la construction des règles chez l'enfant (4)

Publié le par isa

regles

Reprenons le fil qui permet la réflexion sur la construction des règles chez l’enfant et voyons où il nous mène ! La première idée développée fut qu’un enfant de trois ans n’a pas encore  la capacité à intérioriser les règles et celles-ci sont perçues comme imposées de l’extérieur par une autorité adulte, le processus de décentration sera long à acquérir. Cependant, le cadre est à poser pour aider à la socialisation et à l’autonomie. Afin de mieux anticiper les réactions des petits élèves, il est essentiel de connaitre les situations qui risquent de provoquer une sorte de rébellion et d’opposition. Suite à cette identification situationnelle, la pose des règles demande une éthique professionnelle dont j’ai fait état dans le précédent article de cette série. J’ai terminé celui-ci par l’importance que la règle soit conséquente, c'est-à-dire qu’elle permette à l’élève de construire la logique : « ce que je fais , entraine ceci ou cela ». Cette capacité est un des fondements de la pensée autonome. Acquérir l’autonomie, c’est prendre en compte ses actes et leurs conséquences, avoir la liberté de choix sous-entend qu’on ne se laisse pas influencer, utiliser son esprit critique suggère que la personne définit son point de vue avec la prise en compte de ses propres valeurs et la remise en question de ce qu’elle entend à la lumière de son bon sens personnel et de la confiance qu’elle s’accorde à elle-même. La transgression des règles amènent logiquement une réaction et parfois une sanction.

C’est pourquoi cet article se consacre aux sanctions.

L’enfant va évaluer la gravité de son acte à la réaction de l’adulte. Ainsi, si pour un verre maladroitement cassé l’adulte se met dans une colère noire et qu’il fait une petite réprimande lors d’une agression physique, l’enfant va intégrer dans son échelle morale que casser un verre est plus grave que de taper un autre enfant. Il est donc primordial de réajuster ses réactions en fonction de notre propre échelle et d’être bien clair pour établir des degrés de gravité.

Partant de cette graduation, certaines transgressions appelleront à une forme de sommation ( « attention, je te rappelle la règle »), quand d’autres entraineront une réaction immédiate et une sanction.

La sanction concerne l’acte et non la personne, et la  formulation ne peut être  : «  tu es moche, tu es vilain, tu es méchant, tu es nul, tu es impossible, tu es insupportable… » mais plutôt «  tu as fait mal, c’est interdit ce que tu fais, tu n’as pas le droit de faire ça, quand tu fais ça, tu oublies notre règle…. ».

La sanction doit permettre d’évoquer le ressenti de l’enfant transgressif afin qu’il entende une explication à son acte pour comprendre ce qui peut le pousser à agir ainsi : par exemple «  eh bien dis donc tu es certainement très en colère pour faire ainsi mais …, tu avais très envie de prendre cette voiture mais …., tu as eu peur que T prenne cette place mais …, tu es triste mais …,tu veux montrer ta force mais …)

La sanction doit être en rapport avec la transgression et si possible compensatrice, c'est-à-dire qu’un enfant qui est privé de récréation après avoir gribouillé sur toutes les tables, ne sera pas aidé par cette sanction dans sa capacité à mesurer ses actes et leurs conséquences, il n’aura qu’un vague lien entre la faute et la sanction et aura un sentiment de toute puissance concernant l’adulte. Ce n’est pas le but recherché, Il est préférable de lui donner une éponge et de le faire nettoyer, celui qui crie devra se taire pendant un temps qui lui sera indiqué (au moyen d’une horloge à repères), celui qui fait mal à l’autre, sera mis à l’écart des autres un petit temps parce que la sanction est gênante sans être humiliante. L’humiliation est une blessure profonde que l’adulte inflige à l’enfant. Elle n’est pas constructive et laisse à jamais une rancœur qui peut se retourner contre lui-même ou contre les autres. Or le travail éducatif est d’aider l’enfant à grandir parmi les autres et à les respecter. Une humiliation ne respecte pas, elle rabaisse, elle écrase, elle mortifie, elle soumet. L’amour propre est atteint et l’enfant a besoin de son amour-propre pour l’adulte qu’il est en devenir. Alors méfions nous des mots employés et des sanctions qui stigmatisent ou qui ne sont pas proportionnelles à la faute ou encore attribuées aux uns et non aux autres.

L’enseignant a donc ce travail de réflexion à mener s’il souhaite instaurer la justice et le cadre dans sa classe. Le langage est le meilleur des outils pour installer la paix, c’est d’ailleurs souvent parce que les petits n’ont pas les mots qu’ils utilisent l’agressivité pour rentrer en contact avec leurs pairs.

Sachez aussi que bien des conflits sont des attirances les uns envers les autres ,bien des enfants intéressés par un autre sont aimantés et cherchent son agressivité parce qu’ils ont à apprendre à se défendre et que l’autre va leur donner la leçon en quelque sorte, et c’est pourquoi les adultes ne comprennent pas pourquoi l’enfant agressé retourne toujours vers son agresseur. Dans la préparation de la semaine 3 , je suggère que les enfants qui disent avoir déjà été tapés viennent montrer le coup reçu dans un coussin, et je conseille de leur donner des astuces pour mieux taper dans le coussin. Cette technique apporte à ces enfants de l’assurance dans leur force et les aide à se sentir à égalité donc moins vulnérables. En tant qu’enseignant, on s’interroge  sur l’agresseur et finalement peu sur l’agressé mais c’est sous-estimé les interactions invisibles qui entretiennent la brutalité. Et c’est en apprenant aux enfants à ressentir leur force sans approuver le droit à la violence (évidemment) mais en affirmant leur estime d’eux que nous intervenons de manière positive sur les conflits et autres oppositions.

Le chemin est long entre le moment où nos petits élèves arrivent et découvrent les règles de l’école et celui où ils accéderont au stade de la coopération et obéiront à la règle pour elle-même et non pas en raison de la soumission à l’adulte. C’est un travail et notre professionnalisme nous oblige à écrire nos règles et les sanctions que nous envisageons dans la classe mais aussi dans l’école plus largement. J’ai donné quelques exemples, chacun peut en donner. L’année dernière nous avons eu une discussion autour d’un cas de figure où dans une école, les enseignantes avaient dit aux élèves qu’une sorcière cachée dans le plafond de l’école les surveillait. La collègue qui avait rapporté cette menace ne la remettait pas en cause et semblait en être satisfaite. Nous avions alors échangé sur l’utilisation de la peur pour obtenir obéissance et les risques psychologiques encourus par les élèves dans cette fantasmagorie que tous les adultes validaient. La discussion avait été intéressante, aucun mauvais jugement n’avait été fait mais nous avions réfléchi ensemble à cette pratique qui au départ s’adressait à une seule petite fille très instable, dés lors que les adultes avaient lancé l’idée de la sorcière, tous les autres enfants s’étaient sentis concernés et l’histoire avait débuté. La collègue avait rapporté nos échanges à son équipe et elle avait décidé d’abandonner cette façon de faire.

L’adulte qui cherche à faire porter son autorité par un autre qu’il soit humain ou fantastique est dans une négation de lui-même et détourne sa propre responsabilité afin de ne pas l’assumer, les enfants ont besoin d’adultes responsables en face d’eux. Alors à la manière du coussin, je vous propose de vous entrainer à affirmer vos propres choix de règles et aussi de sanctions à la lecture de ces articles.

Comme vous le savez, sur le blog, personne n'est juge et c’est en toute liberté que nous pouvons échanger sur vos doutes, vos interrogations et vos façons d’agir si vous le souhaitez.

 

Publié dans devenir élève 2013

Commenter cet article

Marnie 28/09/2014 10:53

Ces articles sur le devenir élève sont d'une grande aide... !
Je suis PES en Petite Section et c'est pas évident du tout. Grace à tes articles, j'apprends à mieux les connaître, mieux les comprendre ce qui me permettra de mieux réagir !
En revanche, je n'ai pas bien compris le paragraphe sur le "coussin" et l'enfant qui tape dessus, si quelqu'un peut éclairer ma lanterne !
Merci pour ces articles :)

isa 28/09/2014 12:12

Je vais tenter de t'expliquer.
Il s'agit lors d'un regroupement d'évoquer les agressions qu'on a pu avoir contre soi, l'enfant qui dit " moi on m'a tapé" , l'enseignant lui demande de venir montrer comment en frappant lui-même dans un coussin pour indiquer le coup reçu. Dans cette démonstration, l'enseignant lui explique qu'il peut taper plus fort puisque c'est un coussin et non un enfant, alors il l'invité à améliorer son coup, tout cela , non pas pour lui dire tu peux frapper mais pour lui indiquer qu'il est fort et qu'il doit se sentir en confiance car c'est souvent la faiblesse qui se dégage de certains enfants qui attirent les agresseurs donc en changeant leur manière d'être, on les aide à se montrer dissuasifs. Est ce que tu comprends mieux ?

christine 22/09/2012 16:24


l'ensemble de ces articles m'ont beaucoup aidé pour ma réunion aux familles j'en ai


extrait les idées essentielles pour leur retransmettre c'était très intéressant.....merci de prendre le temps de réfléchir sur ces points essentiels et de les synthétiser pour nous qui une fois
dans l'action n'avons plus assez de pêche pour le faire sereinement! ca vaut 3h de conf pédagogiques sans problème....

isa 22/09/2012 17:59



merci Christine, c'est effectivement un travail de recherche , de lectures et d'expériences personnelles, et c'est tellement peu abordé en formation .... alors que c' est une base
essentielle de votre travail. Et ce partage avec les familles est fort judicieux, c'est tellement important d'aller dans le même sens.



Nadia 19/09/2012 22:02


Bonsoir, suite au message sur Facebook, j'aimerais contribuer au blog. Peux tu me transmettre ton mail ? merci 

paloma 18/09/2012 12:53


Tout est dit !!! Encore merci pour cet éclairage...


Je vais tout relire , et ferai peutêtre encore un commentaire..


Bonne journée à tous ..