comprendre ce qu'est l'école, mais comment ?

Publié le par isa

 

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Comprendre ce qu’est l’école, mais comment ?

 

Nos réflexions au sujet du programme du devenir élève (  apprendre à dialoguer entre eux, respecter la personne et le bien d’autrui, faire preuve d’initiative, apprendre à coopérer) se poursuivent avec le dernier module dont l’ambition est de travailler à comprendre ce qu’est l’école.

 

Il s’agit d’un projet complexe qui va demander du temps et de la conviction et qui ne va pas de soi pour les élèves.

 

Pour  mener ce travail il faut être convaincu qu’en maternelle, il y a une aspiration à se différencier de la garderie ou du centre de loisirs… J’ai parfois le sentiment que certains regards ne voient pas la différence et ne recherchent pas la distinction soit parce que l’âge des élèves est pour eux un frein ou une raison de ne pas agir comme tel , soit parce que les apprentissages ne sont reconnus que dans leur académisme ( lire, écrire, compter).

 

J’ai bien lu dans certains commentaires le sentiment de disqualification que ressentent les collègues qui cèdent leur place aux atsem ou animateurs  dans le temps périscolaire avec cette nouvelle réforme des rythmes scolaires. J’y ai ressenti (sans que cela soit exprimé) que dans un même lieu, avec les mêmes enfants, avec le même matériel, il y était refait la même chose et que cela semblait être une remise en cause (c’est ainsi que je l’ai interprété, dissuadez moi si je me trompe). J’aimerais dire que c’est une profonde erreur, et qu’il est trompeur de ne regarder que le contexte.

 

Pourquoi l’animateur qui lit une histoire aux enfants dans le même coin regroupement que l’enseignant ne fait pourtant pas le même travail que l’enseignant ? Qu’est-ce qui distingue un travail de modelage fait en classe ou au centre de loisirs ? Comment l’enfant se sent élève à l’école ? Comment l’enseignant sait qu’il est enseignant et non pas animateur ?

 

L’école est un lieu d’apprentissage, certes mais "quand j’apprends à faire un colombin en pâte à modeler , que je sois avec Karine l’animatrice ou Isa l’instit, j’apprends la même chose" ! Alors où est la différence ?

La différence va se situer dans les intentions , Karine fait faire, Isa fait faire plus et mieux. Karine discute avec les enfants pendant l’activité, Isa fait parler les élèves sur ce qu’ils font et ce qu’ils en apprennent, Karine privilégie le résultat, Isa privilégie le cheminement et la mise en pensée de ce cheminement, Karine a préparé une activité, Isa a préparé une situation d’apprentissage qui se situe dans une continuité de progrés.

 

L’école est un lieu d’apprentissage où l’enfant devient élève en donnant du sens à ce qu’il fait , ce sens étant en rapport avec le savoir, le savoir faire ou/et le savoir-être également, en identifiant ses progrès ainsi que ses erreurs qui sont acceptées, en formulant ce qu’il fait et ce qu’il apprend, en ayant la capacité à comprendre sa réussite, c'est-à-dire savoir expliquer comment réussir.

 

Voilà pourquoi Isa ne fait pas le même travail que Karine. L’activité, l’exploration, la manipulation sont le socle des situations, mais l’apprentissage va au-delà de ce socle, il aide l’élève à réfléchir, à parler de cet apprentissage, à comprendre sa nécessité et à vouloir progresser vers le mieux et le plus.

 

Le débat sur l’évaluation que nous avons eu à la demande de Laetitia a permis d’exprimer des doutes, des interrogations, des manières de faire, des choix, il a soulevé le problème de l’affect dans certaines pratiques évaluatives qui à cause de ce risque réel reconsidère le fait même de mesurer les progrès des élèves. Or nous avons une tâche d’enseignement et les élèves ont besoin de comprendre ce qu’est l’école comme les programmes nous le recommandent.

 

Comment concrètement y répondre ?

 

Avant la situation d’apprentissage, l’enseignant explique l’activité qui correspond à celui-ci ( Ex : tu vas raconter le livre que tu connais et cela me permettra de savoir comment tu le fais pour que je t’aide et que tu parles encore mieux), il donne des consignes claires et s’assure qu’elles sont comprises ; c’est pourquoi je préconise que celles-ci ne soient pas données en grand groupe au cours du regroupement , chacun ne se sentant pas concerné dés lors qu’il ne se trouve pas dans la situation de travail, de manipulation, de création… D’autre part, au fil de l’année, les élèves sont invités en fonction de ce qu’ils voient ( fiche, matériel, représentation de la consigne…) à rechercher par eux-mêmes la tâche à accomplir et à formuler la consigne avant l’enseignant. Il est important de dire ce qui est appris ( ex : tu vas apprendre à recouvrir une feuille entièrement, tu vas apprendre à mettre ton manteau tout seul, tu vas apprendre à dessiner un bonhomme, tu vas apprendre à ranger ce qui est grand, ce qui est petit….).

Pendant l’activité, l’enseignant reformule et guide l’élève dans l’identification de ses erreurs, lui rappelle les critères de réussite, l’incite à commenter ce qu’il fait mais aussi ce qu’il en pense, peut parfois lui donner à comparer ce qu’il ne savait pas faire avec ce qu’il sait faire maintenant, lui demande s’il pense avoir réussi, peut l’interroger sur comment faire pour réussir afin de l’expliquer aux autres ou à un autre.

A la suite des activités, les élèves sont encouragés à faire un rappel de celles-ci, un bilan de fin de journée peut revenir sur tel ou tel apprentissage afin d’exprimer ce qui a été appris, ce qui est su. Il peut être l’occasion de valoriser les progrès soit verbalement sans support soit à l’aide de tous les outils dont il a été question au cours du débat : brevets, cahier de progrès, cahier de réussite, fiche de défi, photos souvenirs, tableau de performance en EPS .

 

L’implication des parents dans la prise en compte des apprentissages est à rechercher, le cahier de liaison tel que je le propose permet la symbolisation de ceux-ci afin que l’enfant explique ce qu’il a appris à ses parents et se trouve dans la mise en pensée soutenue par les questions de sa famille. Certaines tâches sont évaluées selon la terminologie : « Je sais faire » et pour ceux qui n’y sont pas encore parvenus « J’essaie encore » pour exprimer l’esprit de persévérance indispensable à tout progrès. Aucun jugement de valeur n’est mis en avant, et parfois même il est stipulé que tel apprentissage est difficile et qu’il faut être patient. L’aide de la famille est quelquefois requise afin de favoriser et expérimenter plus concrètement leur rôle de parent d’élève, la tâche est explicitée clairement dans un langage adapté et les marques de remerciements sont lisibles. Ce retour sur sa vie d’élève au sein de sa famille par le biais du cahier ( objet symbole de l’école) est un véritable atout pour la compréhension de ce qu’est l’école car le statut d’élève a besoin de la reconnaissance familiale.

Dans un précédent article, j'avais cité les 4 points indispensables aux élèves pour apprendre :

- comprendre le but de la tâche

- s'approprier le dispositif ( situation, matériel)

- s'exercer

- connaitre le résultat de leur action

Aucun de ces points ne doit faire l'objet d'une impasse, à nous d'imaginer comment dans le respect des élèves.


 

 

Publié dans la salle des maîtres

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Stéphanie85 03/10/2013 23:21

Tout d'abord, merci Isa pour ta réponse... Oui, effectivement, je suis agacée par toute cette nouvelle organisation à l'école qui "désorganise" tout... notamment les relations entre les personnes.
Bref, un élément perturbateur avec lequel il va falloir compter cette année et réorganiser pour les années à venir apparemment... Je sais bien,Isa, que les activités pendant les TAP faites par mon
Atsem n'ont ni le même but ni la même portée que les situations d'apprentissages que je construis en classe pour et avec les enfants... J'ai confiance en ce que je fais. Ce qui me dérange c'est
comment mon travail est perçu par d'autres, que ce soit mon ATSEM, les parents, les enfants! Je me remets sans cesse en question pour progresser mais peut-être que j'y perds trop d'énergie. Je vais
essayer de suivre ton conseil et discuter avec mon ATSEM de ces temps "après l'école"!

isa 04/10/2013 09:36



oui Stéphanie, mais la question du regard des autres sur ton travail n'apparait pas avec cette nouvelle organisation, c'est inhérent à tout métier. Personne ne peut imaginer de manière
réelle ce que l'autre fait, ce que cela lui demande d'énergie, de connaissances, de volonté, de courage, de travail invisible, de pensées obsédantes parfois.... sauf à l'avoir soi-même vécu. Ce
qui apparait avec ce bouleversement , c'est que tant que l'atsem travaille avec toi, tu acceptes de déléguer, quand elle est en autonomie, tu te sens dévalorisée. C'est donc bien ton propre
regard qui agit, personne ne t'a dit ( dis moi si c'est faux):" Mais l'atsem pourrait faire ton travail, c'est facile ". Il n'y a donc que toi et tes interprétations, tu imagines ce que les
autres peuvent penser, et tu pars de l'idée qu'ils vont y voir une facilité à faire ce que tu fais, alors ma question est: " Pourquoi te juges tu si sévèrement ?" Est-ce parce que toi même tu as
tendance à sous estimer le travail des autres ? Je te pousse un peu même si je sais que beaucoup sont comme toi, tu n'es pas la seule, mais tu vois bien que le regard sur le travail avec des
jeunes enfants est dans notre société trés réducteur, c'est forcément un travail féminin et facile, il suffit de les laisser jouer, à la portée de tout le monde.... et ces pensées sont à
l'intérieur même de notre profession, y compris chez celles ( ceux) qui le font parfois et c'est là où ,pour moi, ça coince véritablement.



Stéphanie85 02/10/2013 23:49


Je me retrouve un peu dans le commentaire de Catherine... Avec les TAP mis en place par la Mairie, j'ai l'impression que mon ATSEM me spolie... Elle fait un atelier peinture avec les enfants et
applique stricto-senso ma progression avec les PS... Elle utilise les mêmes outils, les mêmes chansons, et a même installé une chaise à grandir dans la salle dédiée aux TAP... Bon Ok, elle n'y
voit pas des objectifs pour les enfants, juste une activité mais quand même...! En classe, depuis la rentrée, elle n'est plus la même... Je lui donne une consigne qu'elle ne respecte pas ou donne
l'atelier que je lui avais confié à la stagiaire dont elle est la tutrice... ça m'agace tellement qu'après 7 années d'un binôme presque parfait, j'en changerai presque! Pour tout vous dire,
lorsque j'ai fait ma séquence autour de Otto Zitko, je me suis presque "cachée" de peur qu'elle ne s'en inspire... Pff J'ai l'impression que pour mes p'tits loulous et leurs parents, ces temps
d'activités demeurent aussi des temps d'école... Mais où est la maîtresse??? J'ai l'impression que pour mon Atsem, toutes activités demeurent occupationnelles... J'ai l'impression qu'on
dévalorise mon travail... Et j'ai l'impression que cette rentrée n'en finit pas de continuer! Après une reprise d'un mois, les enfants  sont fatigués (et moi aussi!), énervés surtout le
vendredi... Même si le moral n'est pas au top, je sais au fond de moi qu'ils progresseront et apprendront un tas de choses cette année, je sais qu'ils donneront bientôt du sens aux apprentissages
et aux activités... Je continuerai à faire de mon mieux en m'inspirant du blog et des commentaires des collègues, et je ne manquerai pas d'écouter les remarques de ma charmante collègue qui me
remplace le jeudi et qui est à chaque fois ébahie par le travail et les progrès accomplis en une semaine! Pourvu que ça dure!!! ;-)

isa 03/10/2013 08:45



Pourquoi "mais quand même" Stéphanie ? Qu'est-ce que le fait que ton atsem fasse la même chose que toi te retire ? On voit bien que l'agacement a agi sur vos relations et qu'une sorte de
rivalité s'est installée entre vous. Tu as peur de quoi ? Tu dis "j'ai l'impression qu'on dévalorise mon travail" parce que toi tu imagines que ton travail c'est ce qu'elle fait mais non, ton
travail comme je l'explique dans l'article n'est pas ça , oui elle passe par les mêmes situations, mais d'abord elle ne les a pas construites comme tu l'as fait, elle n'y voit sûrement pas la
continuité et l'articulation des apprentissages comme tu les as pensés, elle ne crée pas de situations d'enseignement, son discours avec les enfants n'a pas en sous-jacence des visées
d'acquisition pensées et réfléchies. Ce que je dis en introduction sur la conviction est une manière de vous inciter à intrerroger votre propre représentation de votre métier. Si tu penses qu'une
personne non diplômée peut faire ce que tu fais, alors tu es toi même dans la sous-évaluation de ton travail. C'est trés intéressant Stéphanie ce que tu dis parce que je pense que vous êtes
nombreux à réagir ainsi et c'est d'autant plus surprenant que vous pouvez donner aux atsem des responsabilités d'ateliers d'actvité lors de votre présence et parfois même leur donner des
situations d'apprentissage à gérer. J'ai personnellement toujours dit qu'il ne fallait pas le faire, qu'elles ne devaient pas être dans ce type de responsabilité parce qu'elles ne sont pas
enseignantes justement. Aujourd'hui, la prise de conscience est perturbante pour certains et certaines.  Vous n'êtes pas responsables de cette situation, ce sont les conditions
d'organisation qui sont défaillantes parce que les atsem assument des nouvelles responsabilités qui ne devraient pas être les leurs. Elles font du mimétisme alors que ce n'est plus l'heure de
l'école, mais bien l'heure des animations , il faudrait peut-être revoir cette nuance avec elles, les enfants ont besoin de se décontracter en faisant des choses qui ne leur demandent ni
attention, ni concentration, ni "travail". Ce sont des ajustements qu'il est bon de revoir,j'imagine qu'il va y avoir des bilans pour améliorer le fonctionnement qui semble vraiment chaotique par
endroit. Mon conseil Stéphanie est de renouer avec ton atsem, ne te cache plus pour faire ton travail, garde confiance en toi, je trouve que tu devrais être honorée qu'elle s'inspire de ton
fonctionnement , c'est donc qu'elle trouve qu'il est bien, maintenant tu peux lui faire comprendre qu'elle ne peut pas refaire la classe à l'identique parce que les enfants ont besoin de
changement, qu'ils ont besoin de repères pour se dire "ah là, ce n'est plus l'école, c'est l'animation", peut être faut il y réfléchir ensemble, je sais , tu vas me dire que ce n'est pas ton
travail mais malheureusement si personne ne veut aider à l'amélioration alors les positions s'enkystent et se dégradent.



Laetitia P 02/10/2013 11:05


Décidément la dernière conférence à laquelle j'ai assisté était vraiment dans l'air du blog... Il s'agissait de Mme ZERBATO BOUTOU qui avait pour mission cette fois de nous éclairer sur comment
l'enfant devient élève. On y retrouvait ce que tu nous dis Isa dans ton article. Elle résumait notre travail par cette phrase: "nous les enseignants nous sommes là pour passer du "FAIRE" au "DIRE
LE FAIRE" et enfin au "PENSER LE FAIRE". Je trouve que ça résume assez bien.


Hier, j'ai avec mes moyens fait un travail de tri de couleur (petites images de pommes ou étoiles ou autres à coller dans 2 carrés différents our séparer les couleurs). Quand je leur ai demandé
ce qu'ils avaient appris à faire. La majorité m'ont dit " à coller"... D'où l'intérêt de bien expliquer ce que l'on va apprendre à faire comme tu le précises. C'est parfois effrayant le décalage
entre ce que l'on veut travailler avec eux et ce qu'ils percoivent.

isa 02/10/2013 11:51



non c'est normal, c'est compliqué pour eux, d'ailleurs ce n'est pas faux ce qu'ils te répondent parce que coller ça s'apprend et qu'ils ont perçu l'importance de cette action dans leur
travail. C'est effectivement ce que l'enseignant a comme objectif qui va déterminer son discours et qui va faire émerger chez les élèves le sens de leur apprentissage. Et Mme Zerbato Boutou dit
les choses mieux que moi :))) 



Muriel 02/10/2013 07:52


De magnifiques mots échangés avec Zazabelle...


et un article de départ qui, une fois de plus, dit tout et si bien qu'on n'en changerait pas une virgule!!! Merci ISA....


courage Zazabelle, je compatis: c'est difficile, une classe de maternelle, où la somme des intérets particuliers de nos
petits élèves, encore égocentrés, rend l'équilibre instable et fluctuant de jour en jour.... Rien n'est jamais acquis et il faut beaucoup d'énergie pour maintenir la barre de ce drôle de
bateau....Bien sur, c'est encore plus dur quand certaines conditions athmosphériques s'en mêlent (des locaux en cours d'amnagement, des
affichages qui ne tiennent pas, des contrariétés matérielles et parfois humaines qui se rajoutent...)


Mais on y assiste à de beaux levers de soleil, et rien que pour cela, ça vaut le coup....



 

Zazabelle 02/10/2013 07:39


Sourire revenu !


Je sortais hier d'une concertation sur les rythmes scolaires et avaitssoulevé un problème bien en lien avec la réflexion que tu nous proposes.


Les élèves seraient susceptibles dans notre commune d'être pris en charge par les ATSEM, dans les locaux de l'école, sur la pause méridienne. Quel serait alors leur perception de l'ECOLE malgré
tous nos efforts ? Je parle bien entendu des 2 ou 3 enfants qui peinent déjà à savoir pourquoi ils sont en classe, ce qu'ils viennent faire. Souvent peu matures, ces petits tardent à mettre du
sens à leurs apprentissages. 


Mais peut-être me fais-je des idées... ?

isa 02/10/2013 08:44



Je m'en doutais un peu, rien ne vaut une nuit de sommeil. J'ai bien saisi que cette question de place ( place
au sens j'ai ma place) allait être au centre de vos préoccupations lors de ces changements puisqu'il est évident que les communes n'ont pas toutes les locaux pour permettre la différenciation
pour cette réforme. C'est pourquoi j'ai orienté mon article dans cette direction afin de vous faire percevoir que quoique vous pouvez imaginer la différence existe bel et bien, mais pour qu'elle
existe il faut aussi en être convaincu soi-même ( d'où mon introduction), c'est donc de ton côté que tu dois croire en ton travail. Les enfants sont dans une construction complexe, tes petits y
compris à la fin de l'année pourront dire (par exemple lors du bilan que je propose ) qu'ils savent jouer, mais derrière ce mot qu'y a t il , certainement
des activités trés sérieuses tel que le jeu d'ailleurs . C'est un travail que de devenir élève, cela se construit pas à pas. La question se pose donc plutôt du côté des adultes: " comment
travailler en partenariat sans avoir le sentiment que l'atsem ou l'animateur ne prend pas ma place ?", c'est plus autour de cette question qu'il faut réfléchir, qu'en penses-tu ?



Zazabelle 01/10/2013 22:54


Mon désarroi de ce soir, Isa, n'est pas le changement ville-campagne.


Il s'est opéré il y a quelques années. Mais depuis, je me ressource, et ne saurai te dire assez merci, ainsi qu'à toutes celles et ceux qui partagent grâce à toi, qu'à travers ton blog et mes
lectures.


Merci de ton temps, ton soutien alors qu'un bon livre (peut-être dans les bras de ton très cher) te fait du pied.


Ma journée ne m'a pas satisfaite. Nous avons tous et toutes connu des jours qualifiés de désordre. TPS-PS-MS : je peine un peu malgré toutes ces années derrière, à trouver mon rythme.
L'installation matérielle de la classe repeinte pendant l'été n'est pas achevée (baguette toujours pas fixée par la Mairie ; je m'y colle du coup demain) et mes affichages retrouvés au sol chaque
matin... soupir...


Et surtout, un petit garçon (4 ans, jamais scolarisé) avec une histoire personnelle qu'il peine à gérer épuise ma patience et mon énergie.


Aujourd'hui était seulement moins simple qu'hier.


Comme nos petits élèves, ce soir, j'avais besoin de prendre mon "doudou" (une bonne dose du blog), relire mes articles préférés et me faire consoler par maîtresse Isa.


Si notre métier était si simple, je pense que nous nous ennuierions. 


Les sourires et les progrès de nos petits... quel régal !


Nous entrons chaque matin dans un monde privilégié. Et même si ce soir, je suis rentrée le coeur lourd, j'en suis consciente et heureuse d'aller encore à l'école à mon âge.


Bonne nuit 

isa 02/10/2013 09:02



D'accord Zazabelle, j'avais cru percevoir une forme de regret d'un temps passé et je m'interrogeais sur un choix non assumé. Un seul enfant peut mettre à mal notre patience et nous mettre
en souffrance. De toute ma carrière, je n'en ai eu qu'un seul élève qui m'a épuisée une année entière ( évidemment d'autres ont été difficiles, mais la situation finissait toujours par
s'améliorer), mais il relevait d'une prise en charge spécialisée ce qui en le voyant ne sautait pas aux yeux et qui donc différa d'autant cette décision ( il fut orienté en CP). J'ai tenu bon
parce que nous formions une équipe soudée et que j'avais moi-même une petite fille du même âge que cet enfant et une forme d'identification aux parents m'a aidée à me mettre à leur place ( je
crois que c'est important d'avoir cet autre angle de vue y compris pour des parents en mal d'éducation). A l'époque, je me souviens que les vacances d'été m'avaient tout juste permis de me
remettre, comme quoi , on n'imagine pas le poids de telles situations tant qu'on ne les a pas vécues.



Valérie 93 01/10/2013 22:01


Je suis de tout coeur avec toi Zazabelle car je sais combien c'est difficile d'être isolé je l'ai connu hélas en pleine ville avec des collègues "froides" comme tu dis et oui merci à Isa qui
trouve les mots justes pour nous aider à y voir dans la pénombre et les nébulosités de cette réforme et de ces programmes qui me semble qui nous semblent trop peu en lien avec les besoins des
jeunes enfants...


Nous sommes encore et toujours plus que jamais dans l'ère du "livre noir de l'accueil de la petite enfance" paru en 2010 citation:


"Les conditions et les modalités de l'accueil de la petite enfance importent
au plus haut degré, parce que, au travers du sort réservé aux enfants et aux parents (...), un choix de société est en marche." 


Saül Karsz, philosophe, ouvre ainsi "Le Livre noir de l'accueil de la petite
enfance", un collectif publié sous la direction de Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre, pour qui notre société "n'en finit pas de traiter l'humain comme un objet à valeur
marchande". Il s'élève contre "la tentation (...) de laisser de côté les jouets, la fantaisie" et de faire "des lieux d'accueil de la petite enfance des pré-écoles". Il s'insurge
contre une volonté de "parfaire les enfants".


Agnès Florin revient dans ce volume sur l'importance d'avoir pour
"miser sur l'éducation de la petite enfance" des "professionnels bien formés et compétents, des lieux d'accueil adaptés et un programme éducatif à la hauteur de nos responsabilités",
mais aussi de prendre en compte les résultats de la recherche internationale. Pour Marie-Paule Thollon-Behar, psychologue, nous ne sommes pas revenus "trente ans en arrière", puisque les
professionnels se mobilisent pour défendre la qualité de l'accueil, dont les conditions sont aujourd'hui connues. Sylvie Rayna (INRP-Paris-XIII) définit d'ailleurs les liens entre qualité,
équité et diversité...


"Le Livre noir de l'accueil de la petite enfance", Erès, collection 1001 BB,
20 contributeurs, 344 p., 12 €


Et bien en ce moment ce n'est pas vraiment ce dont on nous parle c'est
plutôt la bérésina dans les semaines nouvelle formule...



isa 02/10/2013 09:28



merci Valérie de rappeler par le biais de cette parution l'importance qualitative qui doit être donnée à la prise en charge des petits, des plus fragiles. Je suis sans conteste en accord
avec ces propos, je songe aux constatations des chercheurs en chronobiologie et je me dis que nous peinons à trouver comment protéger les enfants des rythmes infernaux des adultes, c'est une
sorte de serpent qui se mord la queue car toucher aux rythmes des enfants sans toucher à ceux des adultes et sans y mettre les moyens est une forme de renoncement au projet de départ. Au moins
cette réforme permet de s'interroger à défaut de trouver les meilleures solutions, on peut espérer que les mentalités évoluent et s'ouvrent à l'impérative prise en compte des enfants dans notre
société.



vivi 01/10/2013 21:55


C'est un excellent article qui donne le sentiment heureux d'être légitime dans nos classes. Merci Isa. ça fait du bien de te lire.

Zazabelle 01/10/2013 21:20


Merci, merci et merci Isa.


Tes mots tombent à pic ce soir où je suis rentrée proche des larmes parce que rien ne semble tourner dans ma classe, et que depuis que je suis à la campagne, je me sens à des kilomètres des
collègues.


Concertation ce soir avec des collègues dans une école que je ne connaissais pas et où je ne me reconnaissais pas. Froide ! 


Chaque année je me sens "patouiller" en première période, "tâtonner" avant de voir apparaître des résultats si gratifiants pour mes petits (et pour moi). Cette sensation d'être perçue comme une
responsable de garderie par des ATSEM qui ne veulent que rien ne soit dérangé, rien ne soit tâché et surtout qui ne souhaitent malgré les échanges, se sentir concernées.


Plus je me remets en question et plus je me fais du mal.


Heureusement, tu es là pour nous donner l'envie de ne jamais lâcher, réfléchir à nos doutes, les partager et se dire que demain, après un sommeil réparateur, "J'ai perdu mon sourire" ne fera plus
partie de mon vocabulaire. Ce sourire caché au fond de mes poches sera là pour participer à l'animation pédagogique du jour.


 

isa 01/10/2013 22:08



bonsoir Zazabelle, 


J'allais me coucher , oui , il arrive que je me couche tôt, disons que je lis (Murakami que j'ai découvert dans nos discussions sur les lectures d'avant vacances), bref, dernier regard
sur vos messages et je tombe sur le tien. Il est bien sombre et je me dis que je ne peux aller me coucher sans avoir donné une réponse à ce message, même si tu reconnais que demain sera un autre
jour et que ton sourire reviendra, ce dont je ne doute pas car je sais combien l'être humain a de ressources. Mais ce soir, tu es atteinte par le sentiment que ça va mal dans ta classe, avec les
atsem ( tu en as plusieurs ?) et que rien , surtout pas les collègues que tu as vus ce soir ne te donnent l'énergie pour remonter ton moral. C'est douloureux parfois ce métier ( et d'autres
métiers bien sûr), ta classe ne te convient pas dis-tu, mais sais tu ce que tu veux, ce que tu attends, n'as tu aucune satisfaction en sortant ce soir ? tu dis que tu te remets en question, tu
penses que tu ne sais pas y faire ? C'est ça ? Mais tes années précédentes ont -elles été ratées selon toi ? Qu'est-ce qui te faire dire que tu es perçue comme une responsable de garderie ?
J'arrête mes questions mais j'ai le sentiment que tout n'est pas clair en toi, et que tu vis un changement ( tu es passée de la ville à la campagne ?) qui te déstabilise complètement, tu as des
regrets sur un choix que tu as fait. Rien n'est jamais irréversible, le droit à l'erreur est possible, et tu peux ne pas aimer l'école à la campagne seulement tu ne le savais pas avant d'avoir
choisi. Sache pourtant que les petits élèves sont les mêmes, ce sont des petits enfants qui sont trés sensibles aux états d'âme des adultes et s'ils ne te sentent pas bien , ils réagissent mal,
ils te secouent pour t'obliger à agir, ils te disent "nous on est là". J'extrapole peut être ta situation mais je ressens tes mots : le sourire caché, c'est un sourire qui ne veut pas se montrer
alors qu'il le pourrait, c'est donc que tu ne l'as pas perdu.... En tout cas, Zazabelle, j'espère que mes mots t'auront permis de te sentir moins loin de tes collègues et que tu auras eu envie de
sortir ton sourire caché. Bonne nuit.



catherine 01/10/2013 19:19


Merci Isa, tu mets exactement en mots ce que je ressens sans arriver à l'exprimer aussi bien que toi. Le problème que j'ai c'est que ,oui l'école maternelle est une vrai école, mais comment le
montrer aux parents sans tomber dans l'accumulation de cahiers, de fiches d'évaluation ? Bien sur que j'ai des intentions pédagogiques mais en ce moment , particulièrement dans ma capitale où je
trouve la rentrée longue mais longue , très fatignante et stressante pour les enfants comme pour les adultes, en PS on du mal à montrer aux parents que quand on console, quand on fait de la
peinture avec les doigts, quand on apprends des comptines et jeux de doigts etc... on a des intentions pédagogiques différentes de l'Asem qui elle ausi lit des histoires (les mêmes que nous) qui
elle aussi fait écouter des chansons (les mêmes que nous) qui elle aussi fait apprendre des comptines (les mêmes que nous) elles sont aussi  dans les  classes (les mêmes que nous)!


Je sais par expérience qu'en PS on voit ce qu'on sème à partir du mois de février (je compare toujours les enfants aux fougères qui se déroulent peu à peu ) mais c'est encore loin!!!! J'ai
l'impression d'être un capitaine dans la tempête...


Catherine

isa 01/10/2013 19:57



Je comprends bien Catherine, mais il n'est pas question d'accumulation de cahiers, un seul suffit, celui qui permet de raconter l'école, celui qui donne la parole aux enfants, ils ont
tant de difficulté à faire le récit de leur journée, à la fois parce qu'ils n'ont pas encore l'outil linguistique (langage d'évocation) et peut être aussi parce que celle-ci est découpée en tant
de tranches qu'il doit être difficile pour eux de faire la différence entre l'école et le péri-scolaire. Alors retrouver les images, les explications sur un petit cahier leur permet de parler et
surtout de distinguer. Quant aux parents, fais leur confiance. D'autre part, les atsem sont bien démunies devant une telle charge et je pense que naturellement elles se raccrochent à ce qu'elles
ont vu faire, il est sûrement impossible pour elles de penser faire une préparation qui relève de l'animation, parce que c'est aussi un métier et cela demande un travail en amont, on n'arrive pas
dans un temps péri-scolaire sans idée d'activité. C'est là où la transition n'est pas assurée et que les conditions sont mauvaises parce qu'il n'y a pas eu de projet mis en place et qu'il faut
faire avec les moyens du bord qui sont minimes et qui mettent des personnes dans des situations qui ne sont pas les leurs. C'est trés dommageable parce que des enfants sont en charge et qu'ils
sont précieux, je trouve préjudiciable qu'on ne fasse pas le choix de la jeunesse, que pour celle-ci on ne soit pas prêt à y mettre les moyens. Comment font les pays où il n'y a que 18 h de cours
en primaire ? 



Emilie44 01/10/2013 14:03


Merci Isa pour cet article! Quand j'ai vu l'intitulé, je n'ai pas pu attendre jusqu'à ce soir pour le lire, j'ai profité d'un moment dans le bureau! Très
intéressant, comme d'habitude.

isa 01/10/2013 15:17



encore des effets de l'addiction , merci Emilie