lettre à Madame L dans la série "Je recycle et je parle de moi"

Publié le par isa

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En ce mois de Décembre, je fais du recyclage personnel, vous m'avez donné beaucoup avec ce projet Kusama, je vous redonne ce que vous n'avez peut-être jamais lu dans ce blog et qui pourtant s'y trouve. Cela parle de moi et de ma vie.


Le 6 Février 2008, j’écrivais:

Madame L,
Je suis en colère aujourd'hui.

Par votre autoritarisme, par votre méconnaissance de l'enfant, par votre croyance dans la peur qu'il faut infliger pour être obéi, vous avez fait de moi une élève terrorisée et marquée à jamais de l'empreinte d'une telle violence psychologique. Vous m'avez appris l'humiliation et le mépris, le dégoût de l'école et le mutisme.

 Votre slogan affiché au-dessus du tableau "Travaillez vite et bien" quand on a 8 ans fait figure d'injonction qu'il ne faut pas enfreindre. Du coup,dans un tel climat d'autoritarisme, l'enfant que j'étais a eu plus de confusion et d'attaques de panique qu'un esprit clair et enclin aux apprentissages, car il y avait à la clé de notre désobéissance toute votre panoplie de sanctions:
 - Les mains sur la tête à genoux dans l'allée.
 - Les coups de règle sur les doigts et sur la tête.
 - Les tours de récréation avec le cahier du jour accroché dans le dos que les "camarades" de classe venaient regarder en se moquant ( c'était fait pour ça, sinon à quoi bon !) ou bien encore une pancarte rappelait notre faute " Je ronge mes ongles" ( oui, vous pensiez pouvoir nous faire passer nos sales habitudes alors que vous en étiez la principale cause).
 - Les paires de claque ou les fessées n'offusquaient personne ( les temps ont bien changé)
 - Les humiliations verbales ( chaque ongle rongé trempé dans l'encrier avec leçon de morale insistante) et le chantage affectif ( "Tu m'as déçue").
 - Les privations de besoins naturels( " On se mouche tous ensemble ce matin et après c'est fini, je ne veux plus vous entendre vous moucher").
Bref , c'était le régime de la terreur pour l'élève que j'étais qui ,dés le dimanche après midi, avait mal au ventre en pensant à la semaine qui l'attendait, qui ,au fil de l'année ,se rabougrissait sur sa chaise et tentait de devenir invisible, qui se cherchait des maladies imaginaires, qui rêvait d'avoir l'école à domicile pour ne plus affronter votre regard, qui connaissait de telles peurs qu'à jamais elle ne pourrait se sentir en confiance face à une autorité abusive.
Vous n'avez certainement jamais imaginé que votre abus de pouvoir pouvait casser la personnalité de l'être en développement dont vous aviez la charge.
Je pense que vous étiez vous-même conditionnée et que l'analyse de votre pratique vous dépassait.
Vous reproduisiez une méthode sans esprit critique et avec zèle.
Vous confondiez autoritarisme et autorité. Les élèves n'étaient que des machines à obéir.
J'ai traversé ma scolarité avec peur et soumission, mon seul pouvoir a été de choisir ce métier avec la détermination de changer.
Je confirme , Madame L, qu'il est possible d'enseigner en respectant ses élèves, en leur donnant la possibilité d'exprimer ce qu'ils sont, en leur apprenant à respecter les autres en favorisant l'entraide et la solidarité.

Ma colère est passée, j'avance, j'essaie de ne plus ..... ronger mes ongles.

 

Publié dans aparté

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sylvie G 10/12/2012 12:24


Je suis tout à fait d'accord avec toi et je me trouve vraiment en harmonie avec moi aujourd'hui lorsque j'ai l'attitude et la Place que tu décris. C'est un vrai soulagement, bonheur...mais
je voulais juste exprimer la difficulté et le long parcours réalisé avant cela et dire aussi que l'an dernier ayant une nouvelle classe, une nouvelle école avec des obtacles et des grosses
difficultés (pour moi),  j'ai vu le moment où le travail réalisé durant des année, allait être réduit à néant...Ce que je veux dire, c'est que de vieux fantômes peuvent ressurgir au moment
où l'on s'y attend le moins. Comme un enfant maltraité par ses parents qui reproduirait...on connaît la spirale infernale et le calvaire pour lemaltraitant et le
maltraité....  d'où le très importt travail à faire lié à cela.


Ton blog, ton accompagnement, je te l'ai déjà dit, contribuent à déméler certains fils ....

sylvie g 09/12/2012 23:01


C'est vraiment justement l'école Caserne que Freinet décrivait que tu as connue. Je comprends ton regret de ne pas avoir eu l'occasion d'en parler avec ta mère, elle a certainement souffert
également de cette situation...mais comme tu l'écris à cette période, on ne remettait pas l'Autorité pas en question. Alors oui, vive Freinet, vive les divers courants de pensées
pédagogiques qui ont permis d'oxygéner, de communiquer, partager, se poser des questions sur notre façon d'enseigner  et on voit bien dans ton blog que tu es traversé par tout cela,
c'est vrai que c'est aussi pour cela que c'est si riche.


je me souviens d'un prof à l'EN qui disait aux futurs enseignants qui n'avaient pas été très bons à l'Ecole et qui ne s'y étaient pas sentis heureux ( j'en faisais partie) qu'ils pouvaient
justement  être de Bons enseignants parce qu'ils seraient sensibles à ces enfants fragiles, en difficulté. Je suis d'accord mais comme l'écrivait Magali un travail de symboli$sation est
nécessaire car la violence subie peut ressurgir très facilement dans son propre enseignement : pour ma part, je me suis sentie Monstrueuse parfois en tentant d'exercer l'autorité, comme
si il y avait un dédoublement de personnalité, un Dragon qui surgissait parfois à ma place et du coup j'étais à la fois ce Dragon et cette ancienne petite fille qui ne pouvait pas
dire Non.


Alors tu le dis bien Isa, c'est tantôt le laxisme (car on préfère ne pas  se "meurtrir" et meurtrir ses élèves ) ou l'Autoritarisme (Ô combien douloureux car c'est une image qui
nous envahit, nous dépasse et ce n'est vraiment pas nous!)


Bref, un petit (!) travail sur soi s'impose ...En tout cas,les échanges, rencontres, les remises en question du blog sont hyper rassurants, valorisants!

isa 09/12/2012 23:30



Pour ma part Sylvie, je n'ai jamais senti la violence me prendre en classe, les rares fois où j'ai senti perdre mes moyens, j'ai expédié l'élève dans la classe voisine pour ne pas en
arriver à une extrêmité qui ne me ressemblait absolument pas. Je n'ai d'ailleurs jamais hurlé sur des élèves, ,la première colère de ma vie, je l'ai eue l'année dernière loin de l'école. J'ai
toujours eu le sentiment qu'il fallait de l'autorité et que celle-ci ne s'incarnait pas dans le chantage ni dans la peur, mais dans le respect des élèves. Je pense que notre professionnalisme
c'est de réussir à prendre les bonnes distances, n'être ni trop près , ni trop loin de nos élèves.Accepter d'exercer son autorité ,c'est protéger ses élèves, ce n'est pas abuser de sa place
dominante. Certains élèves veulent nous pousser plus loin parce qu'ils ne connaissent que ce type de relation, ou ont vécu des carences affectives qui les font se méfier des adultes, alors leur
manière d'être est de se faire rejeter à tout prix, c'est trés difficile et mon témoignage de vie de Jeudi évoque un de ces moments de ma carrière...



Flavie 09/12/2012 20:12


Isa, je ne comprends pas comment cela peut-il être possible.


Les autres enseignants, la direction ... étaient au courant de ça ? Il y avait bien des inspections à cette époque, comment a t-elle pu continuer à enseigner ?


Et tes parents ? Qu'en disaient-ils ?


Ca me parait tellement incroyable ce que tu racontes, quelle horreur ...


 


Tu as réellement envoyé cette lettre à l'enseignante, t'a t-elle répondu ?


 


Excuse moi je pose bcp de question, tu n'as surement pas les réponses.

isa 09/12/2012 20:41



si j'ai toutes les réponses, à cette époque année 65, personne ne trouvait rien à redire, d'autant plus que cette Madame L était la fille du directeur de l'école des garçons et qu'il
pratiquait de la même façon ( ça s'appelle la reproduction sociale). Ces enseignants étaient vénérés, ils avaient en face d'eux des machines à obéir et à répéter mais surtout pas à penser, c'est
ce que certaines personnes regrettent à l'heure actuelle. Concernant mes parents, l'époque voulait aussi qu'on ne remette pas en question les instituteurs, pourtant ma mère enseignait ( à l'école
des garçons) et pratiquait la méthode Freinet (chez qui nous sommes allés en famille un été pour que Maman suive un stage),je suppose qu'elle se désolait de cette situation,et qu' elle était bien
évidemment contre ces méthodes mais elle n'a jamais remis en question sa collègue, cela ne se faisait pas et il n'y avait pas d'alternative. Elle m'a entourée de son amour et de son réconfort. Je
n'ai jamais envoyé cette lettre , je l'ai juste fait symboliquement grâce au blog. Ma mère ne m'a jamais vue suivre ses traces d'enseignante, je n'ai donc jamais pu revenir sur cette époque avec
elle afin de comprendre ce qu'elle ressentait réellement et pourquoi elle n'est jamais intervenue.



Flavie 09/12/2012 17:52


Isa ça me touche beaucoup que tu partages cela avec ns.


Pour en avoir parlé avec toi, je me souvenais bien que tu avais été terrorisée et que c'était aussi ça qui t'avait donné l'envie d'enseigner et de prouver qu'on pouvait le faire sans terroriser
les enfants.


Mais toutefois je n'imaginais pas qu'on puisse vivre ce que tu as vécu, ça me laisse sans voix...


Tu t'en es sortie merveilleusement bien, mais ce qui me fait peur ce sont les  centaines et centaines d'autres élèves qui sont aussi passés par là. C'est incroyable de lire ça ... Si je te
ne "connaissais" pas je ne pourrais y croire ...


BRAVO à toi pour avoir su surmonter ça ! C'est admirable.

isa 09/12/2012 18:49



merci Flavie,cet écrit est sur le blog depuis 2008, mais il faut dire que je commençais et que j'avais beaucoup moins de lecteurs à l'époque. C'était important pour moi de dire que
l'adversité peut aussi être un moteur dans nos vies. Et comme dit Emilie, ce n'est qu'un an mais quand on a 8 ans, un an c'est long. Autre petite anecdote sur cette maîtresse qui montre tout son
art de l'humiliation, comme je le note dans la lettre, les besoins naturels étaient proscrits, il n'était pas question de demander d'aller aux toilettes. Seule sa toute puissance Madame L se
déplaçant dans les rangs et "sentant" une mauvaise odeur, envoyait tout le rang aux toilettes, et nous avions l'immense privilège de recevoir deux feuilles de papier WC qu'elle nous remettait à
la porte de la classe, nous passions les uns derrière les autres. Bien entendu, à cet âge là, nous avions idée que c'était mal et que toute la rangée était punie à cause d'un de nous, nous nous
regardions de travers pour savoir qui était le fautif. Quand j'y repense , je me dis qu'il est trés facile de monter les uns contre les autres quand aucun esprit critique n'est possible avec un
régime totalitaire comme celui que nous vivions.



Emilie44 09/12/2012 14:40


Pour moi qui suis plus jeune que toi Isa, j'ai aussi eu une maîtresse comme Mme L... Mme G, mon enseignante de CE2 (en 1986) et aussi la directrice de l'école. Elle
nous faisait ce qu'elle appelait des "frottis d'oreilles", c'est-à-dire que quand elle avait quelque chose à nous reprocher, elle tournait ses bagues à l'intérieur de ses mains, puis elle nous
frottait les deux oreilles vigoureusement... Personnellement, j'étais la première de la classe, mais j'y ai eu droit aussi, car étant gauchère elle ne supportait pas mon écriture "de cochon". Je
n'écrivais pas si mal que ça, mais forcément je laissais des traces sur le papier en repassant ma main sur ce que je venais d'écrire.


 


Je me souviens d'une fois où une élève  devait réciter la conjugaison du verbe "faire", elle s'était trompée et avait dit "vous faissez": Mme G l'avait non
seulement grondée et ridiculisée devant tout le monde, mais en plus elle avait obligé son voisin à lui donner une "fessée" pour qu'elle se souvienne que l'on ne disait pas "vous faissez". J'étais
mortifiée! 26 ans plus tard, je revois encore la scène... La même élève avait écrit le mot "toujours" sans mettre de S, elle avait dû faire le tour de la classe plusieurs fois en répétant
"toujours prend toujours un S"...


 


J'ai appris par la suite que cette directrice terrorisait aussi ses collègues enseignants, elle leur refusait toute autorisation de sortie, c'est pour ça que nous ne
faisions jamais aucune sortie ni classe de découverte, ni même de défilé de carnaval  alors que les classes de l'école d'à côté en faisaient... (il y avait 2 écoles collées l'une à l'autre,
les anciennes écoles de filles et de garçons, qui étaient dirigées par deux directeurs différents). J'ai eu le manque de chance de tomber du mauvais côté après la GS, contrairement à mon frère
qui lui a été dans l'autre école et a fait plein de sorties et une classe de découverte. Bon, heureusement quand même les autres enseignants étaient "normaux" et ne nous faisaient pas de
châtiments corporels ou d'humiliations comme elle, mais ça laisse des traces même si ça n'a duré qu'un an.

isa 09/12/2012 18:36



c'est fou ! ! Je ne pense pas que ces personnes soient tranquilles avec leur conscience.



Magali 09/12/2012 09:26


Un petit partage d'un texte de Jacques Salomé sur la violence reçue et symbolisée que j'aime beaucoup


 


Communiquer autrement

Mise en pratique de la symbolisation



La symbolisation est l'ensemble des actes symboliques que nous pouvons imaginer, créer, déposer et introduire dans les relations qui sontpour nous les plus significatives.
Je peux symboliser :
• un désir qui a du mal à se réaliser, pour prendre soin de se désir.
• un sentiment d'amour après une séparation, une rupture, pour prendre soin de ce sentiment
et arrêter de le maltraiter parce que l'autre ne m'aime plus.
• une relation par une écharpe pour mieux inscrire que cette relation à deux bouts.
• une maladie, si je l'entends comme un langage, en remplaçant la relation de destruction de cette maladie (soi-nier) par une relation de bienveillance qui permette d'entendre ce que cette
"mal-à-dit" tentait de me dire.
• une violence reçue, pour pouvoir la restituer.
Cette dernière démarche permet de se réunifier, de se réconcilier avec soi-même et son histoire en se donnant un moyen concret de lâcher les violences reçues, de sortir des ressentiments, de
l'accusation de l'autre ou de la vie.
Avant de symboliser la restitution d'une violence reçue, il est nécessaire de reconnaître ce qui a été touché, blessé en moi par les paroles, les actes ou les comportements de l'autre.
A partir de cette première "conscientisation", j'essaye de trouver l'objet symbolique qui permettra de représenter ce qui m'a été imposé par l'autre et ne m'a pas paru bon pour moi.
Je choisirai ensuite un autre objet qui symbolisera mon ressenti par rapport à cet acte.
Je remettrai l'objet symbolisant la violence reçue. Je prendrai soin de l'objet qui symbolise mon ressenti ou mon désir mis à mal par la violence reçue.
La symbolisation peut soutenir le relationnel d'un partage et éviter d'entretenir le conflictuel d'un échange.

isa 09/12/2012 09:43



merci infiniment Magali, oui la symbolisation est une forme de délivrance et c'est pourquoi le dessin a tant d'importance aussi chez les enfants. La lettre est déjà un premier
objet....



manue 08/12/2012 14:51


Madame L. sévit toujours, elle est devenue directrice dans l'ancienne école de mes enfants. Alors bien sûr, elle s'est adaptée à son époque : plus de coups de règle ou autres châtiments corporels
mais le régime de la terreur est toujours bien présent. Un savant dosage d'humiliation, de mépris, de non reconnaissance de la différence et de la spécificité de chaque enfant qui conduit à un
autoritarisme qui terrorise et empêche et de grandir et d'apprendre.


Tu as la chance Isa de ne plus être en colère, moi je n'ai pas (encore) décoléré.


Mon fils était en grande souffrance, on lui demandait de s'adapter aux programmes de son âge et de ne pas comprendre trop vite (probablement la faute de sa mère enseignante...) Le jour où il m'a
dit : "maman, c'est trop dur l'école, je veux mourir" on a décidé d'arrêter les frais. On a déménagé et il a changé d'école.


Mais je pense à tous les enfants qui sont restés dans cette école. Tous ceux qui n'ont ni les ressources psychologiques (et il en faut quant l'école est aussi fermée et qu'elle exclut autant les
parents) ni les moyens financiés de partir. Je suis en colère pour tous ces enfants là qui continuent d'endurer ces sévices.


Quant aux courriers écrits à l'inspecteur, ils sont restés sans suite.


Je suis tes conseils, j'écris, ça me soulage un peu, mais ça ne soulage malheureusement pas beaucoup d'enfants dont cette "fameuse" directrice à la charge.

isa 08/12/2012 22:54



Je comprends ta colère face à cette injustice, une enseignante qui utilise des méthodes aussi méprisables et si irrespectueuse des enfants, je suis à peu près sûre qu'elle ne choque pas
tant que ça sinon il y aurait eu une réaction de l'inspection à tes courriers. C'est toute la difficulté de notre corporation, les bons et les mauvais au même niveau de reconnaissance dans un
sens comme dans l'autre. Tant que les portes des classes seront fermés et que chacun ne s'occupera que de sa classe sans se sentir responsable des autres élèves,ce type de méthodes
continuera.C'est le problème de toute l'école et c'est aussi la méconnaissance des attitudes éducatives et de la psychologie de l'enfant. Tu as bien fait de sortir ton enfant de cet enfer, tu lui
as montré que tu le protégeais et que tu respectais sa souffrance. Je pense qu'à jamais il t'en sera reconnaissant. Merci Manue pour ce témoignage.



sylvie g 06/12/2012 23:47


Oui Isa, on comprend bien comment et pourquoi tu es ce que tu es (un peu bateau mais tant pis): tu "répares" quelque chose mais surtout tu nous fais cheminer ... Cette instit devait être amie
avec mon instit de CP : même méthode, le cahier sur le dos j'ai fait le tour des classes et spécialement ds la classe de mes soeurs qui elles étaient brillantes...et l'instit de ma soeur m'avait
promis de me prendre ds sa classe en me disant "tu vas voir!" Je priais (à l'époque j'allais au cathé)... et l'on a déménagé Youpi! Mais cela avait commencé en maternelle, j'étais gauchère et je
me souviens du cadeau de la fête des mères mis à la poubelle avec becp d'humiliation: il s'agissait d'une sorte de napperon à découper (dans mes souvenirs, il était en carton
rigide)... Donc ce n'était pas un hasard si mon écriture plus tard n'était pas top, cela n'avait pas dû arrangé disons...


Mais je pensais que c'était parce que j'étais en allemagne, que certaines méthodes nazies étaient encore pratiquées!!!!je vois que toi aussi, tu as gardé des souvenirs intacts de cette scolarité
endommagée!


En effet vive la résilience... mais cela laisse  tout de même des traces.En tout cas, le côté positif, c'est que je suis instit et moi aussi je "répare" mais non sans mal parfois...Avec
de tels abus d'autorité, comment gère t'on justement cette Autorité ?cette légitimité ?Mais c'est aussi ce qui fait que ce boulot me tient tellement à coeur. Alors pour le découpage, je suis
super prévenante...et pour le reste, ce qui compte avant tout c'est le plaisir, plaisir que je prends énormément avec les enfts et qui semble bien partagé avec les enfants et mon Atsem (
cette année surtout après une après une année difficile dûe à un changement...). Mais , c'est cela que je voulais préciser les traces sont aussi des fragilités, vulnérabilités qui font douter de
soi...Qualité à condition de ne pas se noyer, perdre le fil...


Alors merci Isa de nous offrir tous ces divers chemins ( de pensées comme dans l'album"le petit bonhomme des bois"que certains connaissent peut-être)!


 


 


 


 


 

isa 07/12/2012 08:28



nos histoires personnelles influencent nos choix, ça paraît normal. C'est pourquoi il est important de s'interroger sur ces choix , de les comprendre et ensuite de s'en détacher pour
entrer dans le professionnalisme, nous ne pouvons pas réparer en permanence, le passé reste le passé. Ainsi, l'autorité ( ton exemple) est à construire avec justesse, sinon on tombe dans l'excés
inverse de l'autoritarisme , le laxisme dont les enfants souffrent aussi. Nous avions fait un débat sur le choix du métier ICI



Stasia 06/12/2012 23:06


Il y a des gens comme toi que ça aide d’écrire, qui arrivent à mettre de l’ordre dans leur tête en couchant leurs idées sur le papier, qui écrivent des poèmes à ceux qu’ils aiment… Moi, je me
sens parfois un peu handicapée des mots et n’arrive pas à faire complètement comprendre ce que je ressens.

isa 06/12/2012 23:13

Je pense que tout le monde peut écrire , on se met des freins parce qu'on a des exigences avec soi-même et qu'on est peu indulgent, mais cet exercice de lettre n'est pas destinée à être lue, cependant il est souhaitable de l'écrire comme si elle allait l'être, et tant pis si elle n'est pas ordonnée ni suffisamment bien construite , ce n'est ça le but, c'est surtout de dire à quelqu'un ce qu'on n'a jamais osé dire.

Olaine 06/12/2012 22:19


C'est vrai que les mots que nous employons , parfois anodins peuvent être mal supportés et le ton de la voix peut-être mal interprêté ou être volontairement "mordant"; parfois rien qu"une main
sur l'épaule, il y a des enfants qui ne supportent pas, il faut vraiment être très sensible aux manifestations des enfants, elles peuvent être imperceptibles mais elles existent, il faut aiguiser
notre faculté d'observation.


Quelquefois, on croit bien faire et l'on vexe ou humilie : j'ai rencontré  il ya qqs années un de mes anciens élèves de CP, alors que je lui partageais mon admiration pour ses photos , il m'
avoué qu'il était surpris car il avait gardé de moi un mauvais souvenir parce que trempé jusqu'aux os après une récré( ds cette école il y avait une partie boisée ouverte aux enfants), je lui
avais proposé des habits de l'école pour se changer et il s'était senti ridiculisé dans des habits d'un autre âge.


Ce jour là j"ai découvert que qqsfois en croyant faire pour le bien de l'enfant on est à mille lieu de ce qu'il peut ressentir à cette époque je n'ai sûrement pas "senti" qu'il n'avait aucune
envie de ces habits, trop moche pour lui.


Ouvrons tous nos sens.


Eh bien Isa , c'est incroyable comme certaines situation font ressurgir de notre plus profond ce que nous avons vécu de difficile.


Quel courage d"évoquer tout cela Isa.


Olaine.

isa 06/12/2012 22:25



cette évocation date de 2008 et était sur le blog 6 mois après son ouverture. J'ai décidé d'écrire cette lettre et cela m'a fait un bien fou. Je ne pouvais l'envoyer à Madame L, mais j'ai
eu le sentiment de l'avoir fait. Je crois qu'il ne faut pas hésiter à écrire une lettre même si cela nous est impossible de l'envoyer mais cette action aide à la réparation. C'est tellement
important de clarifier ce que nous avons ressenti.



Stasia 06/12/2012 22:05


J'avais déjà remarqué que tu savais bien faire les bons choix...et rapidement ! Contrairement à d'autres !!!

isa 06/12/2012 22:35



J'ai appris, j'ai un chéri qui a une vivacité de décision époustouflante ! C'est à la fois rassurant et formateur.



Stasia 06/12/2012 21:39


Je me rends compte maintenant que j’ai eu de la chance : j’ai aimé tous mes profs ! (jusqu’en seconde). Un seul était un sale machiste misogyne mais nous étions un petit groupe de
copines et nous n’avions pas peur de lui. On le trouvait très con. Même chose à l’école normale mais c’était un prof de sport que j’ai très peu eu : heureusement, j’étais si mal dans ma
peau ! Je n’en reviens pas de ta scolarité. Avec tout ce potentiel que tu avais déjà en toi…

isa 06/12/2012 22:00



j'ai commencé à aimer l'école en seconde ! Et mes meilleures années ont été celles de l'Ecole Normale, comme quoi , mon choix était le bon !



Stasia 06/12/2012 20:38


Oh ! la la ! Isa ! Mais qu’est-ce que tu as donc subi ! Quels dégâts  causés par un seul enseignant, que de souffrances ! Heureusement que tu as trouvé de la force
en toi pour t’en sortir. Sans doute que tu étais valorisée par ta famille pour réussir à croire en toi. C’est vraiment formidable que maintenant, ce soit toi qui enseigne et œuvre pour que de
telles injustices ne se reproduisent plus. Pauvres gosses ! Sans doute que cette maîtresse croyait bien agir avec son autoritarisme. ça arrive
encore malheureusement encore de nos jours, je l’ai vécu avec un des maîtres de mon fils (CM1), alertée par une autre enseignante. Je pensais que ce maître  ne se rendait pas compte, qu’il
manquait juste d’un peu de psychologie et qu’après lui avoir fait part de la souffrance de mon fils, il ferait attention. Mais dès le lendemain, devant les copains, il lui a demandé si il était
fier d’aller pleurnicher vers sa petite maman.  Et il a continué à l’humilier . Le pauvre gamin qui souffrait, ça se voyait, mais ne disait rien ( ce n’est pas lui qui me racontait mais il
ne niait pas), ça ne l’a pas aidé à prendre confiance en lui. J’en ai été malade.


Moi qui était plus que timide pendant toute ma scolarité, qui manquais de confiance en moi, même si jusqu’en seconde, j’étais toujours dans les têtes de classe, je crois qu’un seul maître comme
ça m’aurait anéantie. J’étais déjà assez maltraitée par mon père, et ma mère, qui croyait bien faire, a eu bien trop souvent des paroles malheureuses qui ont laissé des traces.  Je sais la
puissance des mots qui parfois semblent anodins. Heureusement que j’étais bien à l’école !


En classe, je suis très vigilante avec ça et respecte mes élèves. Je suis bien perturbée en ce moment car une maman d’élève, que j’ai eue dans ma classe il y a presque 20 ans, me fait bien sentir
qu’elle a une dent contre moi…


ALORS TOUS ENSEMBLE, FAISONS ATTENTION A NOS TOUT PETITS. CE SONT TOUS DE GRANDES PERSONNES : IL FAUT QU’ILS LE SACHENT  !  Et pas d’humiliation, du respect. Si on veut qu’ils nous
respectent, respectons-les et ne portons pas de jugement de valeur, quoiqu’il arrive. Qu’ils sachent que parfois, nous n’aimons pas ce qu’ils font mais que nous les aimons. Bref, Isa dit bien
mieux que moi tout ça.


Et quel courage de nous livrer ce lourd témoignage ! 

isa 06/12/2012 21:22



merci Stasia de ton regard et de tes mots, j'ai trés mal vécu cette année de CE2, j'avais déjà commencé en maternelle avec le bonnet d'âne et le cageot, puis en CP avec les fessées, j'ai
respiré en CE1 pour finalement tomber dans ce CE2 où notre gloire était de savoir les départements et les préfectures à connaitre sur le bout des doigts ( quel perte de temps quand on y pense),
c'était la terreur et j'ai omis bien des manies de cette maîtresse qui pour moi n'était pas une enseignante mais une répétitrice ,tout était prétexte à humiliation et sadisme.J'ai traversé cette
année interminable avec le sentiment qu'il fallait disparaitre, devenir invisible pour ne plus subir, mais les classements avaient lieu chaque mois et je m'enfonçais dans les places de plus en
plus , il y avait  la cérémonie d'annonce du classement avec la présence de la directrice qui venait en rajouter une couche. C'est pourquoi quand j'entends certaines personnes dirent "ah
l'école , c'était mieux avant !!!", ces souvenirs remontent et je me dis que ces abus deviennent rares ,et  heureusement. Ma force de vie m'a soutenue et mon imaginaire a fonctionné et s'est
développé, j'en ai imaginé des scénarios pour sortir de cette classe. Et plus tard, j'ai réellement pensé qu'il fallait changer les choses de l'intérieur.



Valérie 06/12/2012 18:51


Et si, parfois, on ne se rendait pas compte qu'un petit mot, anodin à nos yeux, remue très fort un petit être qui l'a entendu dans un autre contexte, dans une autre bouche que la nôtre ?? je me
pose souvent cette question, je ne connais pas le pouvoir destructeur de chaque mot.

isa 06/12/2012 19:18



en fait , le mot et surtout le ton va agir sur l'enfant, mais chacun sait bien quand il est dans un rapport d'humiliation ou non !



vivi 06/12/2012 18:49


C'est vrai que l'enseignant a un rôle important à jouer avec les enfants. Leur donner confiance en soi est à mon avis le plus important.


Moi, j'étais la plus petite de la classe et mes pieds ne touchant pas par terre, je balançais les jambes toute la journée. Le maître a fini par me les attacher avec une corde! Quelle époque
c'était!

isa 06/12/2012 19:16



des pratiques pas trés épanouissantes relevant de la maltraitance.... 



Muriel 06/12/2012 18:13


Ah non mais c'est trop horrible... et dire que de si nombreux enfants ont subi - et subissent encore- des harcèlements de cette sorte, des castrations par
les mots, des ailes coupées par des remarques perfides... brrr, j'en ai des frissons...


Heureusement, il y a la résilience, c'est-à dire cette possibilité de prendre sa revanche en devenant plus fort, en trouvant d'autres forces et d'autres
modèles -d'aplomb ceux-ci-, pour grandir et se construire en trouvant sereinement la paix...


Et nul doute ISA que tu as eu cette possibilité puisque maintenant tu nous nourris tous si bien, d'une façon si juste et si bienveillante....

isa 06/12/2012 19:11



Parfois je m'interroge sur les souffrances et je me demande si elles ne sont pas à l'origine de nos surpassements de nous-mêmes alors voilà une belle ambigüité ! Cependant je reste
certaine qu'il faut effectivement de la bienveillance, car toutes les blessures ne s'effacent pas et j'en ai gardé quelques unes !



Marité 06/12/2012 17:29


J'espère que cette vilaine et très méchante Mme L. lira ces lignes... J'en doute car, si elle est encore de ce monde, elle doit se ronger les ongles et se cacher les yeux pour ne pas voir tout le
mal qu'elle a pu te faire !!! Comment peut-on aimer ce que l'on fait en abusant d'autorité ???


Je me souviens d'instit' qui scotchait les bouches et attachait les gigoteurs aux chaises...


Je n'ai connu qu'un méchant prof de maths, en 6°, qui m'avait traitée de betterave !!! Ben, oui, en Picardie la betterave est reine, mais j'étais mortifiée à jamais. Ce qui a entraîné mon
aversion définitive pour les maths.


Mon Isa, tu as bien fait de choisir ce métier. Tu étais la mieux placée pour le changer et prouver que l'enseignement est un doux partage qui se fait sans terreur, ni violence, si l'on
veut que les enfants se sentent bien à l'école.
GROS BISOUS ma Copine

isa 06/12/2012 19:07



ah les mots , quel pouvoir ! merci copine et bisous gelés



Julien 06/12/2012 12:40


Re coucou !!!


 


Bon, fausse manip'  à priori, car je viens de commencer un commentaire, mais il a disparu ... Ça y est, j'ai des hallucinations comme Yayoi Kusama !!!


 


Donc, je disais que pour une fois, je trouve le temps de venir voir le blog sur le temps du midid, exceptionnnel !!!


 


C'est toi qui a subi ces humiliations étant petite, à l'école ??? Wouah, il y a de quoi  détester l'école, j'étais trop triste en lisant ta lettre, oh, c'est dingue ça !!!


Tu expliques pourquoi, mais on pourrait ttrrouver étonnant que tu sois devenué instit', et quelle instit' !!! Oh, ma pauvre ...


 


Bon, sinon, j'essaierai de retourner ce soir voir les ,commentaires sur ma scénographie, j'ai lu vite fait, mais je n'ai pas répondu, en tout cas, merci, ça fait du bien de voir ça scénographie
et ce qu'en pensent les collègues !!! Merci Isa!


Et merci à Émilie, je lui répondrai, pour son message qui m'a fait du bien aussi !!!


Cela n'a rien à voir, mais pourrais-tu remettre le lien sur la ou les vidéos où l'on peut voir Kusama en action stp ? L'ordi rame à l'école, je ne le trouve plus et j'aimerais la montrer aux
enfants !!!


Voili, voilou, à+

isa 06/12/2012 14:25



C'est ICI Julien