la première journée d'école (2eme partie)

Publié le par isa

Répondant à une demande d'articles en direction des parents pour un nouveau navigateur pour enfants ( à découvrir ICI) , je vous livre le fruit de mon travail.

Il s'agit d'une série "rentrée":


1. la rentrée

2. la relation avec l'enseignant

3. la première journée (1)

4. la première journée (2)

5. la première journée (3)

 

Les deux premiers articles ont été donnés tels qu'ils paraîtront sur POTATI.

 

Les trois suivants sont accompagnés de commentaires professionnels.

 

4eme article :


Le groupe a quitté la grande salle de l’école et se dirige vers les toilettes, contrairement aux prochains jours, la maîtresse emmène tous les élèves ensemble, elle veut qu’ils connaissent ces lieux et  leur expliquer comment y venir «  Voilà ce sont les toilettes, vous y viendrez le matin avec vos parents ou accompagnés de Laurence, vous pourrez y venir quand vous le voulez à condition de demander à être accompagné, de toute façon, Laurence vous le proposera de temps en temps ». La maîtresse sait très bien qu’y venir avec toute sa classe peut être source d’agitation, elle préfère proposer à la carte en observant les difficultés des uns ou des autres avec la propreté. Les élèves ont repéré les robinets et s’y intéressent tant et si bien que la maîtresse intervient : « Vous aimez jouer à l’eau, mais ici c’est pour se laver les mains, au contraire dans la classe, il y a la petite piscine où vous pourrez vous amuser en transvasant l’eau et en remplissant des bouteilles ». Les élèves la regardent avec de grands yeux qui expriment leur étonnement « Comment est-ce possible, on va pouvoir jouer avec l’eau ? ».

Il est temps d’aller jouer dehors, dés lors que la maîtresse évoque un changement de lieu, les petits s’angoissent et se remettent à pleurer. Clara qui s’est beaucoup dépensé en pleurs mais aussi en jeu avec les ballons pique une nouvelle colère au moment de mettre son manteau. Les petits la regardent se débattre toute seule car elle ne veut surtout pas qu’on la touche, elle s’est couchée par terre et hurle. La maîtresse lui parle et la rassure : «  Clara, je sais que tu es triste parce que ta maman est partie, elle fait son travail pendant que tu es avec nous à l’école puis elle va revenir te chercher, c’est difficile de quitter sa maman, mais tu vas apprendre. En attendant, je suis là et je reste avec toi, je vais venir dehors, je ne vous laisse pas »(1). La grosse colère se transforme en sanglots pour disparaître totalement lorsque la maîtresse dans un mouvement doux et chaleureux entreprend de l’aider à mettre son manteau.

Tous les petits voudraient donner la main à leur maîtresse ainsi qu’à Laurence l’atsem qui les accompagne dans la cour de récréation. Finalement, elles ont chacune un enfant par doigt. Heureusement certains se sont élancés à l’extérieur avec une énergie confiante. Johnny est heureux, il retrouve Gary son grand frère qui l’emmène jouer avec ses copains. Des grandes filles viennent autour des petits nouveaux et proposent de les tenir par la main. Léa est inconsolable et répète sans cesse :  «  Va venir Maman ? », la maîtresse lui confirme que oui mais à peine l’a-t-elle dit que Léa recommence :  «  Va venir Maman ? »(2). Paul qui avait choisi de rester collé le long de la porte de la classe vient de se faire agresser par un élève plus grand qui en passant à proximité de lui l’a frappé gratuitement. Paul pleure à chaudes larmes, la maîtresse dont le déplacement est entravé par une grappe d’enfants suspendus à ses doigts, tente de faire lâcher prise à ses petits collants pour porter secours à Paul. Entre temps, sa collègue chargée de la surveillance a intercepté le fautif et le garde à la main, le temps qu’il se calme après avoir entendu les réprimandes de l’adulte. La maîtresse réconforte Paul et observe s’il est blessé, un peu de pommade devrait atténuer sa douleur physique et morale. Laurence s’en charge, et doit laisser sa grappe d’enfants. Pour certains, cela leur permet d’aller vers des grandes filles qui espèrent pouvoir s’occuper d’eux. Pour d’autres, c’est le désarroi et ils s’agglutinent autour de la maîtresse qui est maintenant complètement entourée. Elle avance néanmoins en direction des jeux afin d’inciter ses petits élèves à s’aventurer un peu plus. Léa  interroge toujours : «  Va venir Maman ? », Paul qui a rejoint le groupe esquisse un petit sourire, il a surmonté sa première agression. Clara qui n’avait pas lâché la maîtresse est maintenant très attirée par le petit toboggan et s’aventure dans l’escalade des marches, elle appelle : «  Maîtresse , regarde ». Yoan et Marion trépignent  pour monter à leur tour. Les petits ne s’éloignent pas mais ont accepté de lâcher les doigts de la maîtresse. Mais soudain, l’autre maîtresse frappe dans ses mains, c’est l’heure de rentrer en classe. Beaucoup s’y précipitent, mais d’autres ne veulent pas laisser leur frère ou les grandes filles qui les ont raccompagner jusqu’à la porte et qui ne savent plus comment s’en aller devant les cris de détresse. Laurence prend les petits gentiment et les emmène dans la classe. La maitresse rassemble tant bien que mal son groupe sur les bancs et compte ses élèves pour vérifier que tout le monde est là (3). Il en manque un. Laurence est chargée d’aller vérifier dans la cour mais aussi dans les autres classes où se trouve l’égaré, c’est  Johnny qui a suivi Gary dans sa classe, il est récupéré.

Afin d’aider à un retour au calme, la maîtresse met une musique qui a le pouvoir du silence, en effet à son écoute, les élèves se tranquillisent et oublient leur chagrin. Ils se laissent porter par les notes et se relâchent. La maîtresse va profiter de ce fléchissement et lire un livre adapté à ces petits. La douceur de sa voix, la théâtralisation de sa lecture va emmener les petits élèves jusqu’au bout du livre sans perdre leur attention. Puis dans la continuité, elle leur propose deux activités à faire en petits groupes. Pour le premier jour, elle les laisse se diriger comme ils le souhaitent vers les ateliers de travail. Certains vont peindre, d’autres vont coller des petits papiers autour du dessin de la famille qu’un de leurs parents a fait le matin en les accompagnant. Léa et Paul n’ont pas quitté les bancs, la maîtresse occupée à installer les autres élèves les appelle pour qu’ils viennent. Aucun des deux ne bouge, et Léa recommence sa litanie « Va venir Maman ? ». Laurence lui propose de la prendre par la main pour l’aider à s’installer, rien n’y fait, Léa refuse, Paul accepte de se lever et de venir observer ce que font les autres(4). Pendant que les adultes tentent de solliciter les deux récalcitrants, Clara a commencé à peindre le tableau de peinture en jaune ignorant que la feuille accrochée devant elle doit lui permettre de garder sa peinture. Laurence arrive patiente et calme pour nettoyer son erreur, la maîtresse explique comment utiliser la peinture à son petit groupe, elle détaille chaque geste, chaque outil, chaque étape. Elle joint le geste à la parole pour être sûre que chacun la comprend. L’autre groupe est occupé à observer les dessins des familles et chacun commente dans son langage ce qu’il voit. Marion décrit : «  ta tutu, ta maman, ta papa, ta ion », Yoan lui répond : «  t’es où ta ? », «  ta ion » insiste Marion, la maîtresse arrive après avoir lancé les peintres et traduit : «  ça Marion, c’est toi Marion ? », Marion sourit et répète : « Ta Ma ion ». Léa s’est approchée de ce petit groupe au côté de Paul et regarde les dessins, elle veut le sien. La maîtresse l’invite à s’asseoir, elle refuse mais prend son dessin et commente à son tour : «  là c’est Maman, va venir Maman ! » et la maîtresse lui répond : «  Oui Léa ta maman va revenir tout à l’heure et elle sera très contente de te retrouver ». Les élèves se concentrent sur leur tâche et n’ont plus envie de pleurer, la classe est enfin calme pour quelques minutes. Les premiers qui ont fini peuvent changer de tâche ou bien aller jouer dans les coins jeux. La peinture rencontre un beau succès et les dessins des familles sont décorés avec application et commentés avec la maîtresse.

Arrive le moment où celle-ci met en route la petite boîte à musique qui indique qu’il est l’heure de ranger la classe avant de partir manger. Le rangement est superficiel mais il est important de donner des habitudes dés le premier jour. De nouveau, les élèves se regroupent pour attendre les familles ou bien partir à la cantine. Les livres sont à disposition et les élèves les manipulent avec plaisir.

Ils viennent de vivre la première matinée d’école de leur vie, certains vont s’écrouler de fatigue, d’autres vont être si énervés qu’il faudra beaucoup de patience pour les aider à retrouver le calme.

 Dans le prochain article de notre saga «  rentrée », va suivre la sieste et la deuxième partie d’après midi : quel est le secret pour endormir 30 petits ?

 

commentaires professionnels :

 

(1)   il est important de parler à l’enfant en son nom, cela l’ aide à comprendre l’émotion qui l’ étreint.

(2)   Le métier d’enseignant en petite section requiert énormément de patience, ces répétitions sont fréquentes et il faut tenir et ne pas s’énerver ce qui augmenterait l’anxiété des enfants.

(3)   Il est très important les premiers jours d’avoir une vigilance de tous les instants,des petits vont chercher à se sauver ( pas tous heureusement), d’autres vont se perdre parmi tous les enfants de la cour, tous les adultes de l’école doivent être sur le qui-vive.

(4)   Pour certains élèves , il est préférable de les laisser regarder ,ils ont besoin de ce temps d’observation pour agir à leur tour, mais il ne faut pas les oublier et il faut les solliciter à nouveau plus tard.

Publié dans rentrée scolaire

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Isa 27/08/2013 09:53


Bonjour, et mille fois merci pour cette première journée d'école racontée et commentée. Elle m'a permis de découvrir le rôle de la maîtresse en ce jour très particulier (apaisant, rassurant).
J'ai compris qu'il fallait laisser une grande liberté de choix des activités et d'exploration du matériel. Peu de consignes étaient données afin de ne pas bloquer certains. La curiosité des
enfants étaient déjà aiguisée (avec l'introduction de la marionnette) et les bases d'une cadre de fonctionnement étaient ébauchées (rituel des toilettes, musique annonçant le rangement).


J'ai enseigné 13 ans en cycle 3 et me retrouve en PS/MS cette année. J'ai travaillé sur les programmes tout le mois d'août, mais le brouillard qui recouvrait cette journée de rentrée (ainsi que
le stress qui va avec) vient peu à peu de se dissiper après t'avoir lue. Je me sens plus confiante et motivée. Merci encore.


Isa

isa 27/08/2013 10:10



oui mieux vaut être prévenue et savoir à quoi s'attendre, inutile d'imaginer le pire, ni de croire à l'idéal, c'est ça une rentrée et il faut aussi savoir que ça peut durer 15 jours avec
pleurs et cris. Il faut être en forme, ne pas s'écrouler psychologiquement et se dire qu'ensuite c'est beaucoup beaucoup mieux...Et finalement quand on accepte cela, on a souvent moins de pleurs,
c'est assez paradoxal mais cela s'explique par ce que l'enseignant dégage, si il est stressé, les petits le ressentent trés fortement et l'insécurité que cela leur procure les envahit, la tension
ressort sous forme de pleurs , d'agitation. Un travail sur soi est bénéfique pour réussir à canaliser ses propres angoisses.



david 31/08/2011 14:07



C'est CRIANT de vérité :-)


Mais ne pas oublier pour les débutants qu'il faut multiplier les enfants-types décrits dans l'article par 3 ou 4, voire 5 par classe, ce qui ne facilite pas la tâche !


Mais bon, après, quand on repense à ces premiers jours, on ne peut que être satisfait de tout le chemin qu'on les a aidés à parcourir.



Gwen 31/08/2011 13:38



On ressent l'expérience. Pour ceux qui débutent chez les petits, c'est vraiment réaliste!



Béatrice 31/08/2011 12:12



C'est que tu donnerais envie d'être maîtresse !
Bravo et merci Isa pour ce texte encore une fois criant de vérité et de professionnalisme.



isa 31/08/2011 13:52



Tant mieux si cela donne envie !