le cahier de liaison, est-ce une vitrine ?

Publié le par isa

salle des maitres

Le cahier de liaison, est-ce une vitrine ?

 

Lors de l’enquête de satisfaction 2013, j’ai eu l'occasion de me confronter à une interrogation que je n’avais jamais eue. C'est en lisant Audrey qui parlait de sa vision du cahier de vie (que j’appelle de liaison) avant de découvrir le blog. Elle pensait que ce cahier semblait sans but pédagogique, juste une vitrine. Elle a, depuis, changé d’opinion.

 

Cela me fut bénéfique parce que je n’avais jamais envisagé cet outil sous cet angle et cela me permit de comprendre un autre regard.

 

Une vitrine est un lieu où on expose pour « vendre » , pour attirer l’œil , pour enjoliver son « produit ». Il y a derrière cet affichage une volonté de montrer le meilleur pour faire penser que tout le reste est au même niveau de qualité.

 

Il faudrait donc en déduire selon cette représentation que l’enseignant qui utilise un cahier cherche à se mettre en avant, à convaincre que son travail est le meilleur, à tromper sur la réalité de sa classe en ne montrant que le beau, en cherchant l’approbation des parents qui en tant que « consommateurs » seraient pris dans le filet de la vitrine.

 

Qu’y a-t-il au fond dans cette vision négative du cahier de liaison ?

 

Il y a en premier lieu une non-reconnaissance de l’école maternelle en tant qu’école puisque jamais cette affirmation « vitrine » ne viendrait à l’idée d’un enseignant en parlant de l’élémentaire et de ses nombreux cahiers. En toute logique, l’école maternelle n’a pas droit aux échanges d’outils avec les familles, elle n’en a pas la légitimité, un cahier pour des petits c’est forcément incohérent et cache un autre but que pédagogique.

 

En second lieu ( toujours selon cette vision « vitrine »), la relation aux familles semble être basée sur un rapport demandeur-fournisseur où la notion de partenariat n’a pas sa place et où le jugement est au centre des préoccupations.

 

Enfin, il apparait clairement que l’idée de compétition entre collègues est le ferment de ce point de vue. Le collègue qui utilise un cahier peut être ressenti comme un adversaire qui tente d’attirer à lui les regards pour mieux surclasser ses pairs. Evidemment, ce n’est pas très avouable de penser ainsi mais c’est une réalité qu’il est inutile de passer sous silence. La reconnaissance ne se partagerait pas, elle se gagnerait dans une lutte où les parents seraient les juges.

 

Quand je parle d’état d’esprit en décrivant mes orientations pédagogiques , je cherche à démontrer que celui-ci est fondamental dans l’attitude de l’enseignant et qu’il a à interroger ses représentations pour réussir à les démonter quand celles-ci sont  fâcheuses pour sa pratique.

 

Comment ne pas voir que l’enseignant lui-même s’enferme dans un regard sur son métier complètement néfaste ?

 

Ne pas voir dans l’école maternelle une école c’est ne pas se reconnaitre en tant qu’enseignant.

 

Penser que le jugement des familles est l’élément principal de la relation enseignant-parent , c’est s’exposer aux critiques durablement au risque d’une détérioration relationnelle.

 

Penser ses rapports aux collègues en termes de compétition c’est  s’isoler pédagogiquement et s’appauvrir professionnellement.

 

Cet article n’a pas comme but de convaincre de l’utilisation d’un cahier de liaison ( ses enjeux pédagogiques ont été exposés dans plusieurs articles sur le blog) mais propose que nous nous interrogions sur notre responsabilité face à de telles affirmations.

 

Comment agir face à ce genre de propos tenus au sein même de l’école ? Suis-je suffisamment prêt(e) à affronter une discussion à ce sujet pour défendre mon point de vue ? De manière générale, suis-je influencée par des déclarations formulées de manière catégorique (sans argumentation) qui n’étaient pas au préalable ma façon de penser ?

 

Je remercie Audrey d’avoir eu la franchise d’aborder ce point de vue et de nous donner l’occasion d’y réagir. J'espère que cet article sera l'occasion d'exprimer vos réponses à ces interrogations afin de vous renforcer ou d'aider à l'argumentation ceux qui auraient encore des doutes.

Merci encore de faire du blog un lieu d'échanges qui nous permet d'aborder des aspects parfois invisibles de nos représentations mais qui ne sont pas sans conséquence sur les pratiques.

 

 

Publié dans la salle des maîtres

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sylvie g 17/09/2013 23:28


Ah Isa ! Quand je pense que dimanche, j’écrivais sur ton blog que cette année, j’ai décidé de réduire
mes venues sur « the » blog !!!


Ce que le « désir » peut faire !!! Et cette discussion sur le cahier de liaison est loin de me
laisser indifférente....le désir  y est très important : faire naître l’envie de lire le cahier chez les Petits comme chez les Grands. Pour moi,
comme beaucoup d’entre vous je suppose, c’est un doudou, objet transitionnel entre la maison et l’école...qui a pris tout son sens à la fin de la première semaine, avec la boîte à bisous et les
photos de mon Atsem,  la marionnette et moi ! (c’est si vrai qu’une maman m’a dit que sa fille a dormi avec son cahier ouvert sur ces
photos ! Et dans la semaine, des enfants tout « chagrinés » ont réclamé à corps et à cri leur cahier et leur boîte à bisous : erreur les cahiers étaient en train de se faire
« coller » !!!! Malheur !! Il faut penser à tous les détails et merci isa d’y penser ds tes prep !


Durant mes premières années, j’avais un cahier de vie où je mettais « tout » ! car tout était
prétexte à lire ( à l’école normale, Foucambert était très à la mode), du coup je pense qu’il y avait trop d’écrits, un énorme bain d’écrit que nous essayons d’exploiter le plus possible. Nous
demandions aux parts de participer, en collant des écrits, des images qui avaient du sens...et aux enfts de présenter ensuite...et ceux dont les parents ne collaient rien, nous les incitions à
rapporter plumes, petits cailloux, petites images...et c’était du boulot que de se rappeler, qui ? quoi ? C’était en Seine st denis . !  j’aimais  becp ce cahier car c’était déjà un doudou, il était investi par les enfants c’est sûr ! j’essayais de
persuader les collègues qui faisaient un cahier d’activités très traditionnel et le donnaient à la fin de chaque période, en évoquant le côté affectif et explicatif du cahier.  La réponse donnée était souvent très négative : « pour ce qu’ils en font ! les cahiers ne reviennent pas déjà alors... »


Pour moi, l’inconvénient était que les cahiers « très » remplis étaient toujours les mêmes...et la
présentation creusait les inégalités et puis parfois j’étais « encombrée par les présentations, pas assez de temps, je ne gérais pas très bien, c’était trop récurrent.. Par contre, les
échanges entre les enfts au coin bibli, sur les bancs étaient nombreux (c’était en Moyenne Section).


 Arrivée ds l’Essonne beaucoup moins  comment dire,
beaucoup plus « proche des textes »... : dans mon école existaient le cahier de liaison pour l’administratif et le cahier de vie pour la partie pédagogique (activités et
explication des activités, chants, poésies) mais sans collage d’écrits par les parts (ou alors en relation aux projets sur la demande de l’enseignant). J’ai mis du temps mais je me suis bien
adaptée à ce fonctionnement.


Aujourd’hui j’ai donc le cahier de correspondance pour l’administratif (que je donne aux parents n’importe
quand ds la semaine quand il y a besoin) et le  grand cahier de vie (24/ 32) ds lequel je colle les productions de la semaine, les explications, les
évènements de la semaine, les chants. J’aime que les parents voient la production de leur enfant en rapport avec l’explication et non en fin de période et qu’ils puissent en parler avec leur
enfant, c’est concret.


En ce qui concerne la présentation d’éléments qui viennent de la maison, je n’ai pas renoncé : j’ai mon
Quoi de Neuf Objets dont j’ai déjà parlé dans un autre article et que je compte bien mettre en place en janvier car je trouve que d’une part, cela permet aux enfants de prendre leur place dans la
classe et c’est une situation de langage qui fait  nommer et poser des questions et cela prépare bien à la suite : l’album de la
marionnette.


Quand aux détracteurs de ce cahier, excusez-moi mais ce soir j’ai la dent dure : « il n’y a jamais
de retour des parents,  ils ne regardent pas les productions de leur enfant, jamais un commentaire, jamais de remerciement pour les cadeaux de fête
des mères, ils  ne lisent pas, ne signent pas les mots sur les cahiers de correspondance.


Peut-être pouvons-nous nous retourner la question ?


Pourquoi ne signent-ils pas ? peut-être trop d’infos à la fois ? Trop souvent ? Avons-nous
bien expliqué notre fonctionnement lors de notre réunion ? je suis une très mauvaise mère et je ne lis pas toujours correctement les mots des cahiers de mes enfants, je sais c’est pas
bien !!


Et pourquoi ne regardent ils pas les cahiers ?  Les
productions affichées ? Y a-t-il du désir créé chez les enfants de les montrer ces productions, ces cahiers ? je crois que si nous passons autant de temps pour ces cahiers... c’est
 qu’il y a du plaisir et donc du désir que nous voulons faire passer... Excusez ce délire un peu freudien ce soir...mais c’est comme ça ! je ne
sais plus quel pédagogue de pédagogie institutionnelle ( peut-être Fernand Oury) disait que « la Classe devait être une machine à fabriquer du Désir » .


A no

isa 18/09/2013 08:09



oui Sylvie, j'avais bien lu "une fois par semaine", cela veut dire que tu ne reviendras que la semaine prochaine alors ? J'ai eu moi aussi des petits qui passaient le week-end collés à
leur cahier d'après les familles, mais j'avais aussi des parents qui n'attendaient que cela. Et puis j'avais aussi des parents pour lesquels je m'interrogeais sur leur intérêt ( plus rares
heureusement), pour autant je trouve que  ne pas faire de cahiers parce qu'il y a 3 parents qui ne les lisent jamais, c'est faire un drôle de choix et surtout c'est ne pas croire que cet
outil pourrait leur faire changer de regard sur l'école, ne serait-il pas dans la catégorie des "enseignants découragés" ?



Agnès 13/09/2013 22:55


Je me souviens du premier cahier de vie de l'un de mes enfants, il y a 20 ans, en tant que Maman, j'ai trouvé ça génial! c'était interactif, il fallait dessiner, coller, raconter des tas de
choses sur les thèmes qui avaient été travaillés en classe, et cela permettait aux parents de discuter avec notre enfant de sa vie à l'école. Aujourd'hui c'est à mon tour d'en faire un pour mes
petits élèves, et j'espère que les familles trouveront autant de plaisir à le consulter et à le compléter  que je ne l'ai fait avec les miens. En aucun cas on se disait "tiens, il y a plus
ou moins de choses dans la classe de Bidule", ne vous inquiétez pas, rendez-le attractif, croyez en ce cahier et on vous remerciera, j'en suis sûre!

Valérie 93 13/09/2013 18:26


Et bien ce soir  quand j'ai vu les sourires de mes petits élèves qui ont reçu leur cahier pour la 1ère fois çà m'a conforté dans ce choix de donner toutes les semaines le cahier de
liaison!!! Je suis certaine que beaucoup vont parler de l'école à la maison avec ce support!! ( sauf celui qui l'a oublié mais pour qui Maman s'est fait attendre trop longtemps)


Et j'ai bien rappelé à chaque parent qu'il y avait des informations à signer, que leur enfant avait des choses à leur raconter et qu'il fallait le rapporter lundi!! 


Parfois l'argument qu'on me donne quand je dis que je donne le cahier chaque semaine c'est qu'ils vont perdre le cahier...çà a du arriver 2 fois en 6 ans...et bien j'en refais un autre et à
l'école il y a toujours celui de la mascotte pour les oublis....


Chez les moyens çà fonctionnait très bien aussi et avec le même format!

isa 14/09/2013 11:29



alors ça , la perte du cahier est un argument un peu incompréhensible, encore une fois c'est penser que la famille n'accorde pas suffisamment d'importance à notre travail pour avoir la
vigilance comme elle l'aurait pour un cahier du CP.... Je suis parfois un peu attristée de constater cette méfiance.



claudine 13/09/2013 13:15


vendre ce que nous faisons à l'école : c'est ce que j'ai découvert, avec beaucoup de surprise, quand je suis arrivée dans l'ouest de la France. Le contaxte de la concurrence entre l'école
publique et l'école privée mettait les collègues en situation de vendre les projets de leur école ! J'ai vu des parents "faire leur marché", en venant visiter l'école pour savoir s'ils allaient
choisir la nôtre !je ne m'y résouds pas. Notre mission n'est pas là.

isa 13/09/2013 16:39



non notre mission n'est pas là et il est malheureux de se penser en concurrence d'autant plus que la reconnaissance se fait dans la durée et non pas sur des projets ponctuels ou
"vendables", mieux vaut effectivement s'interroger sur la mission et garder en tête que l'essentiel c'est qu'elle soit accomplie. Alors évidemment, il faut préserver l'action publique pour que
l'école reste gratuite, et mener son travail avec conviction et investissement mais si le choix des parents est autre, je le respecte et je respecte aussi les collègues qui dans le privé sont
engagés pour accomplir la même mission.



Mélina 13/09/2013 08:11


Oui et les personnes qui brandissent l'argument du "trop de travail" le font parce qu'elles n'ont pas saisi vraiment l'intérêt de cet outil et l'intérêt du partenariat avec les familles. Comme tu
le disais, c'est une question de choix et de priorité dans notre pédagogie.

Audrey 12/09/2013 20:40


Et je vais dire encore quelque chose qui fâche mais, les réfractaires sont les enseignants qui ne veulent pas se prendre la tête avec ça.


Faire le cahier de vie ainsi demande un gros travail. Il faut être rigoureux, prendre beaucoup de photos, revenir régulièrement sur le travail avec les élèves et les faire commenter,
expliquer...Il faut faire les mises en pages, les commentaires en ajoutant les interventions des enfants.


Bref! c'est du boulot! mais très utile et qui nous incite à être rigoureux et organisé.


Encore un fois...


VIVE LE CAHIER DE VIE D'ISA. même si je le fais à ma sauce quand même un peu!

isa 12/09/2013 21:30



oui mais c'est ce que je disais plus haut, ce travail est notre travail: trouver des situations favorables aux apprentissages et avec les petits, les faire parler
prioritairement.



Audrey 12/09/2013 20:34


Bonsoir à toutes,


C'est moi qui est parlé de "vitrine". Pourquoi ce terme?


parce que lorsque j'ai commencé à enseigner, je suivais un peu ce que faisais les collègues et elles avaient un cahier de vie transmis à chaque vacances dans lequel les ATSEM collaient un gros
tas de feuilles récapitulant grossièrement la période.


Les parents avaient un "petit" regard sur le travail de leur enfant mais il ne devait pas y avoir l'échange que suscite celui que je fais aujourd'hui.


C'est pour cela que j'ai utilisé le terme "vitrine". Car ce cahier de vie permettait juste de montrer aux parents "regardez je travaille avec vos enfants, ne vous inquiétez pas, ils sourient aux
anniversaires, ils collent bien leurs gommettes..."


L'année suivante, j'ai fais un grand cahier de vie pour toute la classe dans lequel nous commentions (dictées à l'adulte) les différents travaux, photos... Il circulait dans les familles durant
toute l'année. Les enfants y avaient accès aussi en classe. C'était devenu un vrai outil de langage.


Quand j'ai eu les petits il y a 3 ans, j'ai essayé beaucoup de choses que tu proposais dont le cahier de liaison donné aux famille chaque vendredi. Je conserve l'idée. Je fais des adeptes et des
réfractaires! 


Je ne vais pas lister tout ce que permet ce cahier, les collègues en ont déjà bien parlé plus haut.


Quoi? 1 cahier de vie pour chaque enfant? Oui, et les parents de ma première petite section me disent qu'ils regardent encore le cahier avec leurs enfants et qu'ils sont capables d'expliquer ce
qu'ils ont fait avec moi.


Je te le redis encore, j'ai changé en 6 petites années. Je réfléchis beaucoup plus grâce à toi sur l'intérêt pédagogique de chaque chose.


VIVE LE CAHIER DE VIE D'ISA!!!!!

isa 12/09/2013 21:28



merci Audrey d'être revenue préciser tes propos, c'était donc différent. Pour moi, un cahier qui va dans les familles uniquement en fin de période n'est pas un cahier de vie, c'est un
dossier- travail , ce sont les fiches de travail collées , c'est ça ? La discussion reste intéressante parce que nous avons pu évoquer la réaction au sein des équipes, le fait de proposer un
cahier de liaison et comment celui-ci peut être vécu.



Isabelle L 12/09/2013 18:17


Peut être que par "vitrine" la collègue voulait signifier la partie visible du travail de classe. Une vitrine qui met en valeur le travail réalisé en maternelle où la trace écrite est limitée.
J'utilise moi aussi un cahier de vie (l'administratif est dans un autre cahier) dans lequel je présente le travail de la semaine avec beaucoup de photos ou illustrations pour que les enfants
puissent raconter à leurs parents ce qu'ils ont fait. Il a donc dans ma classe aussi un double rôle : tenir au courant les parents du travail réalisé dans la mesure où il n'y a pas ou peu de
fiches (même chez les ms) et être un support de langage pour l'enfant. 

isa 12/09/2013 18:38



peut-être Isabelle, mais je voulais creuser cet angle de vue parce qu'il existe. Ce que tu décris c'est exactement ce qu'on fait et donc il y a un but pédagogique.



Mélina 12/09/2013 15:08


Merci pour ce dossier que je vais lire avec attention !

Magali 43 12/09/2013 12:40


Bonjour à toutes,


Pour moi, le cahier de liaison est devenu cahier de vie... Je m'explique : je suis les préparations d'Isa assez souvent, après je prends les élèves en photos lors des activités et je me
débrouille "assez" bien avec un ordinateur.
Donc, toutes les semaines, j'imprime au format a5 recto verso, mon atsem relie ces feuilles et rajoute les fiches de travail quand il y en a ... Je regroupe donc le livre de la semaine, les
activités associées ou décrochées, les comptines et  "l'album de langage" (touts les enfants sont en photos une fois par semaine) (j'ai un petit effectif).


Tout le monde attend le cahier le vendredi et les parents le prennent vraiment comme un support de langage. Ce cahier rapproche parents et enseignants. Les nouveaux parents de cette année,
avaient entendu parler du cahier par d'autres parents et ils l'apprécient ! Ils comprennent ainsi de quoi sont faites nos journées.


Le top c'est que je suis à 75% et ma collègue du vendredi projette au TNI les pages de la semaine, et là c'est une vraie situation de communication avec les élèves.


En moyenne section, les élèves ont un cahier plus traditionnel, moins souvent, c'est une autre façon de voir les choses. Pour les PS, je remercie Isa de m'avoir présenté ce petit cahier ! Nous en
faisons un par période, et je les donne tous en fin d'année.


 


Mon cahier de liaison, c'est un cahier à part avec uniquement les infos pour les parents (règlement, réunion, sorties...)

isa 12/09/2013 14:51



oui, c'est un bel outil et avec le TNI alors c'est la troisième dimension . Concernant infos administratives
ou pas, cela n'est pas un problème fondamental ,c'est au choix de chacun. Et tes collègues ?



Mélina 12/09/2013 12:11


 Mes collègues ont accepté que je leur parle du cahier de liaison et donc ont montré leur intérêt, leur curiosité pour d'autres  choix pédagogiques. Mais, je pense qu'elles l'ont fait
plus par curiosité et surtout par obligation : de fait, elles ont fait quelques efforts pour donner plus d'infos dans le cahier de vie mais ne sont pas prêtes à faire plus pour l'instant...


Quand je parle de légitimité, c'est qu'elles se disent que ce n'est que la parole d'une colllègue et qu'il faudrait sans doute plus (une formation ...) pour parvenir à les convaincre sur ce
sujet. Lorsque je motive le choix du petit format, elles préfèrent s'en tenir au grand cahier 24/32 afin de coller facilement une feuille A4. Lorsque j'explique l'intérêt de réunir dans le même
support, les infos administratives et les infos plus pédagogiques, elles rejettent aussitôt en disant qu'il ne faut pas mélanger ces infos...Donc, j'avoue que je baisse les bras en me disant que
moi, je continue dans ce sens et qu'elles savent que je suis disponible pour en reparler. Ce que tu dis sur la peur de l'intrusion des parents, sur la peur d'être jugée en tant qu'enseignant est
très vrai. 


La place des parents est, du moins, dans mon école un réel souci. Pourrais-tu me donner des liens où les études dont tu parles sont mentionnées ?

isa 12/09/2013 14:47



les études sont nombreuses, je te mets un lien sur un projet réalisé à l'initiative ATD quart monde , un petit extrait : 


Pour Catherine Le Saint


, Inspectrice de l’Éducation Nationale : C’est une préoccupation 


forte, le lien avec les familles, et je pense que de nombreux enseignants partagent cette 


idée, qu’en associant leurs parents à l’école, cela favorise effectivement la réussite des 


élèves. La problématique, nous la partageons. Le problème, c’est comment ? C’est 


comment on l’interprète ? Qu’est ce qu’on met derrière ? […]



Mélina 12/09/2013 10:16


Oui, tu as bien saisi : pour mes collègues, c'est un non-choix. Elles s'en inspirent uniquement pour que les parents ne fassent plus de remarques qui soient en leur défaveur. En fait, c'est une
charge de travail pour elles et elles n'en voient pas vraiment l'utilité. Il me semble qu'elles veulent minimiser la place des parents au maximum : l'idée de partenariat ne les intéresse pas ;
elles en ont même peur ; "chacun a sa place "


Mon directeur m'a demandé de leur expliquer et de leur montrer comment je procédais. Je l'ai fait, j'ai argumenté, montré ...Elles ont apprécié mais trop de travail, trop de fiches...Et, venant
d'une collègue, quelle légitimité avais-je ?? malgré mon rôle de maître d'accueil... je crois que c'était trop loin de leur culture pédagogique. 


Au risque de me répéter, je crois que le principal problème est la place des parents dans l'école...


 

isa 12/09/2013 11:19



"chacun a sa place", je suis complètement d'accord avec cette idée mais voilà nous n'avons pas la même vision des places certainement. Je pense qu'il y a plus de peur qu'on ne l'imagine
dans ce type de réaction, toujours cette peur du jugement, de ne pas en faire assez, d'avoir à affronter des demandes qui pourraient déstabiliser, c'est une image déformée qui vient à l'esprit en
premier, celle de parents intrusifs qui par leur véhémence fragilisent. Seulement, on observe ce type de réactions quand justement on est dans le jugement et qu'on pense que les parents nous
jugent, alors comme on n' attend que ça et bien on l'induit. Je le dis dans l'article, se positionner par rapport au jugement des parents, c'est risquer bien plus de critiques, d'interprétations
durablement. La place des parents est de rester les parents d'élèves, il n'est pas question qu'ils deviennent des "enseignants bis", cependant nous ne pouvons plus faire notre métier enfermés
avec leurs enfants sans ouvrir à notre travail. Des études montrent que l'intérêt des parents dans la scolarité de leurs enfants est un facteur prédictif de réussite scolaire, nous ne pouvons pas
ne pas en tenir compte et ne pas leur donner de quoi s'intéresser ,ils doivent  justement prendre leur PLACE dans la vie scolaire de leur enfant,
et ce dés le début de l'école, sinon encore une fois l'école maternelle n'est pas une école et nous ne sommes pas des enseignants, donc comment font -ils pour s'intéresser s' ils n'ont accés à
rien ?


Maintenant, la question du travail que donne un cahier de liaison est une autre question toute aussi intéressante. Je me dis toujours que tout prend du temps quand on est enseignant,
faire ses préparations ça prend du temps, recevoir les parents ça prend du temps, faire des recherches ça prend du temps, aménager sa classe ça prend du temps, afficher les peintures... ça prend
du temps, oui tout prend du temps mais souvent on priorise, on fait ce qui nous parait le plus important d'abord, on croit tellement à ce qu'on fait qu'on est prêt à y passer le temps qu'il faut
et tant pis pour d'autres choses moins importantes à nos yeux. J'en conclus que le cahier de liaison ne revêt pas suffisamment d'attrait pédagogique pour dire "j'y passe du temps", et pourtant je
pense qu'il est plus important que d'afficher les peintures et je suis sûre que c'est ce que font tes collègues, elles prennent le temps d'afficher des peintures.


Tu vois, je pense que ce serait intéressant de lancer la discussion avec tes collègues comme on vient de le faire. Non pas pour culpabiliser mais plutôt pour apporter une réflexion et
aussi leur dire qu'elles n'ont pas à faire le cahier si celui-ci leur déplait et ne les intéresse pas.


enfin je reviens sur ta remarque "quelle légitimité avais-je ?", j'ai le sentiment que tu places la légitimité en termes hiérarchique, je peux parler si je suis en responsabilité dans ma
fonction. Non, notre légitimité est basée sur notre responsabilité à nous occuper des élèves qu'on nous a confiés, il n'est pas question d'âge , de fonction... tu es légitime parce que
l'institution te reconnait capable d'enseigner à ces élèves que les parents te confient, c'est ça que tu dois intégrer dans ta manière de te positionner. Nous sommes tous légitimes et à ce titre,
nous avons nos opinions et nos choix pédagogiques. Tes collègues ont une vision différente de l'enseignement, il faut l'accepter tout en n'acceptant pas des remarques déguisées qui jugent ta
pédagogie.



Mélina 12/09/2013 09:03


Chaque fin d'année, je demande aux parents qui le souhaitent de remplir  un questionnaire dans lequel ils expriment leur avis sur le cahier de liaison. Celui-ci est toujours plébiscité et
les arguments qu'ils donnent sont toujours, partiellement ou en totalité ceux qui me motivent... Je me dis alors que ce cahier a une fois encore bien rempli son rôle. 


Je ne vais pas redire tout ce qui figure dans ton article consacré au cahier de liaison...Mais, en fait, les parents souffrent beaucoup de la méconnaissance des activités de l'école maternelle.
Ils ont souvent du mal à se représenter les activités et même à comprendre qu'un vrai programme existe. Ensuite, ils ont réellement saisi que c'était un outil pour dialoguer avec leur enfant et
accéder un peu à son jardin secret. Mais surtout, ils sont reconnaissants d'être associés, d'être partenaires et acteurs à leur manière (cf les jeux de mémory, les devinettes, le carré du toucher
ou le carré des odeurs etc ...). Ils comprennent que nous formons un tout qui vise le bien de l'enfant et que chacun a sa place (les choix pédagogiques m'appartiennent). 


En réalisant ce cahier, en nous ouvrant nos portes, nous gagnons leur confiance. Ils voient que nous sommes professionnels et j'ai été stupéfaite de constater à quel point, ils perçoivent la
cohérence des activités (la progression des différents domaines abordés). Après 3 ou 4 semaines, les parents ont compris et la confiance est "gagnée" pour l'année (j'exagère à peine...).


Faire ce cahier prend beaucoup de temps : si l'on ne suit pas à 100% tes activités, il faut reconstruire les articles et puis, les copies, le collage ... Mais, je pense que c'est un choix
pédagogique comme un autre et que pour moi, c'est un pilier indispensable!


Mon seul souci est que certains parents oublient que c'est aussi un cahier de vie...C'est un peu le revers de la médaille mais cela ne concerne que peu de parents et il suffit de le leur rappeler
de temps en temps.


Mes collègues se sont senties obligées de s'en inspirer un peu parce que justement les parents qui avaient vécu le cahier tel que tu le préconises, se trouvaient en manque les autres années...Je
ne sais si elles sont complètement convaincues mais elles ont compris que les parents avaeint besoin de savoir et il est vrai que j'ai bien senti qu'elles souffraient de la comparaison faite par
ceux-ci et quelque part, elles m'en veulent un peu de les "obliger" à s'en inspirer...


Peu m'importe, je crois tellement aux vertus de ce cahier que ni le temps nécessaire, ni les remarques déguisées ne me feront arrêter! Chaque année, il me faut environ 3 cahiers petit format pour
couvrir l'année ; je précise que je suis en MS.


 

isa 12/09/2013 09:55



merci Mélina de nous donner ton retour et tu vois bien que ce je retiens en premier est la dernière partie de ton commentaire parce qu'il s'agit non pas de prouver l'intérêt de ce cahier
mais plutôt de s'intéresser aux relations qu'il génère dans une école ( rivalité, reproche, enthousiasme, indifférence....). Je lis que tes collègues se sont senties obligées , c'est donc
qu'elles n'ont jamais perçu l'intérêt de le faire et que cette contrainte n'est venue que parce qu'elles craignaient la comparaison faite par les parents. C'est un non-choix pour moi et c'est
surtout ce que je décris, c'est à dire mettre le jugement des parents en tête des préoccupations dans leur relation entre elles et eux. Alors il y aura forcément déception parce que la
comparaison continuera dans leur tête: mon cahier n'est pas aussi fourni ou bien je n'ai pas de retours des parents .... Le changement ne se fait que dans l'équilibre entre contrainte et liberté.
Si tout est contrainte, l'enseignant ne s'investit pas et il vit mal cet écart entre ce qu'il sent qu'il doit faire et ce qu'il aurait envie de faire, c'est donc au détriment de tous
(enseignant-élèves-parents).Je m'interroge Mélina sur la manière dont ce choix a été fait dans ton école, y-a-t-il eu échanges sur ce fameux cahier: description, manière de le concevoir, de
l'utiliser, de l'échanger, questions de tes collègues ... ? Tu comprends bien que c'est meurtrissant d'avoir des "remarques déguisées" (comme tu dis) alors que tu ne leur as rien imposé et que tu
es convaincue de l'intérêt de l'outil malgré la charge de travail.


 


Je rajoute que tu as tout à fait raison sur l'intérêt des familles pour ce qui se passe en classe.On ne peut pas leur reprocher leur désinvestissement et en même temps ne rien leur offrir
pour répondre à leur curiosité naturelle.