la démarche scientifique en classe

Publié le par isa

escargot4

(photo Sev)

La démarche scientifique préconisée est de partir des représentations des élèves. Chacun arrive à l'école avec sa représentation du monde, pour certains des explications leur ont été déjà données , pour d'autres , ils se sont construits des réponses en ayant souvent recours à la « pensée magique », enfin d'autres n'ont pas encore élaboré un questionnement autour de tel ou tel phénomène. Il est donc important que l'enseignant prennent note de ce que chacun pense à la fois pour savoir d'où il part mais aussi pour prendre en compte la « réalité » de ses élèves. En faisant cela, il montre que ces représentations même erronées sont des ressources et c'est important que chacun sache qu'il peut dire ,sans crainte d'être pointé du doigt. Il indique que l'erreur est ce qui explique la nécessité d'apprendre, il instaure ainsi un climat de confiance et il nourrit le désir de chercher, d'être curieux de ce qui entoure, démarche ô combien importante dans le parcours scolaire. Ce bilan de départ doit être présenté aux élèves comme une « réalité » qu'il faut confronter à la démarche scientifique c'est à dire aux expériences pour être validée ou écartée définitivement.

 

Cette attitude est idéale, il est évident qu’avec des petits élèves, il va falloir adapter en fonction des réactions, des non-dits, des persistances de la pensée magique, de la capacité d’attention. De mon point de vue, l’exploration doit être majoritaire dans la démarche, les élèves doivent agir. 

 

Il va se passer des choses différentes dans chaque classe puisqu’il faut partir des hypothèses des élèves, je donne dans mes préparations une ligne mais il faut savoir suivre ses élèves et les laisser émettre des idées farfelues, ils ont besoin de se confronter à ce qu’ils croient pour apprendre à déconstruire pour reconstruire. Il faut permettre à toutes leurs éventualités d’exister pour susciter l’envie, sinon les propositions contrariées ou négligées font le lit du désintérêt scolaire.

 

 

Cette approche des sciences ne doit pas effrayer l’enseignant qui peut penser ne pas pouvoir répondre à toutes les questions de ses jeunes élèves et qui aurait tendance à croire qu’il faut connaître parfaitement les notions abordées pour se permettre d’y rentrer. C’est une fausse croyance. Il nous est impossible d’être des spécialistes, nous pouvons faire des recherches (c’est d’ailleurs conseillé), mais notre objectif est la curiosité scientifique: amener les élèves à s’interroger, à chercher des réponses, à reconstruire leurs propres représentations ou du moins les amener sur ce chemin qui se poursuivra tout au long de leur scolarité.


Et parce qu'il est toujours utile de relire de bons extraits de livres, je vous propose d'en retrouver un que j'avais publié en Janvier 2010

 "L'enfant et la science, l'aventure de La main à la pâte" de Georges Charpak, Pierre Léna et Yves Quéré,Editions Odile Jacob

« …Dans leur ouvrage The Scientist in the Crib , paru en 1999 et devenu un best-seller aux Etats-Unis, trois psychologues prolongent les travaux de Piaget et développent à partir de leurs observations l’idée que le tout petit enfant met en œuvre, dés le berceau, un ensemble de comportements qui sont aussi ceux des scientifiques : les bébés pensent, tirent des conclusions,font des prédictions, recherchent des explications et font même des expériences. Bébés et scientifiques sont les meilleurs apprentis que l’on puisse imaginer. Nous avons été surpris de trouver chez beaucoup d’enseignantes de classe maternelle une adhésion sans réserve aux principes de la Main à la pâte , tant leur expérience quotidienne des tout-petits confortait chez elles cette conviction qu’il est vraiment possible de construire dés cet âge les bases d’un rapport rationnel au monde sensible. N’est-il pas vrai que les classes maternelles françaises on été et demeurent un modèle de pédagogie, remarquablement adapté au développement de l’enfant ?

Vient l’âge du langage et tout ensemble celui des innombrables et spontanés Pourquoi ? sur lesquels est bâtie la pédagogie d’investigation. A l’âge des expériences sensibles et motrices, brutes et informulées, succède celui des théories sur le monde , que l’enfant va construire à propos de tous les phénomènes qu’il rencontre. Une classe Main à la pâte offre la démonstration éclatante de cette volonté explicative chez les enfants de 4 à 10 ans, lorsque fusent leurs hypothèses pour rendre compte de ce qu’ils observent selon leur rationalité et dans leur langage. C’est à la lueur de l’expérience qu’ils vont parfois réviser ces théories, tandis que dans d’autres cas nous les voyons subsister jusque chez l’adulte . Plus ils se voient proposer une diversité d’expériences guidées, plus ils développent rapidement et enrichissent cet aller-retour entre le monde que leur livre l’expérience et ce qu’ils en pensent… »


 

Publié dans découvrir 2014

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