait ni envie ni plaisir, puis je le remerciais de l’avoir fait. Ces moments de confrontation sont nécessaires, ils seront peut être réitérés , sûrement d’ailleurs, mais à un moment l’élève comprend que l’enseignant sait ce qu’il veut et qu’il continuera ses exigences, d’une certaine façon , cela le rassure, il peut compter sur lui pour le protéger contre lui-même, il l‘aide à grandir.

Donc le moment de rangement doit être un moment heureux et agréable, pour cela , l’enseignant va valoriser leur capacité à le faire. D’abord en demandant au cours d’un regroupement : « Qui a appris à ranger ? » ( il sous-entend ainsi que le rangement s’apprend), il propose des petits exercices de rangement : il mélange des jeux ( légo, cubes, clippos, voitures …) et il demande à l’élève qui dit savoir ranger de procéder au rangement. Bien entendu, sa réussite est félicitée par le groupe, il réitère l’exercice. Puis il affirme que ceux qui ne savent pas vont apprendre avec lui, qu’ils soient confiants , ils seront fiers de montrer à leurs parents cette nouvelle compétence.

Pour ritualiser  il est bon d’avoir un repère, ainsi une petite musique ( boîte à musique , une petite comptine, une image ….), ce moment est vécu collectivement, chacun participe y compris l’enseignant et l’ATSEM. L’exigence finale ne doit pas se situer au dessus des capacités des élèves, ainsi par exemple les vêtements de poupées ne peuvent être pliés comme le ferait un adulte mais ils doivent se trouver là où est leur place. Les élèves se regroupent en fin de rangement et visualisent leur classe ( les premières fois), l’enseignant leur indique qu’ils auront plaisir à la retrouver l’après midi ou le lendemain, qu’ils ont aidé leur ATSEM qui est chargée de faire que leur classe soit propre et agréable à vivre, que la classe est leur classe et qu’ils doivent s’y sentir bien, savoir où trouver les jouets qu’ils ont plaisir à utiliser, le matériel qui leur permet d’apprendre, bref que les choses soient à leur place pour une meilleure et plus facile utilisation.

Bien entendu les moments de désordre existent notamment lors des activités de création, de recherche, mais ceux-ci sont aussi d’une certaine façon ritualisés et correspondent à un moment choisi.

Pour finir , j’évoquerai une anecdote que j’ai vécue , il y a quelques années. A cette époque, l’inspection avait des remplaçants en nombre et pouvait accorder aux jeunes professeurs des écoles nouvellement nommés des moments de répit lorsqu’ils se trouvaient en difficulté dans leur classe. Ils étaient envoyés dans des classes d’enseignants acceptant de les recevoir, la plupart du temps maîtres d’accueil et avec qui  ils évoquaient leurs difficultés et sur lesquelles ils pouvaient prendre un peu de distance afin de rechercher des solutions avec l’aide de l’enseignant accueillant. J’ai donc reçu un grand gaillard d’un mètre 90 environ, genre armoire à glace. Le conseiller pédagogique m’avait indiqué qu’il était en grande difficulté dans une petite section et notamment que les élèves étaient extrêmement bruyants, les collègues des classes à proximité s’en plaignaient beaucoup. Je décidais d’aborder directement le problème du bruit : «  Comment as –tu déjà tenté de réduire le niveau sonore de ta classe ? » Ce à quoi il me répondit : « Ah mais non moi le bruit ça ne me dérange pas ».

Il est évident qu’il n’avait pas encore la posture de l’enseignant et que sa difficulté était de reconnaître ses difficultés, il n’évaluait pas le bruit comme une nuisance, il oubliait ou ne pouvait pas voir que ses petits élèves souffraient , que le bruit est une violence et que derrière toute violence il y a l’expression d’une souffrance , il n’avait pas compris qu’il devait être le garant de leur sécurité, il n’aurait certainement pas laissé les élèves se sauver dans la rue mais les protéger contre le bruit ne lui semblait pas important puisque lui le « supportait ». Mais à quel prix ?  Notre discussion l'amena à changer d'angle de vue et à se positionner en tant que responsable. Rien n'est jamais perdu dans une relation enseignant -élève défectueuse, il faut opposer le pessimisme de l'intelligence à l'optimisme de la volonté ......

 

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Katell 30/08/2011 10:16



Merci pour cet article, il est très bien écrit et me redonne exactement les objectifs que j'ai tant envie d'atteindre en maternelle ! Ca me regonfle à bloc, parfait en cette période de
pré-rentrée ! Merci encore pour ce partage.



claudia 03/05/2009 19:07

JUSTE POUR VOUS DIRE QUE L ENSEIGNANT SE CROIT SUPÉRIEUR A TOUT. jE TROUVE QUE VOUS DÉNIGRER LES ATSEM.HEUREUSEMENT QU ELLES SONT LA!!!POURQUOI TOUJOURS LES RABAISSER?

isa 03/05/2009 19:22


J'aimerais comprendre Claudia en quoi mon article sur le rangement a dénigré  les ATSEM , au contraire, j'insiste sur le fait que les élèves doivent aider à ranger pour alléger la
tâche de l'ATSEM. Bien -sûr aussi que nous avons besoin de vous et je l'ai plusieurs fois répété, mais si vous dites que l'enseignant se croit supérieur , c'est certainement que vous l'avez vécu ou
observé, ce que je ne peux contredire.


Corinne Grollemund 12/01/2009 02:31

Je profite de cette occasion pour partager 2 comptines que j'utilise pour ramener le calme et qui marche bien :
La première est sur l'air de "Sur le pont d'Avignon" et se fait avec les gestes :
Mains en l'air
Sur la tête
Aux épaules
Et en avant (tendre les bras devant)
Bras croisés (sur la poitrine)
Mains de côtés (sur les hanches)
Moulinets
Et je me tais
Chut (doigt sur la bouche)

La seconde et à dire lentement en faisant les gestes également :
Je cache mes yeux
Je montre mes yeux
Je mets mes bras en l'air
Je cache mes yeux
Je montre mes yeux
Je mets mes mains derrière mon dos
Sans dire un mot
Chut (on fait revenir une main pour mettre le doigt devant la bouche, l'autre reste dans le dos).

Mes élèves adorent, ils sont concentrés sur les gestes et ça marche bien pour ramener le calme. Par contre il faut enchaîner vite ensuite car le charme peut être vite rompu !

J'en profite aussi pour dire à quel point j'apprécie ce blog et je trouve le travail d'Isa extraordinaire. Un grand MERCI de le partager car en tant que T1 j'avoue que ce n'est pas toujours évident et je suis contente d'avoir trouvé un véritable guide après m'être tant perdue sur le net. Ce que j'apprécie particulièrement ici c'est de voir la continuité dans le travail et les apprentissages, la progression et les liens qui sont faits entre les thèmes. C'est ce que je trouve vraiment utile quand on débute car sur de nombreux sites on peut trouver des activités ou des projets parfois intéressant certes, mais décrochés de tout,et ce n'est donc pas évident de savoir comment les exploiter.
Alors encore mille mercis, grâce à ce blog je me sens plus sereine face à ma PS, il me rassure, me donne envie de progresser et me motive. J'aime beaucoup l'esprit d'Isa et sa façon de considérer ses élèves, on sent beaucoup de respect et d'attention. J'espère un jour atteindre ce niveau car je m'en sens encore très loin !!!!
Corinne, T1 à l'Ecole Maternelle Gérard Lauriette à Capesterre-Belle-Eau (en Guadeloupe).

isa 12/01/2009 08:34


merci beaucoup Corinne de la Guadeloupe, cela me fait toujours bizarre d'imaginer que je suis lue si loin de chez moi, c'est Internet et sa "téléportation", j'en profite pour faire un petit
coucou à Mareva en Polynésie. Je vais mettre tes petites comptines dans ma catégorie comptines et jeux de doigts, car il y a une forte demande pour toutes ces petites poésies , les enseignants ont
le souhait de renouveler leur stock et c'est trés bien. Et puis te dire aussi que l'expérience est une chose et cela aide bien mais que les débuts sont aussi des moments extraordinaires qui te font
apprécier les moindres avancées, on trébuche et on se relève, on est heureux de soi pour un enfant qui se met enfin à parler, bref chaque période de sa carrière est à vivre pleinement, garde la
curiosité et l'enthousiasme en pensant que tu as une vraie chance de faire ce métier.