associer les parents en tant que partenaires: le programme d'Isa

Publié le par isa

parler

 

La troisième proposition de cette série est une préconisation qui est apparue dans le discours institutionnel depuis quelques années, il s’agit de favoriser le partenariat entre la famille et l’école. Personnellement, cela faisait un grand nombre d’années que j’avais mis en place dans ma pratique des échanges avec les familles et c’est pourquoi je défends cette position qui est, pour moi, de la plus haute importance dans la lutte contre l’échec scolaire.

 

Le constat :

 

Le malentendu et les difficultés que les enseignants et les parents vivent les uns vis-à-vis des autres ne peuvent être niés. Les parents peinent à trouver la bonne distance, les enseignants sont hésitants à ouvrir leur porte, craignant à la fois l’envahissement mais aussi les questions qui pourraient les déstabiliser.

La méfiance est de mise et ce ne sont pas des injonctions officielles qui peuvent décider quelle ouverture les uns devraient avoir envers les autres. Etre partenaire ne peut se vivre que dans le choix et non dans la contrainte. Pour aller vers l’autre, il faut décider de lui faire une place en soi et ne plus le ressentir comme une menace. Or il est difficile de construire une telle place sans comprendre ce que chacun a en tiré comme bénéfice.

C’est regrettable que l’institution ne prévoit aucun accompagnement. Une formation des enseignants sur les liens constructifs et sur les enjeux de la relation aux familles me semblerait un puissant écho à l’importance de ce rapprochement.

 

 Evidemment l’élève est au cœur de cette problématique, la connaissance de la psychologie de l’enfant éclaire ce qui lui arrive lorsque les deux bases de sa vie s’opposent. L’enfant vit dans l’identification et ne peut se désunir de sa famille ,si défaillante soit-elle, ainsi lorsque son enseignant porte un jugement négatif, y compris hors de sa présence, sur sa mère ou bien son père, il altère l’identité de son propre élève. Sans le vouloir, l’enseignant détruit ce qui doit lui permettre de travailler avec lui. La reconnaissance de la famille, c’est reconnaître les origines de l’enfant, faire une place à un élève, c’est faire une place à des parents, l’un ne va pas sans l’autre. Pris dans un conflit de loyauté, l’élève peut alors refuser l’école qui refuse sa famille.

C’est pourquoi il est important de trouver la possibilité de parler de ses propres représentations qui viennent faire obstacle à l’accueil de ceux qui « dérangent » (petite parenthèse, sur le blog , il y a la salle de maîtres pour venir parler)(autre parenthèse, durant les trois années où j’ai travaillé pour une association d’accompagnement à la parentalité, j’ai appris l’accueil et le non-jugement même si j’avais déjà un parcours d’ouverture, j’avais encore des résistances que j’ai pu identifiées).

 

Le partenariat se justifie aussi par l’objectif commun qui est la réussite de l’élève, quelle que soit la famille de la plus favorisée à la plus démunie son souhait est de voir son enfant réussir. L’investissement de la famille est un facteur prédictif de ce succès.

 

Par quels moyens l’enseignant va –t-il déclencher et maintenir celui-ci ?

 

L’accueil à la rentrée, le cahier de liaison et le projet marionnette dans les familles

 

La petite section est l’entrée à l’école, elle détermine les premiers contacts, ceux-ci doivent être considérés et particulièrement préparés.

Mes propositions forment une boucle au cours de l’année.

La rentrée est un grand moment où la reconnaissance et la place de la famille doivent être précisées, cette signification symbolique pose un pont sur lequel les parents doivent se sentir en sécurité et en liberté. Ils peuvent choisir de le franchir mais aussi de ne pas le faire sans être jugés. Certaines familles ont besoin de temps pour accepter d’entrer dans l’univers scolaire, l’attitude de l’enseignant est la patience.

 

Au cours de cette rentrée, le rituel du dessin de la famille par la maman ou le papa a une haute valeur, il signifie à l’enfant que l’enseignant l’accueille dans sa filiation et que celle-ci reste présente à l’école malgré son absence, il signifie aux parents leur place en tant que partenaires puisque l’enseignant leur donne dés le premier jour une responsabilité de coopération pour aider à la séparation, c’est une façon de leur dire : «  J’ai besoin de votre aide et vous avez besoin de moi ».

 

Ce dessin va ensuite rejoindre le cahier de liaison. Cette appellation est un parti pris et les mots sont importants. Je sais que dans de nombreuses écoles, le cahier tel que je le conçois est souvent appelé cahier de vie et que le cahier de liaison est dédié aux papiers administratifs. Mais en dehors du fait que mon cahier ne fait pas de distinction entre l’administratif et le scolaire, il est surtout un outil d’investissement des familles. Il est, bien-sûr, mis en place pour favoriser le langage, afin que l’enfant parle sur son cahier mais encore faut-il que la maman ou le papa le regarde et le lise avec lui.

 

Ce cahier de liaison raconte la semaine en images et en mots, mais parfois il suggère aussi des recherches à la maison, des dessins familiaux, des requêtes, des appels aux bonnes volontés, des échanges … bref il fait vivre la relation. Il permet aux familles de rentrer dans la classe sans y être réellement, et pour certaines, c’est un espace de transition. L’intérêt que l’enfant porte à son cahier grâce aux images évocatrices est partagé en famille et le regard de celle-ci aura une influence sur le goût d’apprendre de celui-ci.

 

J’ai tenté cet outil pour la première fois en 1980, ce n’était pas ordinaire. Le recul de 30 ans me permet de dire que rares ont été les familles désintéressées, j’en veux pour preuve qu’aucun cahier n’a été perdu (signe d’une considération et d’un respect). Et nombreuses ont été les mamans qui attendaient avec impatience le vendredi soir pour lire le cahier avec leur petit. C’est pour moi la caractéristique d’un bon investissement : le plaisir de partager.

 

Et afin de boucler la boucle dont je parlais précédemment, la dernière période de l’année est consacrée à l’écriture d’un livre à offrir aux parents en remerciement de leur coopération dans le projet de voyage de la marionnette chez eux. Ce projet a pour but pédagogique le langage mais il met à contribution les familles de manière plus contraignante. Recevoir une marionnette chez soi, devoir respecter un contrat d’accueil et préparer son enfant à mener à bien un récit de vie est un engagement. J’ai débuté ce projet en 1996 et son succès n’a jamais été menacé. Chaque année, l’enthousiasme et l’investissement étaient présents. Un lien avec l’école mais aussi avec les autres familles se renforçait et le sentiment d’avoir pris sa part dans la réussite du livre était ressenti et exprimé.

 

J’ai toujours été convaincue que l’aspect relationnel avait une grande part dans la scolarité pour que l’enseignant remplisse sa tâche si complexe qui est d’intéresser tout en contraignant.

 

Enfin, la légitimité ( qui me tient à cœur car je pense qu’elle est au cœur des difficultés des jeunes enseignants) se gagne dans la relation à l’autre, l’enseignant sortira renforcé de cette ouverture aux parents qui seront reconnaissants de la place qui leur est faite et du travail présenté et partagé.

 

Pour terminer, je vous mets un lien vers une vidéo que je vous recommande vivement de regarder, il s’agit de Bruno Tardieu , délégué général d’ATD quart monde. Il parle de la nécessité d’un rapprochement parents et enseignants. Je suis en complet accord avec son discours.

 

 Pour retrouver les liens suivants ( rentrée- cahier de liaison-les parentsrécits de vie) ou lire mon livre «  La boîte à outils indispensable pour bien débuter en petite section »

 

Le prochain article de la série «  Le programme d’Isa » correspond au quatrième pilier  de cette plate-forme : aborder tous les domaines d’activités de manière égale.

 

Commenter cet article

Pierre03 02/09/2016 12:49

Coucou,
Je suis d’accord avec toi sur le fait que l’apprentissage ne se fait pas seulement à l’école, mais qu’il est important qu’il y ait un suivi de la part des parents.
Tous les jours, j’aide ma fille et je lui explique ce qu’elle n’a pas compris en classe et grâce à nos petites séances de travail, ses notes se sont améliorées.

isa 02/09/2016 18:41

Ta fille n'est pas en maternelle, je suppose.

Lorelei 12/08/2012 10:31


Bonjour Isa,


Je vais faire ma 4è rentrée en PS (PS/MS en septembre, avec 32 élèves, encore du nouveau!) dans l'école où je suis directrice. Je suis T5 et j'ai eu la chance d'avoir une formation en PE2 à
l'IUFM, même si celle-ci avait aussi des manques importants sur plusieurs sujets...


Je consulte régulièrement votre site depuis mon arrivée en maternelle, mais je souhaitais aujourd'hui vous laisser un petit commentaire pour vous remercier du partage de vos connaissances et de
votre savoir-faire. J'ai regardé grâce à vous plusieurs vidéos d'interventions de Bruno Tardieu, j'ai aussi consulté son blog. C'est très intéressant et enrichissant, surtout dans cette période
où nous sommes en train de construire notre prochain projet d'école. Votre rubrique Le programme d'Isa est parfaite, je pense que je vais faire de vos pilliers ceux de mon projet de classe !
Encore merci, à bientôt !


 


 

isa 17/08/2012 08:25



merci beaucoup Loreleï, je suggère ensuite chacun met son propre grain de sel et vit sa classe comme il l'entend, si tu as toi aussi des suggestions à faire concernant les piliers,
n'hésite surtout pas.