faire preuve d'initiative, mais comment ?

Publié le par isa

 

autonomie.JPG

Faire preuve d’initiative , mais comment ?

 

Poursuivons nos interrogations sur les programmes du devenir élève. Après l’apprentissage du dialogue entre élèves et la notion de respect de l’autre et du bien d’autrui appartenant au vivre ensemble, nous entamons une réflexion sur le deuxième module de cette dominante d’activité : coopérer et devenir autonome.

 

L’autonomie, qu’est-ce que c’est ?

 

Cette faculté serait-elle uniquement un moyen de rompre avec la dépendance ? Peut-on être autonome dans nos actes et dépendant dans nos pensées ?

Je ne ferai pas ici un devoir de philosophie ( j’en suis bien incapable) mais il est bon par moment de s’arrêter sur un mot que nous utilisons fréquemment et qui relève de notre engagement pédagogique afin de clarifier ce que nous en comprenons et par conséquent ce que nous en faisons dans notre responsabilité éducative.

 

Etre autonome pourrait se traduire par agir avec plaisir en ayant intériorisé ses règles dans le respect des autres et en ayant fait ses propres choix, voilà personnellement comment j’entends définir cette qualité. Il y a donc nécessité d’être acteur, d’être dans un processus d’épanouissement, de connaitre ce qu’est une règle, de savoir tenir compte des autres et de pouvoir choisir en toute liberté.

 

Les enfants désirent-ils devenir autonomes ?

 

Oui, car l’autonomie marque l’identité, et chacun a le désir d’exister, de trouver sa place et d’être reconnu. La période du NON chez l’enfant est l’entrée dans ce processus de distanciation, puis de séparation qui permet à chacun de devenir ce qu’il est. L’enfant veut faire seul, il est dans la première étape qui est l’agir et le plaisir. Quel sentiment de pouvoir que de manger seul !

 

A quoi ça sert ?

 

Le développement de l’autonomie chez l’enfant n’est pas seulement une manière de « soulager » les parents pour dégager du temps pour soi, mais il est le moyen de s’affirmer en tant qu’être humain, responsable, citoyen, acteur de sa vie et personne épanouie. Ce fameux sentiment de pouvoir qu’il est nécessaire de trouver, c'est-à-dire cette capacité à comprendre que nos actions influencent les évènements et les situations est un élément important de notre santé psychologique. Si celui-ci est découragé par l’entourage, la personne souffrira d’un déficit de confiance en elle et d’estime d’elle-même et ne pourra prendre sa vie en main.

 

Est-ce que ça s’apprend ?

Non, je ne pense pas, c’est un accompagnement, une forme d’étayage de la part des adultes. Le balisage qui mène à l’autonomie comprend des aspects d’apprentissage, notamment les règles de vie en société, ou la capacité à faire des choix et à penser par soi-même et bien sûr toutes les actions et savoirs que l’enfant pourra reprendre à son compte.

 

Comment  la développer ?

Voici donc la question qui nous préoccupe, nous acteurs du développement des individus dont nous avons la charge pédagogique. Beaucoup de chemins mènent à l’autonomie et il est difficile de balayer ici toutes les possibilités. Je reprendrai donc les nécessités que j’ai citées plus haut afin de montrer comment dans mes propositions je tente de répondre à ce défi important qu’est la construction de l’autonomie chez les petits élèves.

 

 

 Etre acteur :

C’est se reconnaitre en tant que personne, il est donc essentiel de travailler sur le « JE » (album langage : travail sur le pronom), sur les cartes prénoms pour être reconnu des autres et cette année la petite marionnette à doigt qui prolonge la présence de l’enfant, sur la participation active d’un point de vue langagier.

C’est aussi être mis en situation d’agir, d’où mes recommandations sur l’équilibre des activités où l’action dépasse la passivité (temps où l’élève écoute, regarde, ne bouge pas), l’habitude de l’action engendre et déclenche la motivation, moteur fondamental aux apprentissages avec ce fameux sentiment de pouvoir relayé par les encouragements et la valorisation du travail par l’enseignant.

 

Etre dans un processus d’épanouissement :

C’est rechercher pour ses élèves le plaisir d’agir, en créant les conditions de réussite ( adaptant le niveau d’exigence pour chacun, en individualisant l’aide), en stimulant par des défis, par des auto-évaluations ( brevet, cahier de progrès), en développant les interactions entre élèves ( tutorat, groupe de projet, travail collectif),en misant sur les changements d'organisation pratique mais aussi pédagogique où la capacité d'adaptation de chacun est remise en cause et stimulée, en abandonnant tout jugement de type notation smileys qui conditionne le travail à une appréciation affective de la part de l’enseignant ( celui-ci est content ou celui-ci n’est pas content), effectivement l’enseignant doit faire comprendre à ses élèves que l’erreur est accueillie et acceptée, qu’elle fait partie du processus d’apprentissage et que chacun en fait et les surmonte, il n’est donc pas question de mécontentement face à l’échec.

 

Connaitre ce qu’est une règle :

Dés les premières semaines de classe, l’enseignant explique par la pratique et le dialogue  les règles fondamentales qu’il veut voir respecter dans sa classe. Avec des petits, il est préférable de ne pas les multiplier à l’infini sous peine de n’en voir aucune validée. L’interdit premier est « ne pas faire mal » ( les cris appartiennent à cette catégorie). La connaissance de la règle est un préalable, la mise en place et l’apprentissage sont un autre travail qui peut demander du temps, de l’inventivité et beaucoup d’essais-erreurs.

 

Savoir tenir compte des autres :

Il s’agit du travail sur le respect dont j’ai parlé la semaine dernière. Savoir se connaitre, se reconnaitre, envisager l’autre comme un autre soi-même et dans sa différence, se contrôler, accepter la réalité.

 

Pouvoir choisir en toute liberté :

 

Voilà sûrement un des points les plus négligés dans l’aspect développement de l’autonomie chez l’enfant. Effectivement, savoir faire des choix demande d’avoir été confronté à ceux-ci. Et notre système scolaire n’est pas un exemple favorisant l’expression de soi-même dans des possibilités diverses de préférences. L’image de l’apprenant récipient de savoirs est encore d’actualité (sûrement plus au lycée qu’à l’école maternelle), avec la contradiction suprême de fustiger le manque d’initiative des élèves face à leurs devoirs alors qu’ils ne sont jamais mis en position de choix, c'est-à-dire qu’ils n’existent pas en tant qu’individu singulier et reconnu dans leurs apprentissages. J’ai le sentiment que ces enseignants n’entendent qu’obéissance, là où on parle d’autonomie. Mais que deviennent l’esprit critique et la liberté de choix constitutifs d’une véritable capacité autonome ? Les élèves ont besoin d’exprimer leurs goûts, l’enseignant accompagnant cette étape et guidant par la suite vers la capacité à analyser ses besoins par l’élève. Dans mes propositions, j’insiste sur tous les petits moments où l’élève doit être mis devant des choix à faire ( choix de sa couleur ou de son outil … pour la peinture, choix de son activité de manipulation avec les ateliers autonomes, choix du parcours ou autre activité en eps, choix de sa photographie pour l’album langage, choix de son atelier de travail , choix de ses 3 activités préférées en fin de période, choix de son livre préféré en fin d’année, choix de son coin jeu sans restriction d’accès….). Il y a bien évidemment tout le processus créatif encouragé par l'inspiration artistique auquel le blog fait une large place, et c'est dans l'expression de sa créativité, dans le déploiement de son imaginaire que l'élève affirme ses choix. Cela n’a rien de révolutionnaire, mais il en va de petits riens qui dans l’esprit des élèves impriment que leur avis , leur goût, leur choix sont attendus, entendus, reconnus, respectés. A travers ce positionnement de l’enseignant, l’élève comprend qu’il a sa part de décision et qu’il prend la responsabilité d’être ce qu’il est et non pas ce qu’on attend de lui, écueil si invalidant pour une vie d’accomplissement de soi.


J'ai survolé un sujet qui mériterait certainement un approfondissement, c'est la base d'une proposition de réflexion, de mise en commun sur notre vision personnelle mais également sociétale de l'école formatrice de sujets autonomes et libres.

Publié dans devenir élève 2014

Commenter cet article

Peggytoune 20/09/2013 22:08


Je partage tout à fait cette façon d'envisager notre métier ! 


C'est sans doute pourquoi je me retrouve autant dans beaucoup des propositions / projets qui sont exposés ici...

Peggytoune 20/09/2013 12:53


Merci encore une fois pour cet article qui synthétise et met en mots ce que j'essaie de mettre en pratique dans ma classe, sans avoir pris la peine de le
formuler... 


Je suis aussi frappée par la contradiction que j'ai souvent constatée dans certaines classes : on demande aux élèves d'être "autonomes", mais sans leur laisser
exprimer leur autonomie... Il s'agissait plutôt d'avoir des élèves "capables de faire seuls ce que l'enseignant attendait d'eux". Je ne suis pas sûre non plus qu'il faille parler alors
d'autonomie. 


J'essaie, moi aussi de proposer aux enfants des choix pour qu'ils puissent ainsi affirmer leurs envies, leurs préférences... tout en respectant les règles et le
cadre imposé. Ils choisissent leur atelier, les enfants avec qui ils y "travailleront", leur place dans la classe (pour y jouer, y écouter l'histoire). Et je découvre, grâce à ton article, qu'on
peut leur proposer bien d'autres choix. Merci !

isa 20/09/2013 13:41



c'est pourquoi parfois il est nécessaire de prendre le temps de réfléchir au sens des mots:" qu'est-ce que j'entends par autonomie ?" "qu'est-ce qui est le plus important à mes yeux: être
tranquille quand je prends un groupe en activité ou bien rechercher à ce que mes élèves puissent se passer de moi à un moment donné y compris pour accéder aux apprentissages ?" La question n'est
pas du tout la même, dans le premier cas, on donne un coloriage à faire ( oui vous le savez, je n'aime pas ça et c'est la seule chose que je censure dans vos propositions de partage) et
effectivement les élèves sont "occupés", dans l'autre on les remet dans la situation d'apprentissage vue avec l'enseignant et on les laisse tirer parti de leurs propres ressources ou encore on
les laisse explorer une nouvelle activité ou bien également on les laisse choisir la situation d'apprentissage qu'ils désirent réexploiter.... Penser par soi-même est un but à atteindre en se
nourrissant des autres, on devrait avoir en tête que le libre-arbitre est un fondement de la démocratie et que nous avons un rôle à jouer dans l'accés de chacun à cette faculté. Evidemment nous
voulons des élèves obéissants, et quand ils sont petits, on sait combien c'est parfois difficile de se faire entendre, mais obéir ne veut pas dire s'oublier, c'est le subtil équilibre à trouver
entre expression de soi et respect des autres. Mais quand on est plus au clair avec nos idées et notre conception de l'autonomie alors les choses se font facilement.



Emilie44 17/09/2013 22:41


Très intéressant, comme toujours! Particulièrement le dernier paragraphe!

isa 18/09/2013 08:40



merci Emilie , fervente lectrice ! Je prends beaucoup de plaisir dans l'écriture de ces articles ,j'espère qu'ils vous permettent de réfléchir aussi et peut-être vous acccompagneront-ils
dans le remaniement des programmes ?