le conte de fée "Le Petit Chaperon Rouge" et les enfants

Publié le par isa

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Que se passe-t-il pour que des écrits datant du 17 eme siècle soient encore racontés aux enfants du 21 eme siècle ?

Comment ont-ils traversé les générations ?

Quel est donc ce pouvoir d’attraction universelle qui fait qu’à travers le monde ces contes opèrent encore et sont transmis avec constance et attention ?

 

Chacun l’aura vérifié,  les contes procurent des émotions ambivalentes : peur et plaisir.

 

Dans « l’Homme aux loups » , Freud affirme que le conte de fées donne à l’enfant une façon d’imaginer sa représentation de lui-même , chaque personnage permet une identification .


Quant au célèbre livre «  Psychanalyse des contes de fées » de Bettelheim, il propose des interprétations des contes et enseigne que ceux-ci amènent l’enfant à découvrir le sens profond de la vie en l’éclairant sur ses émotions et en lui suggérant que face aux difficultés des solutions existent et qu’il peut en trouver grâce à son imagination.

 

Chaque conte emploie des symboles qui vont entrer en résonance avec le monde intérieur de l’enfant et si les choses ne sont pas explicitement dites, elles sont là et agissent .

 

Au fil des recherches, les interprétations possibles se sont précisées , le Petit Chaperon Rouge apparait tel un conte d’avertissement.


La petite fille se trouve face à son destin féminin, elle va devenir femme comme sa mère puis vieillira comme sa grand-mère.

Ce parcours de vie lui impose de quitter la maison protectrice et de se lancer dans le monde "risqué" du dehors symbolisé par la forêt.

Les recommandations de sa mère aimante peuvent être lues comme le symbole de l’éducation reçue à laquelle elle choisit de s’opposer afin d’affirmer sa différence.

Le parcours dans la forêt soulève la problématique de l’enfance dans le choix entre le principe de plaisir et le principe de réalité, c’ est à dire que le désir de faire comme elle le souhaite, prendre un autre chemin pour découvrir et s’amuser, est plus fort que les bons conseils de sa mère qui connait les dangers par son expérience de la vie.


Le loup ,symbole de la masculinité, est la représentation du mal et du danger.

Non seulement, elle ne s’en méfie pas mais elle l’informe naïvement, n’identifiant pas l’animalité du personnage.

La scène du lit ne permet aucun doute sur les mauvaises intentions de ce loup dont la distinction animal/humain est plus que trouble.

Dans le conte de Perrault, la fin tragique sonne comme une mise en garde très forte et ne permet pas de construire un plan imaginaire de solutions. Bettelheim préfère la version des frères Grimm qui composent une fin heureuse , marqueur du conte de fée selon lui.


Dans le Petit Chaperon Rouge, les enfants vont inévitablement s’identifier à la petite fille , ceux qui ont des difficultés à obéir vont facilement trouver un écho à leur monde intérieur au moment de l’arrivée dans la forêt et du choix du chemin. La peur et le plaisir de la transgression provoqueront des sentiments ambigüs. Mais le loup peut aussi servir de figure identificatoire et permettre d’assouvir dans l’ imaginaire ses tendances agressives sans risque d’avoir à les vivre en réalité.


Les contes parlent à nos interrogations intérieures, apaisent nos angoisses profondes et stimulent notre imaginaire ( c’est d’ailleurs pour lui que la tradition orale doit se perpétuer afin de laisser à chacun la création de ses propres images mentales).


Ils accompagnent de génération en génération les enfants vers leur destin d'adulte et les adultes aiment s'y replonger pour éprouver leurs souvenirs émotionnels d'antan.


Le conte n'a pas à être traduit par l'adulte, il peut répondre aux questions que les enfants posent mais il n'a pas à dévoiler le sens caché que les enfants ont à vivre en eux.

 


Voici un bref éclairage non exhaustif qui permet d’approcher ce qui sous-tend à l’utilisation des contes dans notre enseignement.

 

 

Publié dans langage 2012

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cerise 05/05/2012 08:56


waouh! super. Très belle approche qui permet de revoir les classiques en douceur! Un grand merci. 


et pour les cauchemars, il y a la poupée tracas. Je suis actuellement avec Billy se bile! Merci Isa et bon WE prolongé ! ? 

isa 05/05/2012 10:11

Merci Cerise, tous mes week-ends sont prolongés puisqu'à présent je travaille chez moi.

vivi 05/05/2012 00:35


Je venais justement d'expliquer à une maman (dont le fils a fait un cauchemard de loup) que le travail sur les contes traditionnels est nécessaire  et je lui conseillais, suite à son
commentaire (gentil) sur mon article des loups, de lire Bruno BETTELHEIM... et je tombe ce soir sur ton article.  C'est très bien écrit... J'aurai de nouveaux arguments  pour
convaincre. Merci et bonne nuit...sans cauchemard!

isa 05/05/2012 10:10

Merci Vivi, j'essaie de m'appliquer à être compréhensible.