le temps 5: l'enseignant et les difficultés à gérer le temps

Publié le par isa

Vos préoccupations montrent que votre propre rapport au temps est difficile et qu’il peut être facteur de stress et d’insatisfaction.

 

Dans la plupart des cas, chacun a le désir , quelque soit son métier, de réussir et d’être reconnu. La responsabilité d’une classe d’enfants donne à cet objectif un caractère important et prégnant dans la vie de l’enseignant. Il s’agit de vies, d’avenir, d’humains. Notre société regarde l’école avec une attente forte. L’éducation et l’instruction passe par l’école et si les signes d’échec sont visibles, le responsable est pointé, accusé, sommé de revoir sa méthode. En aucun cas, la société ne s’interroge sur les responsabilités collectives, sur les défaillances de son système de solidarité, des injustices qu’elle peut engendrer. On nous parle dernièrement d’une école inégalitaire qui ne peut combler le fossé social, qui maintient les disparités, est-ce uniquement ses acteurs qui en sont responsables ou est-ce des choix sociétaux bien plus larges ? Dans ce contexte, les enseignants ont le souhait de faire le mieux possible tout en se sentant parfois mis en cause.

 

Comment donner le meilleur de soi quand la confiance est fragile ?

 

C’est un travail des petits pas, et pour cela, l’enseignant accepte l’idée d’être contesté, d’être critiqué. Ne le fait-il pas lui-même parfois ? Dégagé de la crainte de cette remise en question, il peut envisager son rapport au temps d’une autre manière. Il part de l’idée que l’omniprésence est impossible, comme indiqué dans le premier article de cette série, il fait des choix qu’il juge prioritaires, il avance en direction des familles avec le souci de l’autre tout en exprimant sa propre confiance envers elles mais aussi envers lui-même. Ces petits pas semblent dérisoires et pourtant, ils construisent un autre regard dont les effets sont étendus au-delà de l’horizon scolaire.

 

 

Partie d’un plan large sur les raisons qui , me semble-t-il, peuvent être à l’origine d’un sentiment de course contre le temps , je vais resserrer mes propos sur la capacité à organiser sa présence auprès de ses élèves.

 

L’enseignant a abandonné l’idée de son omniprésence, il peut donc déléguer à l’objet : travail concret ( comme le suggère Meirieu) la gestion de son groupe classe. Qu’est-ce que cela signifie ?

 

Les difficultés courantes sont la passation des consignes, le passage du regroupement aux activités, la gestion des ateliers.

 

En petite section, l’attention est en construction, vouloir donner les consignes des différentes activités en grand groupe est un exercice périlleux qui monopolise temps et énergie, les élèves qui écoutent sont ,en général , ceux qui n’ont pas de difficulté de compréhension puisqu’ils ont cette capacité à mettre en pensée et à savoir qu’on s’adresse à eux. Ceux pour qui l’attention est déjà extrêmement volatile ont souvent des difficultés à mémoriser plusieurs consignes, mis dans une situation collective sans savoir si ce travail sera bien le leur,ils ne vont pas s’y intéresser et devront avoir une explication complémentaire dés qu’ils se retrouveront face à leur activité. Partant de ce constat, il m’est apparu plus judicieux de proposer aux élèves de rejoindre leur place , d’observer le matériel, de réfléchir à ce qui peut être demandé, éventuellement d’échanger dans le groupe, puis d’attendre la présence de l’enseignant ,qui passe de groupe en groupe, afin de clarifier les consignes, de vérifier les pré-requis, de faire reformuler la demande. 

 

Le passage du regroupement aux activités est parfois un moment complexe, les petits étant plus impulsifs et plus imprévisibles, ils vont se diriger n’importe où, partir jouer, rester assis, bref se désorganiser. Le cadre demande une certaine rigueur afin de les canaliser et c’est pourquoi je propose dés les premiers jours , l’utilisation des cartes de présence qui désignent leur place et les aident lors de la répartition dans les ateliers. Grâce à ce repère, l’enseignant ne perd pas de temps ni à appeler ses élèves un par un, ni à leur courir après afin de leur indiquer leur travail. Ce dispositif évolue au cours de l’année et les élèves sont de plus en plus autonomes dans cette répartition.

 

Enfin la gestion des ateliers ne sera satisfaisante que si l’enseignant a le sentiment d’être efficace dans l’aide qu’il apporte à ses élèves, c’est pourquoi , il prépare des ateliers où sa présence sera plus ou moins nécessaire. Il est préférable de cibler deux ateliers où les apprentissages demandent une présence adulte et où l’enseignant sait qu’il pourra s’y déplacer plutôt que vouloir multiplier sa présence et papillonner de l’un à l’autre sans suivre ni accompagner les acquisitions.

 

Il apparaît donc clairement au regard de cette analyse que la préparation rigoureuse avec la définition des objectifs, la formulation des consignes, le matériel à donner, la présentation à prévoir, l’anticipation des difficultés est une priorité dans la capacité à organiser sa présence auprès des élèves et c'est dans ce contexte que l'enseignant délègue à l'objet.

 

 Les qualités de rigueur font partie du métier mais aussi une certaine souplesse dans le regard porté sur lui-même.

 

Que les jeunes qui me lisent sachent que les années sont nécessaires pour arriver à ce point d’équilibre et que les petits pas sont la meilleure des voies à prendre.


Publié dans rentrée scolaire

Commenter cet article

catherine 26/05/2010 12:22



merci, merci pour toute cette réflexion sur le temps que je lis avec avidité: même quand on a de l'expérience (25 ans) c'est toujours important quand on enseigne en maternelle de savoir prendre
du recul et donc du TEMPS pour réfléchir, surtout dans ces moments où l'école est accusée de tous les mots(certes elle n'est pas parfaite!) La nouvelle formation des maîtres ne va pas aider les
jeunes à aller dans ce sens.. .j'ai le fort sentiment que l'école maternelle est en grand danger!!!



isa 26/05/2010 13:29



Il est préférable de poursuivre son travail avec la conviction que ce qu'on fait va durer, n'anticipons pas sur les projets qui pourraient effacer notre travail ,mais restons attentif et
osons montrer pour appuyer notre importance dans le développement et la construction intellectuelle.


 



aurélie 25/05/2010 19:09



merci pour toutes les aides et suggestions que tu nous insuffles ... elles sont d'un grand secours !


J'aimerai vous envoyer qq photos des réalisations de mes élèves ... ton adresse isa je l'ai rereperdu ;-( heureusement que mes élèves ne perdent pas leurs affaires comme moi, lol sinon j'aurai de
quoi m'arracher qq cheveux !



isa 25/05/2010 19:53



je te joins, Aurélie.



Alomère 25/05/2010 12:25



Ne dit-on pas que c'est en forgeant qe l'on devient forgeron?



isa 25/05/2010 19:54



et oui, il faut de la patience, c'est parfois difficile, on aimerait tant parvenir vite à un fonctionnement plus aisément.