la sécurité en récréation

Publié le par isa

marelle.jpgPoursuivant les articles sur la sécurité à l’école, le temps de récréation vaut ,à lui seul, un article dans la mesure où les accidents sont les plus nombreux en récréation.

 

Un cour de récréation est un lieu d’apprentissage de la vie en société. La « Loi » existe et s’y applique, le cadre se doit d’être sécurisé et les enseignants sont les garants du bien-être des élèves.

 

Qu’est-ce que la récréation ? Comme son nom l’indique « re-création », il s’agit d’un espace de respiration où l’élève se ressource pour pouvoir de nouveau accéder à la concentration, à la maîtrise corporelle, à l’attention que les apprentissages requièrent. C’est pourquoi lorsque celle-ci est placée en fin de matinée pour des contraintes matérielles ou organisationnelles, elle ne répond plus à sa vocation de souffle nécessaire entre deux plages de travail. Or plus les élèves sont petits et plus ce besoin d’agir, de bouger, de se dépenser est essentiel et doit rythmer leurs journées. De cette non-prise en compte de ce besoin découle une insécurité car les enfants fatigués seront plus vulnérables et plus perturbables.

 

L’espace de récréation est maintenant réglementé et les normes de sécurité européennes sont obligatoires sur tous les nouveaux jeux. Le cadre répond, selon les moyens de la collectivité, aux besoins moteurs des élèves : courir, grimper, glisser, sauter, lancer, marcher et parfois rouler.

 

La surveillance est assurée par les enseignants aidés des Atsem, les services de récréation sont discutés et répartis en conseil des maîtres. De la même façon, les enseignants se mettent d’accord sur les règles de la cour afin d’éviter des interdits qui ne seraient appliqués qu’avec tel ou tel enseignant. Aux yeux des élèves, cette continuité entre les différents adultes montre la cohérence et la stabilité de la « Loi ». Rien n’empêche de décider de ces règles avec les élèves , ce qui est important c’est qu’elles soient les mêmes pour tous.

 

 

Selon le nombre d’élèves de l’école, il s’avère parfois bénéfique d’organiser des récréations en décalé pour diminuer les risques. Ce qui est parfois dommage dans ces répartitions, c’est que les mixités d’âge ne sont pas recherchées et que les petits ne se trouvent plus en présence des grands, or les uns et les autres ont à gagner dans ce mélange. Dans ce cas, il peut être intéressant de faire tourner les groupes pour favoriser les échanges.

 

Les élèves se mesurent les uns aux autres, se recherchent, se séparent. Ces confrontations sont enrichissantes et l’enseignant n’intervient qu’en prévention d’un risque ou après un incident. Il n’est pas toujours nécessaire de vouloir tout régir, y compris les amitiés et les disputes.  L’apprentissage de l’autonomie passe aussi par le fait de surmonter des déceptions, des frustrations, de l’ennui.

 

Mais la récréation est aussi un lieu de brutalité quand le cadre est trop flou, ou que les interdits sont instables, que la « Loi » n’est pas intégrée, que l’environnement est pauvre pour l’imaginaire, que les adultes sont dans la crainte et la peur ou bien le laisser-faire ou inversement dans la punition rigide. Cela montre combien il est compliqué de trouver la juste attitude et que personne ne sait de manière certaine si ce qu’il a mis en place sera efficace pour tous les élèves. Néanmoins, en cas d’agression, l’adulte intervient dans le but de protéger l’enfant agressé mais aussi dans le but d’amener l’agresseur à apprendre le contrôle de lui-même. L’un ne va pas sans l’autre et une sanction systématique et répétitive n’ayant pas atteint son but doit, à mon avis, être interrogée par les enseignants et revue.


L’enfant agressé et/ou blessé est soigné, l’enseignant estime s’il y a lieu de prévenir les parents immédiatement. Même en cas de blessure superficielle, il informe les parents le soir même de manière à rassurer sur la considération qu’il a de la sécurité et la relation de confiance qu’il a établie avec eux.

 

Dans l’école où j’ai enseigné, il avait été mis en place un carnet de soin dans lequel étaient consignés l’heure de l’incident, le nom de l’élève, le soin donné, le nom de la personne qui avait donné le soin.

 

Qu’il s’agisse d’une agression ou d’une blessure sans responsable, l’enseignant a intérêt à se faire raconter l’incident s’il n’y a pas assisté. Concernant l’agresseur ou celui qui dégrade le matériel , la notion de réparation est à enseigner. L’élève peut être amené à demander pardon, ou bien à nettoyer ce qu’il a sali, à participer à la réparation de ce qu’il a détruit.

 

Pour ma part, l’élève qui s’était montré violent envers un autre enfant ne repartait pas jouer après le récit de l’incident, les reproches entendus et les excuses formulées. Je le gardais avec moi, le tenant par la main en lui indiquant qu’il n’arrivait pas à se contrôler et qu’il avait besoin de reprendre son calme avec moi et que j’allais sentir quand il serait prêt. C’était toujours l’occasion de revenir sur l’incident et ma façon d’aborder la question était assez souvent celle-ci : «  Qu’est-ce qu’il a fait pour te mettre autant en colère ? ». A de très nombreuses reprises, il s’est avéré que ces élèves agresseurs recherchaient comment attirer l’attention de celui qu’ils agressaient car ils avaient une profonde attirance pour lui. Ainsi notre discussion débouchait sur la compréhension de l’impossibilité de dire à l’autre qu’on a envie de jouer avec lui, une agression est une forme d’expression, quand les mots manquent, la violence parle. Ainsi donc, nous cherchions ensemble comment formuler cette demande et parfois selon le désir de l’élève agresseur, il allait retrouver celui qu’il avait agressé et lui exprimait son envie de jouer avec lui. Aussi étonnant que cela puisse paraître, beaucoup acceptaient.

 

Du côté de l’agressé, les adultes tiennent souvent le discours du : « Défends toi, ne te laisse pas faire » y compris parfois des conseils de violence pour répondre à la violence. C’est une énorme incompréhension, comment dire à la fois : «  Cet élève t’a fait mal, ce n’est pas bien » et d’un autre côté : «  Tu te défends en lui rendant ses coups, c’est bien », comment pour un enfant distinguer les bons coups et les mauvais coups ? J’avais donc chaque année cette discussion avec mes élèves : «  Si tu lui rends ses coups, il peut à son tour te les rendre, puis toi à nouveau tu lui rends, mais qui s’arrête et quand ? ». Se défendre n’est pas une réalité pour les petits élèves, qu’est-ce que cela veut dire ? Pour ma part, je considère qu’il s’agit d’un apprentissage du vivre ensemble et que les adultes doivent aller beaucoup plus loin que la simple formulation de conseils. C’est pourquoi, il y avait dans ma classe des jeux de rôles ; d’abord avec des petits figurines, puis ensuite entre eux. Nous proposions une situation de récréation avec menace d’agression et recherche d’attitudes de dissuasion et/ou de protection. Les élèves apprenaient à faire les « gros yeux » , à dire NON, ou bien Laisse moi, à avoir un comportement de refus décourageant l’agression, mais ils apprenaient aussi à rechercher de l’aide, à comprendre que les adultes sont présents pour les protéger et qu’il est important de les solliciter.

 

Malgré tout ce qui est mis en œuvre, une cour de récréation reste un lieu à risque et la vigilance y est totale, l’attention des enseignants et des autres surveillants est en éveil du début à la fin. L’expérience doit permettre d’anticiper les comportements désobéissants et l’équipe enseignante doit s’interroger sur la fréquence des incidents et les réponses à y apporter.

 

Le prochain article sur la sécurité concernera les sorties scolaires avec une classe de petits.

 

Publié dans rentrée scolaire

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blandine 24/09/2011 13:01



Bonjour,


Je ne savais pas trop où poster ce commentaire: une video circule sur la toile avec des playmobils afin d'expliquer simplement les maux de l'école aux parents


http://www.youtube.com/watch?v=Rih6ERs0dmc


D'autre part, je souhaitais faire partager un album (rien à voir avec la grève de mardi) qui peut à mon avis apaiser des angoisses liées à la séparation (voire la perte) d'un (ou plusieurs)
proche(s): L' album "Si un jour..." m'a été conseillé par une amie bibliothécaire pour une petite fille de ma classe et je découvre un auteur qui gagne à être connue:Malika Doray



isa 24/09/2011 16:43



merci Blandine, c'est effectivement trés bien fait et trés symbolique, particulièrement le geste de la main qui se débarrasse des bonhommes.


et merci aussi pour ce titre que je vais rajouter à ma liste avec Bébés Chouettes