comment encourager sans juger lors de l'activité artistique ?

Publié le par isa

encourager-sans-juger.jpg

En cette période de dominante artistique, j’aimerais aborder un premier sujet qui a certainement été survolé à de maintes reprises dans d’autres articles ou bien dans des commentaires, mais sur lequel j’aimerais revenir, il s’agit de l’attitude de l’enseignant et de l’atsem face aux réalisations des élèves.

Je défends un point de vue qui n’est que le mien, cependant je considère qu’il est utile d’en débattre et de parler de nos considérations.

Pour ma part, je conçois plusieurs temps dans l’activité artistique. Le temps de l’observation de l’œuvre de référence ( artiste proposé) ou le temps du problème à résoudre ( geste, outil, matériaux …) ou l’annonce d’une situation d’autonomie, puis le temps de la consigne ( formulation de ce qui est attendu) sauf pour le travail autonome, ensuite le temps de l’exploration et de la réalisation , pour finir par le temps de la prise en considération de ce qui a été produit. Et c’est sur ce temps que j’aimerais m’arrêter.

 

Plusieurs cas de figure sont possibles, soit c’est l’élève qui présente son travail à l’adulte ou soit c’est l’adulte qui intime d’arrêter pour une raison de temps ( il faut ranger, c’est l’heure) pour une raison de préservation d’un travail qui lui semble abouti ( ça y est , tu as fini, c’est bon), pour une raison d’appréciation ( stop arrête, tu vas tout gâcher), soit pour une raison matérielle ( tu n’as plus de peinture ou regarde comme c’est sale…). Dans tous ces cas de figure, évidemment celui qui me convient le mieux est le premier qui sous-entend que l’élève aura eu le sentiment de s’être suffisamment exprimé, aura compris les attentes ( s’il y en a), aura conquis son autonomie d’action mais aussi de pensée donc de création.

 

Viennent ensuite les jugements ( c’est beau, c’est moche, c’est plus joli, ce n’est pas comme ça, tu aurais pu…, regarde comment fait L, qu’est-ce que tu es cochon, mais qu’est-ce que c’est que ça, tu as mis trop du noir, mais Mr l’artiste ne faisait pas comme ça ….). Comment juger un acte de création ? Comment risquer de décourager un élan intime avec des mots qui vont venir ternir l’enthousiasme du petit qui crée ? Comment encourager sans juger alors ?

 

Il est important d’envisager l’éveil artistique de manière différente des autres apprentissages, il me semble qu’il faut le regarder comme un jeu dont l’enfant a absolument besoin. C’est pourquoi le petit  doit pouvoir dessiner, peindre chaque jour. Cette stimulation est ce qui va permettre son développement. C’est une part importante de l’enfance qui demande à être considérée afin que l’enfant sente que ce qu’il fait à une place valable.

 

Mais quelle attitude avoir ?

 

En tant qu’enseignant, nous avons une idée de notre rôle qui nous enjoint d’être le sachant qui a en charge l’apprenant et nous pensons que notre place est de donner des appréciations sur tout ce que fait l’élève. Il est essentiel de reconsidérer ce positionnement notamment dans le domaine artistique. Je pense que notre devoir est de mettre en place des situations qui vont favoriser l’épanouissement et l’élargissement intellectuel des élèves, ces situations auront été pensées de manière à ce que notre intervention durant leur action soit minime afin de laisser place à l’observation pour réajuster (pour la prochaine situation) ou pour encourager ( tu veux recommencer ?), enfin surtout pour être au service des élèves.

 

J’ai toujours pensé que l’expression artistique était au fond de chacun de nous dans une fragilité d’âme parce qu’un jugement même positif peut troubler ce lent processus d’expression de soi ( si c’est beau , alors demain il faudra que cela le soit encore … ou bien la maitresse a dit à untel que c’était beau et moi rien…).

 

Alors il faut encourager (je le répète souvent) mais sans juger, c’est difficile !

 

Choisir ses mots ( pfffffffffffffff, c’est compliqué d’être enseignant) est une nécessité.

En dehors de la consigne ( respectée ou pas, ça c’est facile) , l’enseignant doit plutôt s’intéresser à ce que l’élève pense de son travail ( Est-ce que ça te plait ? Est ce que tu penses que tu as fini ? Est-ce que tu veux recommencer ? Est-ce que tu aimes ce que fait Mr l’artiste ? Est-ce qu’il te donne envie de peindre ? Qu’est-ce que tu sais faire maintenant ?…)

 

Je sais que ma vision peut remettre en cause certaines paroles que nous avons TOUS dit à un moment ou à un autre de notre carrière , moi-même forte de ces convictions, je me suis extasiée devant des réalisations qui comblaient mon égo d’enseignante. Ce n’est pas tant la formulation mais plutôt la répétition qui engendre peu à peu le verrouillage de l’expression libre.

N’oublions jamais que nos paroles ont des effets non seulement sur celui à qui elles s’adressent mais également sur tous les autres.

 

Il serait bon également d’en discuter avec les atsem qui ont souvent la charge de l’atelier peinture et qui avec de bonnes intentions veulent influencer les « résultats ». Plus que jamais, la position d’observateur est à adopter en laissant de côté son goût personnel et ses images idéalisées.

 

 Le travail avec les artistes tel que je vous le propose et tel que je l’ai présenté est d’abord et avant tout une source d’inspiration et un moteur émotionnel. Il ne sera jamais question de reproduire à l’identique une œuvre mais bien au contraire d’en inventer une nouvelle avec ce que l’élève est et doit rester. Ce travail l’aide dans l’affirmation et le développement de son potentiel, nous n’attendons pas qu’il ressemble à ses petits camarades mais bien qu’il se distingue de chacun d’entre eux, qu’il se sente exister.

 

Je défends un point de vue qui n’est que le mien…

 

 

Publié dans percevoir 2014

Commenter cet article

Laetitia 13/03/2014 14:44


Bonjour tout le monde... c'est toujours un plaisir de vous lire de réfléchir de se questionner sur sa pratique... Certaines ont vraiment des facilités pour exprimer leur point de vue (ce qui
n'est pas toujours mon cas)


 Pour ma part, j'ai longtemps été hermétique à l'art... aujourd'hui... après tout ce travail autour des artistes que tu nous proposes Isa... je prends  plaisir à flaner au musée, à
voir les oeuvres dont on a parlé, à en découvrir de nouvelles... sous l'oeil ahuri de mon conjoint qui lui, ne comprend toujours rien (LOL)... C'est comme une acculturation... de baigner dedans,
ça t'ouvre un monde qui devient alors plus familier.... comme la lecture. On apprend à lire plus facilement si on nous a lu des histoires.... et bien l'art c'est pareil... Laissons les enfants
s'imprégner...


Au niveau de leur productions, je me cale toujours sur des critères de réussites vis à vis de la consigne MAIS juste avant je leur dis toujours que ce qu'ils ont fait est bien ou beau ou coloré
ou joyeux...puis je reviens sur les critères de réussites (si il y en a). Suivant le travail demandé, nous nous contentons de regarder sans porter de jugements. Ils sont facilement dans le
jugement positif je trouve. Je n'ai jamais eu chez les enfants de critiques assassines: plutôt des constats sans jugement: peut être ne sont-ils pas inhibés comme les adultes?


Quand je leur laisse le choix, j'ai toujours de belles surprises... Ils sont étonnants d'imagination, de créativité et ils s'approprient les choses plus facilement que nous. Je me surprends
souvent à attendre leurs productions avec impatience... que vont-ils m'inventer? C'est trop bien....

isa 14/03/2014 08:50



en te lisant Laetitia, je ne vois pas où sont tes difficultés pour t'exprimer, c'est tout à fait compréhensible et clairement dit. J'apprécie ton enthousiasme et le plaisir que tu as
personnellement à aller à la découverte des artistes. Cela contribue à la curiosité de tes élèves et à leur élan créatif. J'avais lu dans un article de Meirieu au sujet de l'attention des élèves
que le propre rapport au savoir de l'enseignant était un élément essentiel pour une relation favorable de l'élève aux apprentissages, et que l'enseignant devrait se mettre plus souvent en
situation de recherche quand il est avec eux. Voilà pourquoi quand on est hermétique à un domaine, ça ne se passe en général pas trés bien du coup, on en fait moins par refus de la difficulté et
certains apprentissages sont laissés de côté. C'est donc la raison pour laquelle je revendique mon découpage annuel avec une dominante par période de manière à approfondir et à se mettre en
situation de recherche. C'est dans cette recherche qu'on a le plus de chance de se réconcilier avec la discipline.



hélène 12/03/2014 22:16


Je te rejoins Isa ! Gardons à l'esprit que l'Art a un pouvoir en lui même : un pouvoir éducatif (il développe la sensorialité, la motricité fine, la mémoire...) et un pouvoir d'entraînement (
dans l'activité artistique : on s'implique physiquement et mentalement) A travers l'Art, on peut s'exprimer autrement que verbalement, on stimule l'affirmation de soi, l'estime et la confiance en
soi, mais aussi on recherche du plaisir et on entre en relation avec l'autre et le regard de l'autre ! Dans l'activité artistique, tous les besoins fondamentaux de l'être humain peuvent être
assouvis.  Favorisons la créativité, cette énergie qui nous porte tout le long de la vie.


Qu'ils puissent avoir, des moments où ils soient libres de s'engager au regard de ce qu'ils veulent faire (cela implique faire des choix) et des sensations agréables que cela leur procurent !
Nous (enseignant), nous avons plutôt un rôle de guide (on doit donner confiance, et permettre à l'enfant d'affirmer sa personnalité, on proposera aussi de nouveaux savoirs-faire pour stimuler
encore plus l'action et l'élan.


En art-thérapie, on dit que le Beau (vaste débat !) est ce qui plaît. Aidons les enfants à déterminer ce qui leur plaît, ce qui leur procure du plaisir et ce qui donne de la saveur à leur
existence.


Nous avons la chance en maternelle de pouvoir les laisser s'exprimer librement sans jugement et surtout sans interprétation hâtive. L 'Art est un fabuleux moyen d'expression, qui existe depuis
que l'Humanité existe ! Notre rôle n'est-il pas de révéler et d'encourager les talents de chacun, alors redonnons à l'Art la place qu'il mérite  et pas qu' en maternelle !!!

isa 13/03/2014 08:06



Joliment dit Hélène



Enna.b 12/03/2014 15:31


Bonjour,


Tout d'abord merci pour votre blog que je suis depuis de nombreuses années et qui m'apporte beaucoup dans ma pratique d'enseignante en maternelle.


La question de l'enseignement des arts plastiques revient toujours, car on se demande si on s'y prend bien, si les enfants "s'éclatent" vraiment et prennent du plaisir à peindre et créer. Je
trouve cela très difficile et je me pose sans cesse beaucoup de questions... Je viens pourtant moi meme d'une formation en arts plastiques, je fais aussi des toiles (dans mes rares temps libres),
 mais ce n'est pas pour ça que j'ai plus de facilités à mener mes séquences en classe.


Parfois, je n'ai tout simplement pas d'idées (Q'allons nous faire lundi ?) et je suis sans cesse confrontée à la difficulté de faire comprendre à mon ATSEM, qu'il faut les laisser "patouiller",
car elle a le vilain défaut de prendre leur main et de "faire à leur place "! Elle est à un an de la retraite et je vous avoue, que j'ai baissé les bras car elle reste campée dans ses habitudes
et on a du mal à se comprendre artistiquement... Du coup, pour pallier à cette grande frustration, je la laisse faire ses ateliers en peinture et je fais les miens dans la classe sur une tale, en
mettant une toile cirée et là j'ai l'impression de me défouler et qu'enfin, les enfants s'expriment réellement ! Je sais que je devrais peut-etre me battre un peu plus avec elle pour qu'elle
fasse comme j'en ai envie, mais je lui ai dit tellement de fois, toujours avec tact, que je me suis fait une raison... Et en plus, elle crie beaucoup sur les enfants, perd vite patience et bien
sur, juge en disant "C'est beau, c'est du travail de cochon, va plus vite, ..." Oui, c'est diffcile !!!  A part ça, je l'aime beaucoup quand meme et lui donne des circonstances atténuantes
car elle est agée et que c'est difficile à son age ( je pense) de travailler avec 25 enfants de 5 ans, qui bougent tout le temps, crient, ...


En tout cas, merci pour ton article Isa, qui me donne à réfléchir (j'aime ça) et j'y penserai demain quand je ferai peinture dans ma classe, là je fais peinture libre.


NE PAS JUGER, MAIS ENCOURAGER la création artistique !


J'ai meme pris des notes pour me l'afficher au-dessus de mon bureau, en rappel !


Bises


Enna.b

isa 12/03/2014 16:35



merci Enna de venir alimenter ce débat qui t'intéresse personnellement et qui justifie que tu sortes de ton anonymat après plusieurs années, ça me touche. Oui, je vois bien à quoi tu fais
allusion dans la description de l'atsem et c'est vraiment dommage que le dialogue n'ait pas abouti avec elle. Mon article avait le but de "provoquer" un rappel ( parce que la conviction est là
pour beaucoup d'entre nous), et c'est ce que tu as compris mais tu te désoles de voir la manière dont l'atsem "bouscule" les petits élèves de ta classe, tu t'en veux sûrement de ne pas avoir
réussi à faire changer son comportement et c'est difficile d'avoir une aide sur qui on ne peut pas vraiment compter d'un point de vue éducatif, j'imagine que d'un point de vue matériel elle te
donne satisfaction et à l'évidence relationnellement avec toi cela semble aussi aller. Il y a des points positifs, mais il n'empêche que l'attitude de cette atsem peut provoquer chez les petits
élèves des blocages et ce n'est pas ce que tu veux, je le comprends bien. J'aimerais penser qu'il y a une voie que tu n'as peut-être pas explorée et qui pourrait aider au changement. Es-tu sûre
qu'elle aime s'occuper de l'atelier peinture ? Il peut être intéressant de lui demander comment elle voit les choses, et dans ce cas, en prenant en compte sa vision et la tienne vous pouvez peut
être arriver à un rapprochement. Il est important que tu lui dises que tu l'apprécies comme tu nous l'écris et également de dire devant elle aux élèves qu'ils doivent respecter son travail,
qu'elle a la tâche de nettoyer derrière eux et qu'il faut essayer de ne pas trop salir même si parfois c'est difficile. Elle arrive à la fin de sa carrière et elle a besoin ,elle-aussi, de
reconnaissance. Des mots peuvent suffire à la rassurer et à ce qu'elle se montre plus souple. J'espère que tu nous donneras des nouvelles parce que je pense tout cela te tient à coeur. Bravo pour
ton blog 



Silbale 12/03/2014 13:10


Pas évident souvent de réfréner les jugements de valeurs et comme dis par Isa, de ne pas en même temps en exclure certains. Ainsi, rien qu'hier je me suis entendue féliciter une enfant à propos
d'un dessin libre très construit, coloré, abstrait/avec une occupation de l'espace conséquente et sur lequel elle venait de passer 15 bonnes minutes... du coup une autre occupée à dessiner aussi
m'a rappelée à l'odre: "et moi maîtresse, il est beau mon dessin?" 


Bref, encourager c'est aussi valoriser les productions des uns et des autres. Pour l'affichage, je mets tout, sans discrimination et surtout j'essaie de mettre en valeur et puis je termine
toujours par une explication écrite à destination des parents.

isa 12/03/2014 16:05



tu as raison Silbale de parler de l'affichage qui est aussi un enjeu. Dans ma classe, je faisais en sorte que tous les élèves apparaissent à l'affichage afin que les enfants mais aussi
les familles soient honorées. Ce sont des petits détails qui comptent.



Christine F. 12/03/2014 11:32


Comme tout cela est vrai et comme tout cela est compliqué à mettre concrètement en place. Il faut  se prendre le temps et, qui plus est, avec chaque enfant, et effectivement avoir l’adhésion  et la compréhension de
l’ATSEM  pas facile, pas facile,… J’aurai tendance à dire que les choses s’améliorent avec l’expérience, avec la confiance en soi de l’enseignante qui
arrive enfin à se détacher du regard (du jugement ?) des autres, collègues et parents car cela peut paraître tellement gratifiant de récolter l’approbation dans le regard et les
commentaires des autres adultes lorsque l’on affiche des travaux bien standardisés et bien homogènes. Isa, tu touches là un point très sensible et qui est loin d’être résolu tant la formation
initiale ou continue est quasiment inexistante. Heureusement qu’il y a des blogs comme le tien pour oser ouvrir la réflexion et proposer un
débat. Le problème c’est que, du coup, presque tout le monde va un peu culpabiliser bien que je sais pertinemment que ce n’est absolument pas ton objectif. Personnellement j’avoue n’être pas
encore totalement au point  bien que parfaitement informée et convaincue, mais je continue à progresser et aujourd’hui il m’arrive d’être
enfin  fière de moi  lorsque j’arrive à ce qu’une majorité d’élèves réussisse librement à exprimer «  sa
vision » artistique. Et je sens de moins en moins  souvent la réticence, la retenue, le blocage de mon Atsem à qui il a fallu longuement
expliquer les objectifs, les attentes et le rôle de l’adulte au côté de l’enfant. Pas facile, pas facile,.. Mais là aussi, à force de persévérance les choses avancent, doucement mais surement, je
suis donc confiante, j’y vais avec douceur et bienveillance comme avec les élèves, car il faut une vraie adhésion de l’ATSEM, qu’elle y trouve également du plaisir. Rien ne sert donc de la
brusquer, il faut la laisser expérimenter elle aussi. Lorsque je lui propose une activité qui bouscule un peu sa manière habituelle de faire, je lui demande d’expérimenter puis on en parle
ensemble pour avoir son point de vu. De cette manière j’ai obtenu de vrais miracles en termes de collaboration réussie.


 


Du côté des élèves ce n’est pas toujours facile non plus : peur de se tâcher les mains, peur de ne pas plaire à la maîtresse, peur d’oser
se lancer, comprendre qu’ils ont le droit de s’exprimer librement (c’est quoi la « liberté » ? il y a déjà tant de règles à respecter ! donc pas toujours facile pour eux de
savoir jusqu’où ils peuvent d’aller), il faut en user de la salive pour convaincre, encourager … et ensuite canaliser !


Cette question du choix me fait penser à une petite anecdote (un peu en marge du sujet) : il y a 2 ans j’avais un petit garçon qui,
pendant deux grandes périodes a refusé de participer à tous les ateliers d’arts plastiques ou de graphisme, refus total d’entrer en contact avec feutres, peinture, pâte à modeler, bref tout ce
qui pouvait salir. Dur, dur de travailler dans ces conditions et pas question d'exclure l'enfant  en le laissant faire autre
chose pendant ce temps. Au bout d’un moment j’ai expliqué à l’élève que je respectais son choix mais que je souhaitais qu’il participe quand même à l’activité et que j’allai « faire »
pour lui, il n’avait qu’à me « dire » ce qu’il fallait que je fasse. C’était possible car cet enfant avait un bon niveau de langage. Je m’installais donc avec lui pendant 5 minutes et
il devait me dire ces choix. Par exemple : réaliser un fond avec des empreintes de formes géométriques : Quelle forme veux-tu que je prenne? Avec quelle couleur de peinture ? Où
dois-je l’appliquer, en haut, en bas ? Etc. Régulièrement je faisais exprès de me tromper pour provoquer une réaction  et inciter l’enfant à me
montrer : Où, Comment, Avec quoi ?. Jusqu’au jour où, ayant fait exprès de mal remplir un fond uni pour un travail ultérieur, je l’ai surpris,
après avoir tourné le dos pour m’occuper d’un autre élève, à prendre discrètement le rouleau pour boucher le trou. Une semaine après, amusé mais excédé par cette maîtresse qui ne comprenait
vraiment pas ce qu’il voulait, il s’est décidé à me montrer enfin et de  lui-même comment il voyait les choses ! Bon, on était en avril mais il
avait réussi à  surmonter ses appréhensions car il avait été inclus dans les activités malgré ses appréhensions, qu’il avait fait connaissance avec le
matériel et avait pu exprimer ses choix à travers moi.


Je ne suis pas sûre d’être bien dans le propos mais c’était juste pour faire comprendre que d’encourager les élèves en leur offrant la
possibilité de faire leurs propres choix demandait certes parfois beaucoup de patience et de persévérance mais pouvait aussi les amener à se dépasser.

isa 12/03/2014 16:02



si si tu es dans le propos, parce que le refus pose la question de l'encouragement. Comment agir avec un élève qui refuse la peinture ? Tu nous proposes une manière de faire, et c'est
effectivement dans la recherche d'attitudes, dans des essais qu'on finit par trouver des biais et comme tu le dis la patience est le mot indispensable. Quand on précipite les choses, sur le coup
, on peut avoir une adhésion qui peut se révéler de façade par le suite. Il faut bien entendre que peindre c'est parler de soi, combien d'enseignants se trouvent bien malheureux dans une
animation arts visuels où il va falloir créer .... Il est donc respectueux de comprendre que le petit qui ne désire pas peindre n'est pour le moment pas prêt et qu'il est bon de lui dire qu'il en
a le droit, tout en le sollicitant et en le resollicitant. Alors on peut espèrer que le plaisir des autres lui donnera l'envie, mais parfois non parce que ses raisons de ne pas faire sont plus
fortes que le désir de ce plaisir. On peut également parler en son nom et lui expliquer ce qu'on pense de son refus: " Tu ne veux pas peindre parce que tu as peur de te salir, je vais t'aider à
ne pas te salir ". On peut aussi faire comme pour la nourriture ( eh oui): " Tu essaies sinon tu ne peux pas savoir si tu aimes ça". C'est une longue recherche comme tu l'as fait Christine pour
trouver une attitude qui va déclencher l'action. 



daomichele 12/03/2014 08:41


merci....

vivi 11/03/2014 23:54


Oui, je vois ce que tu veux dire. J'ai tendance à laisser ma personnalité l'emporter sur le côté professionnel. Côté ATSEM, les enfants de la classe ont de la chance
car elle est douce, ne crie jamais (règles d'or dans la classe) et laisse  aux enfants le temps de faire le travail sans les "bousculer". Elle est âgée (je ne sais pas si c'est une raison)
et elle  a compris que rien ne sert de se presser... ce qui n'est pas fini sera repris demain. Cela me change de mon ancienne ATSEM qui allait toujours plus vite et voulait même prendre un
autre groupe pour "s'avancer"... Cette année, je prends mon temps. J'aime la relation que j'ai avec mon ATSEM et le climat de la classe s'en ressent. Dommage qu'elle parte bientôt à la
retraite!

isa 12/03/2014 10:31



je ne pense pas que l'âge soit responsable de l'attitude plus souple d'une ou un atsem, c'est évidemment le caractère de la personne et cette capacité à être à la bonne distance ( ni trop
près, ni trop loin) aidée en cela par la complicité que tu as su créée avec elle.



Emilie44 11/03/2014 16:22


Oui, je partage aussi le même point de vue. Le plus difficile, c'est de faire comprendre ça à son ATSEM je trouve.

isa 11/03/2014 17:11



oui, cela fait partie du co-travail (?), en premier lieu, il y a l'exemplarité et en second le dialogue, un point de vue argumenté trouve écho chez toute personne dans la mesure où on lui
donne la parole afin qu'elle dise combien pour elle c'est difficile de se détacher de ses habitudes ou de ce qu'elle pensait être une attitude éducative. Quand je parle de bonnes intentions dans
mon texte, c'est vraiment ce à quoi je pense. Les Atsem ont trés souvent envie de bien faire et elles (ils) peuvent penser que le résultat tel qu'elles (ils) l'imaginent est prépondérant, c'est
important d'expliquer que l'acte est ce qui est le plus constructif pour l'élève. Comme avec les élèves, il faut faire preuve de patience mais rappeler à chaque fois ce qui a été dit ensemble et
ça finit par devenir une attitude normale. En tout cas, il n'est pas question d'avoir des convictions et de ne pas les partager avec l'atsem, même si elle ou il  a un certain
caractère...



vivi 11/03/2014 15:35


Oui, ne pas porter de jugement de valeur... On nous avez appris à l'IUFM a simplement demander si la consigne avait été respectée. Mais je ne peux pas m'empêcher de rajouter mon grain
d'encouragement. Ils sont tellement contents quand on les félicite. Bien sûr il ne faut oublier personne...


J'ai remarqué que c'est souvent entre eux que les enfants jugent durement le travail des autres. "C'est moche, c'est tout noir" Je les reprends alors pour qu'ils apprennent à respecter le travail
des autres. Ce n'est pas toujours facile...


J'aime bien ton article Isa, il me parle...

isa 11/03/2014 17:21



oui mais entre eux se jouent d'autres rapports que celui avec l'enseignant et effectivement en éducateur tu te positionnes dans le rappel du respect de l'autre, mais le "c'est beau" de la
maitresse a un impact beaucoup plus défavorable sur ceux qui ne le reçoivent pas et d'une certaine manière ouvre la voie au " c'est moche" de l'élève, la notion de beau est tellement subjective
qu'il est bien difficile de la justifier et de lui donner du sens pour les élèves. Je sais que c'est difficile parce qu'on a tous envie de valoriser ce qui nous parait beau, mais c'est une
position de personne pas une position de professionnel, tu vois la différence ?



Muriel 11/03/2014 14:32


point de vue que je partage largement !