renforcer le lien famille-école en échangeant la marionnette

Publié le par isa



 

«Nous avons besoin de professionnalisme dans l’accueil des familles »  tel est le propos de Philippe Meirieu à la veille d’un colloque sur la difficulté de communiquer entre parents et enseignants.

 

Le constat est actuellement inquiétant, l’échec scolaire domine les débats, les phénomènes de délinquance agitent la société, la famille ne veut plus socialiser , s’en décharge sur l’école tout en la contestant et en exigeant une prise en charge individualisée de ses enfants. L’école s’est repliée sur elle-même, s’est montrée réticente à partager les informations sur les aspects fondamentaux de la scolarisation tels que les programmes, les pratiques de travail, les méthodes d’apprentissage, elle y voyait une ingérence inadmissible dans le domaine réservé des enseignants.

Ce fossé d’incompréhension et de méfiance s’est creusé, les difficultés des uns sont mises à la charge de l’incompétence des autres. Les parents ne s’en remettent plus aux enseignants comme par le passé et cherchent des aides extérieures y compris payantes, ce qui permet au commerce du soutien scolaire de prospérer. Les enseignants parlent de dévalorisation de leur métier et du manque de reconnaissance.

Et pourtant leur intérêt est toujours commun : l’éducation de l’enfant. Des études montrent que tous les parents , quelles que soient leurs origines, souhaitent que leurs enfants réussissent et accordent de la valeur à l’éducation.

L’idée que l’implication des familles est nécessaire pour que les enfants réussissent à l’école paraît aller de soi aujourd’hui.

Des expériences menées ( en France dans 22 écoles primaires) ont montré que même si la réussite scolaire n’est pas toujours garantie au final, la coopération parents-enseignants a pour le moins permis plus de prévention et un meilleur équilibre pour l’enfant.

Les valeurs positives des parents envers l’éducation et leur intérêt pour l’école sont intégrés par les enfants et participent à leur motivation.

Un dossier spécial « Pratiques éducatives familiales et scolarisation » de la Revue Française de pédagogie s’est consacré aux recherches sur les manières d’éduquer et leurs répercussions sur l’école et le résultat montre que la combinaison de la disponibilité affective et de l’encouragement à l’autonomie a toujours un effet favorable sur les comportements de l’enfant et sur ses résultats aux évaluations notamment à l’école.


La préoccupation actuelle est donc de réconcilier famille et école. Il apparaît clairement que l’équipe éducative a un rôle moteur dans tout processus coopératif avec les parents. Elle se doit d’initier cette coopération et de jouer un rôle social vis-à-vis des familles en retrait.

Celles-ci ont subi des transformations telles depuis les années 70 qu’elles sont en doute sur leur compétence parentale. La désorganisation des familles a conduit à la dépréciation de leur rôle éducatif, la transmission générationnelle ne s’opère plus et laisse bien des parents démunis face à leurs enfants.

Mais pour qu’il y ait implication des parents dans les apprentissages, il est nécessaire qu’il y ait motivation, et pour que les parents décident de participer au suivi scolaire , il leur faut le sentiment d’avoir cette compétence. Ainsi , est-il primordial de les aider à acquérir une plus grande confiance en leurs capacités éducatives !

Il n’est pas question d’imposer un modèle parental particulier, il s’agit de reconnaissance de la compétence des parents et le souhait de valoriser cette compétence. Le dialogue tenu peut être : «  J’ai besoin de votre aide pour éduquer votre enfant » et non « Vous avez besoin de m’écouter pour être parent ».

 

 Ayant en tête des idées plus larges d’organisation d’une école ouverte aux parents, je veux déjà démontrer que le projet « Emmener Dalma notre marionnette chez soi » contribue à ce rapprochement école-famille.

Par expérience, j’ai constaté combien les parents ont le souhait de s’impliquer dés lors qu’on leur a expliqué le sens de ce projet ainsi que l’intérêt pour leur enfant. Les explications peuvent prendre diverses formes : au cours de la réunion de rentrée en évoquant le projet de dernier trimestre, organisation d’une réunion spécifique autour du projet avant son démarrage, diffusion d’explications à lire dans le cahier de liaison, échanges avec les parents lors de l’accueil –matin ou sorties de classe…

Comme je le souligne plus haut, quelque soit l’origine sociale des familles l’intérêt est identique. J’ajouterai que les familles dites en difficulté sont honorées de cette responsabilité, elles manifestent souvent une grande reconnaissance pour la confiance qu’on leur accorde et elles s’investissent à la mesure de l’enthousiasme de leur enfant.

Un tel projet valorise leur rôle de parent dans la mesure où à aucun moment il n’est question de juger si tel ou tel accueil a été plus réussi qu’un autre, et que cette participation ne demande aucun engagement matériel, juste du temps à partager avec son enfant et la marionnette. Ce temps court est souvent vécu de façon intense et justement parce qu’il est court, les familles ont le souhait d’en « profiter », ce qui leur apporte des moments chaleureux qu’elles évoquent avec plaisir, quelquefois des années plus tard. Une maman m’avait exprimé son regret de ne plus avoir d’enfant petit donc plus la possibilité d’emmener Dalma. Cela peut paraître étonnant mais je crois réellement que la famille se réunit autour de cet objet affectif qu’est la marionnette et qu’elle vit un moment particulier mêlé de l’idée que ce moment est forcément unique, et de celle qu’ elle contribue à l’aventure collective scolaire.

En dehors des objectifs d’apprentissage ,ce qui m’a motivée à faire durer cette aventure dans le temps ( j’ai mené ce projet durant environ 15 ans) ce sont ces merveilleuses retombées familiales : ces mots de joie, ces empressements à lire les récits dans le cahier de liaison, ces inventions d’accueil , ces photos de sourires, ces remerciements pour le moment vécu, ces impatiences quelquefois plus fortes du côté des parents que des enfants à accueillir Dalma, ces échanges entre familles sur les moments vécus et leur lot d’anecdotes, ces déclics observés chez certains enfants suite à cette aventure où ils ont vu leur famille partie prenante dans leur vie scolaire, ces remarques sur le décalage entre le récit de l’enfant et la réalité vécue qui montre à la famille que leur petit s’émancipe avec leur aide …. bref beaucoup d’excellents souvenirs qui marquent à jamais une carrière.

Pour être totalement honnête, sur ces quinze ans d’expérience, je peux compter sur les doigts d’une main, les familles qui se sont montrées récalcitrantes, cependant pour avoir discuté avec elles, il y avait toujours derrière cette attitude une appréhension à ne pas savoir quoi faire, une réticence liée certainement à leur propre vécu scolaire, il me semble. Une seule fois, une maman a rapporté la marionnette en disant : « C’est fini , je n’en veux plus, mon fils a été épouvantable », je n’avais , à l’époque, pas réussi à l’accompagner dans une réflexion sur le comportement de son enfant et le fait de recevoir Dalma.

Un autre point me semble important à soulever car c’est une question que des professionnels de l’enseignement m’ont posée : «  Et si l’enfant raconte des choses sur sa vie de famille que nous n’avons pas à savoir ? ». Encore une fois, je m’appuie sur mon expérience et je constate que les enfants connaissent les limites de leur intimité, néanmoins , nous avons tous des élèves qui nous ont raconté à des moments (plutôt duels), des faits qu’ils avaient besoin de partager. Notre expérience professionnelle nous guide dans l’écoute mais aussi dans l’importance de situer l’enfant dans un cadre institutionnel en lui apprenant à faire la part des choses sur ce que est de l’ordre de  l’école et ce qui est de l’ordre de la maison. Concernant le récit de l’accueil de Dalma, je peux affirmer ne m’être jamais trouvée dans la situation inconfortable de me dire : «  Je l’écris ou je ne l’écris pas ». Il est sûr que j’aurais censuré, sachant que les récits partent dans toutes les familles. Quitte à me répéter, je pense sincèrement que les élèves ont cette capacité intuitive à savoir faire la différence entre l’intime et le public.

 

En conclusion, cette expérience collective favorise le lien famille-école d’une manière indubitable . En ces temps de recherche pour améliorer l’accueil des familles, pour renforcer leur investissement scolaire afin d’apporter un moyen supplémentaire à la lutte contre l’échec scolaire, il faut s’interroger sur l’opportunité de mettre en place ce type de projet.


 

 

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eve 30/04/2009 16:00

Merci d'excuser ma faute .Impliqués !
Pour les cadeaux ,j'essaierai de faire des photos et surtout de les envoyer (je ne suis pas très forte en TICE).

isa 30/04/2009 16:12


Les fautes, tout le monde en fait !!!! Moi aussi.
Pour les photos , ce serait bien forcément, ça "parle" les photos.


eve 30/04/2009 15:57

Bonjour ISA
Je profite d'un peu de temps de vacances pour te remercier encore de ce que tu m'apportes dans ma pratique et surtout dans mon envie de poursuivre dans cette ligne .Oui ,je suis tout à fait de ton avis sur cette importance de l'échange avec les parents et je pratique aussi cette sortie de la marionnette dans les familles ,un peu plus empiriquement,depuis quelques années ! Beaucoup d'élèves qui ne parlaient pas se mettent souvent à parler à ce moment -là et prennent réellement confiance en eux .Ils se sentent écouter au sein de la classe plus que dans toute autre activité...Même si je suis attentive ailleurs,j'avais remarqué que c'était un moment extraordinaire.Comme tu le dis très justement ,les parents sont souvent très impatients et tous participent avec envie.Ils se sentent impliquer dans les apprentissages de leur enfant et le lien avec l'école est renforcé.
Merci pour ton travail sur Anthony Browne .C'est un auteur que je n'aurais pas étudié en PS mais c'est incroyable comme les petits ont acccroché!Je travaillais plutôt Eric Carle et Claude Bougeon.Alors merci.
Pour la fête des mamans ,voici mon travail.Rien de bien original mais les élèves s'investissent bien et mon côté enseignante est satisfait (suite séquentielle,technique,graphisme...)
Semer ,observer ,repiquer des capucines et pois de senteur.
Fabriquer un cache-pot en réinvestissant des techniques:craies grasses plus huile frottée pour diluer les couleurs (découverte des mélanges).Empreintes de bouchon avec acryliques et gestes "tirer droit ou en tournant pour réaliser quelques fleurs" (nous participons aux écoles fleuries!).
Pour la fête des pères ,réappropriation de la poupée tracas :un "PAPA"qui sent bon pour la voiture (quelques gouttes d'huiles essentielles car nous avons planté des aromatiques dans notre jardin!
Bref ,j'arrête là mon bavardage .Peut-être cela va-t-il être utile pour quelques collègues.
Et encore bravo.Je n'aurai sans doute pas le temps de revenir mais je lirai toujours avec grand plaisir ton blog.

isa 30/04/2009 16:11


merci Eve pour ta contribution, comme je l'avais proposé, je fais une tribune libre sur les idées cadeaux pour la fête des mères et des pères, donc ne t'étonne pas de voir une partie de ton
commentaire édité en article, un grand merci encore car je sais que ce n'est pas facile d'oser écrire ni de livrer ses idées et pourtant , par votre fréquentation toujours aussi forte, je sais que
vous appréciez cet enrichissement mutuel.