le langage d'évocation dans la série " je recycle"

Publié le par isa

DOISNEAU9.jpg

Pensant à toutes les nouvelles personnes qui viennent sur le blog et sachant qu'il n'est pas toujours facile de s'y retrouver, je propose une série " je recycle" qui édite à nouveau les articles que j'ai écrits il y a quelques temps.Voici un des premiers articles (Septembre 2007) où je fais part de l'importance de travailler le langage et notamment de développer celui de l'évocation.


Evoquer , c'est faire exister dans sa tête, c'est faire revivre mentalement quelquechose que nous venons de vivre. Le langage d'évocation s'apprend contrairement au langage d'action qui s'acquiert de façon universelle dans les situations de communication.

Apprendre demande à l'élève de se construire des représentations mentales, il lui faut se décentrer, ne plus être dans l'action immédiate.Ainsi, il peut accéder aux opérations mentales dont l'intérêt est majeur dans les apprentissages: savoir anticiper, imaginer, se projeter dans l'avenir, émettre des hypothèses, analyser, entrer dans la déduction ou encore se rappeler, mémoriser. Afin d'entrer dans cette abstraction conceptuelle, l'élève va devoir utiliser un outil indispensable à la construction du savoir qui est le langage d'évocation.

"Prendre conscience d'une opération , c'est la faire passer du plan de l'action sur celui du langage, c'est donc la réinventer en imagination pour pouvoir l'exprimer en mots" Piaget, La prise de conscience / Réussir et comprendre PUF 1974.

"Un des problèmes majeurs de l'accés à la parole chez l'enfant, c'est précisèment cette capacité à transformer les faits en évènements" Meirieu, Congrés D'Arras de l'OCCE 2002

Après cette introduction trés académique, que vous soyez parent ou enseignant, il est primordial de savoir que votre enfant ou élève va devoir apprendre à évoquer pour entrer dans tous les autres apprentissages.

Comment ?

La première et la plus simple à pratiquer est l'activité de rappel. Bien des parents expriment leur frustration concernant ce qui se passe à l'école. " Il ne nous raconte rien, nous lui demandons :"Qu'est-ce que tu as fait à l'école ? " et il nous répond :" J'ai joué". Pourtant, l'enfant aimerait sûrement le faire, même si certains en profitent pour se confronter au désir parental, mais bien souvent, l'enfant n'a pas les moyens de le faire, il lui manque le langage d'évocation. Cependant , il ne faut pas se décourager et il faut l'inciter en pratiquant à la maison l'activité de rappel, c'est à dire toutes discussions demandant à l'enfant de se remémorer un moment vécu,un livre lu , une visite faite ... toutes les formes de récit possibles.

Et à l'école, de quels outils d'apprentissage disposons-nous ?

En ce qui me concerne, voilà ceux que j'utilise:

- Le cahier de liaison que j'ai décrit dans un précédent article est un bon outil , il leur permet d'abord de s'appuyer sur des images  qu'ils vont décrire ,ceci  est du langage d'action, puis il faut savoir les amener à aller plus loin dans leurs pensées en imaginant ce qui c 'est passé avant la photo/ image ou bien après la photo/ image, c'est du langage d'évocation.

- Il y  a aussi les activités de rappel que je conseillais aux parents ci-dessus. Il est essentiel de revenir sur ce qu'on a fait en classe, les activités physiques se prêtent bien à ce genre d'exercice. il est important de rappeler aussi ce qui a été appris, ce qu'il reste à faire. Au début, le rappel doit être immédiatement fait après l'activité, puis lorsque cela ne pose plus de problème, il est bon de différer le souvenir pour activer la mémoire.

- Je pratique également les bilans langage autour des albums de littérature, après avoir lu et relu notre livre référent de la semaine, je recueille le récit individuel des élèves qui le racontent dans leur propre langage et j'écris ce récit, cela me sert  d'observation et d'évaluation. C'est fait une fois par trimestre.

- J'ai aussi mis en place l'atelier langage inspiré de Philippe Boisseau ( dernier ouvrage: Enseigner la langue orale en maternelle. Retz). Dans la matinée, après le premier regroupement autour de la marionnette, les élèves se répartissent en ateliers, j'anime un atelier langage pendant que les autres élèves font des activités motivantes mais non contraignantes du point de vue de l'adulte, je veux dire par là que ma présence ne doit pas être nécessaire. Lors de ces ateliers de langage qui regroupent  3 , 4 voire 5 élèves ( selon le niveau de chacun) , chacun dispose de son album langage. Il s'agit d'un petit cahier dans lequel nous collons des photos de l'élève prises par moi-même dans les activtés physiques le plus souvent, c'est un thème incitateur. Les photos sont d'abord mises au centre de la table, chaque élève les regarde , les commente, se reconnaît puis choisit celle qu'il désire coller dans son album.Après le choix et le collage de la photo, l'élève doit faire les commentaires sous sa photo, l'enseignant est chargé d'être son secrétaire et d'écrire ce qu'il dit tout en l'incitant à reformuler un tout petit peu mieux. Comme pour le cahier de liaison, certains ne font que de la description donc du langage d'action, et d'autres extrapolent, parlent de ce qui n'est pas présent sur la photo, c'est du langage d'évocation. Bien entendu, il reste à la charge de l'enseignant d'inciter l'élève à sortir de la description. Voilà une explication un peu succincte des ateliers langage, j'y reviendrai.

- Enfin, le projet de classe qui me tient particulièrement à coeur et que j'ai pratiqué pendant de trés nombreuses années est l'écriture d'un livre constitué de récits de vie. J'y reviendrai aussi car cela demande de bonnes explications quant à sa mise en oeuvre et ne doit pas être envisagé sans un cadre et ses régles. Cependant , je peux dire qu'il s'agit d'un projet du troisième trimestre  quand le langage de la plupart des élèves est suffisamment étoffé . Le héros du livre est la marionnette de la classe qui va aller de famille en famille et dont les aventures seront racontées par chacun .

En conclusion, je citerai J.Hébrard " Il existe un modèle éducatif avec langage d'évocation, il existe un modèle éducatif sans langage d'évocation . Les modèles éducatifs avec langage d'évocation font de bons écoliers, les modèles éducatifs sans langage d'évocation ne peuvent faire l'écolier.L'élève va être traversé par les apprentissages sans se rendre compte qu'il est en train de faire des apprentissages. Si l'école ne se substitue pas au milieu familial, l'échec scolaire est programmé. Il y a là une responsabilité massive des maîtres du cycle 1"

Publié dans devenir élève 2013

Commenter cet article

christine G 13/10/2012 09:26


la responsabilité massive!!!! je me sens lourde tout à coup! 


Et je rectifie un erreur... j'ai toujours cru que les enfants qui ne racontaient pas sont ceux qui scindent les 2 mondes celui de l'école et de la maison et pas envie de partager.

isa 14/10/2012 13:23



non pas de lourdeur, juste le sentiment d'avoir à faire son travail en comprenant les priorités !



cerise 12/10/2012 19:46


tout à fait d'accord : avec la frustration des parents :"il ne nous raconte rien" 


auparavant, je dédramatisais " ça va venir" et maintenant je leur dis : aidez le (cahier de liaison, photo sur l'album... et surtt posez lui les bonnes questions : as-tu fait de
la peinture aujourd'hui ? as -tu découpé ? etc... " 


reprenez avec lui le cahier d'activités bref, les parents ont un rôle important... pour ce langage d'évocation !!!