pensez à relire mes articles: aujourd'hui,les règles et les sanctions...

Publié le par isa

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article écrit le 18 septembre 2012

Reprenons le fil qui permet la réflexion sur la construction des règles chez l’enfant et voyons où il nous mène ! La première idée développée fut qu’un enfant de trois ans n’a pas encore  la capacité à intérioriser les règles et celles-ci sont perçues comme imposées de l’extérieur par une autorité adulte, le processus de décentration sera long à acquérir. Cependant, le cadre est à poser pour aider à la socialisation et à l’autonomie. Afin de mieux anticiper les réactions des petits élèves, il est essentiel de connaitre les situations qui risquent de provoquer une sorte de rébellion et d’opposition. Suite à cette identification situationnelle, la pose des règles demande une éthique professionnelle dont j’ai fait état dans le précédent article de cette série. J’ai terminé celui-ci par l’importance que la règle soit conséquente, c'est-à-dire qu’elle permette à l’élève de construire la logique : « ce que je fais , entraine ceci ou cela ». Cette capacité est un des fondements de la pensée autonome. Acquérir l’autonomie, c’est prendre en compte ses actes et leurs conséquences, avoir la liberté de choix sous-entend qu’on ne se laisse pas influencer, utiliser son esprit critique suggère que la personne définit son point de vue avec la prise en compte de ses propres valeurs et la remise en question de ce qu’elle entend à la lumière de son bon sens personnel et de la confiance qu’elle s’accorde à elle-même. La transgression des règles amènent logiquement une réaction et parfois une sanction.

C’est pourquoi cet article se consacre aux sanctions.

L’enfant va évaluer la gravité de son acte à la réaction de l’adulte. Ainsi, si pour un verre maladroitement cassé l’adulte se met dans une colère noire et qu’il fait une petite réprimande lors d’une agression physique, l’enfant va intégrer dans son échelle morale que casser un verre est plus grave que de taper un autre enfant. Il est donc primordial de réajuster ses réactions en fonction de notre propre échelle et d’être bien clair pour établir des degrés de gravité.

Partant de cette graduation, certaines transgressions appelleront à une forme de sommation ( « attention, je te rappelle la règle »), quand d’autres entraineront une réaction immédiate et une sanction.

La sanction concerne l’acte et non la personne, et la  formulation ne peut être  : «  tu es moche, tu es vilain, tu es méchant, tu es nul, tu es impossible, tu es insupportable… » mais plutôt «  tu as fait mal, c’est interdit ce que tu fais, tu n’as pas le droit de faire ça, quand tu fais ça, tu oublies notre règle…. ».

La sanction doit permettre d’évoquer le ressenti de l’enfant transgressif afin qu’il entende une explication à son acte pour comprendre ce qui peut le pousser à agir ainsi : par exemple «  eh bien dis donc tu es certainement très en colère pour faire ainsi mais …, tu avais très envie de prendre cette voiture mais …., tu as eu peur que T prenne cette place mais …, tu es triste mais …,tu veux montrer ta force mais …)

La sanction doit être en rapport avec la transgression et si possible compensatrice, c'est-à-dire qu’un enfant qui est privé de récréation après avoir gribouillé sur toutes les tables, ne sera pas aidé par cette sanction dans sa capacité à mesurer ses actes et leurs conséquences, il n’aura qu’un vague lien entre la faute et la sanction et aura un sentiment de toute puissance concernant l’adulte. Ce n’est pas le but recherché, Il est préférable de lui donner une éponge et de le faire nettoyer, celui qui crie devra se taire pendant un temps qui lui sera indiqué (au moyen d’une horloge à repères), celui qui fait mal à l’autre, sera mis à l’écart des autres un petit temps parce que la sanction est gênante sans être humiliante. L’humiliation est une blessure profonde que l’adulte inflige à l’enfant. Elle n’est pas constructive et laisse à jamais une rancœur qui peut se retourner contre lui-même ou contre les autres. Or le travail éducatif est d’aider l’enfant à grandir parmi les autres et à les respecter. Une humiliation ne respecte pas, elle rabaisse, elle écrase, elle mortifie, elle soumet. L’amour propre est atteint et l’enfant a besoin de son amour-propre pour l’adulte qu’il est en devenir. Alors méfions nous des mots employés et des sanctions qui stigmatisent ou qui ne sont pas proportionnelles à la faute ou encore attribuées aux uns et non aux autres.

L’enseignant a donc ce travail de réflexion à mener s’il souhaite instaurer la justice et le cadre dans sa classe. Le langage est le meilleur des outils pour installer la paix, c’est d’ailleurs souvent parce que les petits n’ont pas les mots qu’ils utilisent l’agressivité pour rentrer en contact avec leurs pairs.

Sachez aussi que bien des conflits sont des attirances les uns envers les autres ,bien des enfants intéressés par un autre sont aimantés et cherchent son agressivité parce qu’ils ont à apprendre à se défendre et que l’autre va leur donner la leçon en quelque sorte, et c’est pourquoi les adultes ne comprennent pas pourquoi l’enfant agressé retourne toujours vers son agresseur. Dans la préparation de la semaine 3 , je suggère que les enfants qui disent avoir déjà été tapés viennent montrer le coup reçu dans un coussin, et je conseille de leur donner des astuces pour mieux taper dans le coussin. Cette technique apporte à ces enfants de l’assurance dans leur force et les aide à se sentir à égalité donc moins vulnérables. En tant qu’enseignant, on s’interroge  sur l’agresseur et finalement peu sur l’agressé mais c’est sous-estimé les interactions invisibles qui entretiennent la brutalité. Et c’est en apprenant aux enfants à ressentir leur force sans approuver le droit à la violence (évidemment) mais en affirmant leur estime d’eux que nous intervenons de manière positive sur les conflits et autres oppositions.

Le chemin est long entre le moment où nos petits élèves arrivent et découvrent les règles de l’école et celui où ils accéderont au stade de la coopération et obéiront à la règle pour elle-même et non pas en raison de la soumission à l’adulte. C’est un travail et notre professionnalisme nous oblige à écrire nos règles et les sanctions que nous envisageons dans la classe mais aussi dans l’école plus largement. J’ai donné quelques exemples, chacun peut en donner. L’année dernière nous avons eu une discussion autour d’un cas de figure où dans une école, les enseignantes avaient dit aux élèves qu’une sorcière cachée dans le plafond de l’école les surveillait. La collègue qui avait rapporté cette menace ne la remettait pas en cause et semblait en être satisfaite. Nous avions alors échangé sur l’utilisation de la peur pour obtenir obéissance et les risques psychologiques encourus par les élèves dans cette fantasmagorie que tous les adultes validaient. La discussion avait été intéressante, aucun mauvais jugement n’avait été fait mais nous avions réfléchi ensemble à cette pratique qui au départ s’adressait à une seule petite fille très instable, dés lors que les adultes avaient lancé l’idée de la sorcière, tous les autres enfants s’étaient sentis concernés et l’histoire avait débuté. La collègue avait rapporté nos échanges à son équipe et elle avait décidé d’abandonner cette façon de faire.

L’adulte qui cherche à faire porter son autorité par un autre qu’il soit humain ou fantastique est dans une négation de lui-même et détourne sa propre responsabilité afin de ne pas l’assumer, les enfants ont besoin d’adultes responsables en face d’eux. Alors à la manière du coussin, je vous propose de vous entrainer à affirmer vos propres choix de règles et aussi de sanctions à la lecture de ces articles.

Comme vous le savez, sur le blog, personne n'est juge et c’est en toute liberté que nous pouvons échanger sur vos doutes, vos interrogations et vos façons d’agir si vous le souhaitez.

Publié dans la salle des maîtres

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hélène 22/09/2013 23:00


merci Isa, tu me rassures dans le cas de la petite fille à contre-courant, c'est ce que je fais; elle a l'air de vouloir résister mais elle se fatiguera avant moi !  merci du tuyau pour le rangement !

hélène 22/09/2013 21:57


coucou , j'ai dans ma classe quelques récalcitrants au rangement qui essaient toujours d'y échapper ; je voudrais instaurer la règle : j'aide au rangement, quelle sanction prévoir au cas où celle
ci n'est pas respecté. De plus, j'ai une petite fille qui se met à faire les activités qu'au moment de ranger et qui refuse du coup de ranger ; si on lui demande de faire quelque chose, elle ne
bougera pas par fierté et ne le ferait que quand elle l'aura elle même décider . Que faire ? merci de ton aide !

isa 22/09/2013 22:31



ne pas participer au rangement ne constitue pas une "faute" qui mérite une sanction, cependant tu peux avoir une règle de vie qui instaure la nécessité de coopérer à la vie de la classe
et de ranger ce qu'on a dérangé. Dans ce cas, tu peux choisir de valoriser les comportements et organiser une sorte de séance de félicitations pour les rangeurs ( chacun est applaudi par les
autres, ou bien reçoit la médaille du jour "j'ai aidé à ranger la classe" ou une autre idée de valorisation), évidemment les enfants sont sensibles à ces marques de reconnaissance et cela a une
influence sur le groupe, évidemment ceux qui n'ont rien fait sont amenés à revoir leur attitude parce que la gratitude ne les laisse pas indifférents. Concernant ta petite qui se met à déranger
au moment de ranger, il est important d'avoir un repère ( sonore par exemple, petite musique, tambourin, sonnerie de réveil...) qui indique la fin du temps de jeu et de travail, ainsi donc cette
petite est gentiment rappelée à l'ordre, peut même être prise par le bras pour lui refuser la possibilité de poursuivre son activité en lui indiquant que le temps est fini, soit elle range, soit
elle va s'asseoir au regroupement , elle doit choisir entre ces deux alternatives et c'est tout. La fermeté est dans le ton. Elle fera peut être une petite crise de refus, tu ne céderas pas et
l'accompagneras jusqu'au banc , et ainsi chaque jour jusqu'au moment où elle aura compris que tu ne la laisseras pas être à contre courant des activités. Merci Hélène pour cette question concrète
qui résonne certainement beaucoup dans de nombreuses classes.



Peggytoune 20/09/2013 23:40


Lors d'un stage sur la communication et la gestion des conflits, notre formateur (M. Jourdanet, qui était alors IEN de notre circonscraiption) nous avait encouragé à "prendre notre bâton de
pellerin" (je le cite, je n'ai pas oublié son expression...) pour aller vers l'enfant en classe, lors d'un manquement à la règle, plutôt que del'interpeler de loin. J'essaie de le mettre en
pratique, et je constate que c'est absolument nécessaire avec des PS (je rappelle qu'il s'agit de ma première année d'enseignante en PS, donc je vais de découverte en découverte... excusez donc
ma naïveté de débutante !).


Par ailleurs, il nous avait fait entrer dans des jeux de rôles afin que nous comprenions l'importance du "JE "dans la communication en cas de crise. J'essaie donc depuis de le mettre en pratique
avec mes élèves. Exemple : le petit L. pleure car il a été mordu par R. . Je questionne L.  : "Pourquoi pleures-tu ? " afin qu'il exprime "J'ai mal". Et là, de dire à R.  : "Tu as
mordu, ça fait mal. Je te rappelle qu'il est interdit de faire mal." Je me contente du rappel à la règle en début d'année, avec si besoin, "isolement" de l'enfant qui a blessé.


En ce qui concerne les cris, lors des ateliers (je ne pense pas que ça soit déjà arrivé) ou dans les coins jeux : une fois que la règle "On ne crie pas en classe" a été énoncée, je me déplace
jusqu'à l'enfant et lui demande de quitter le coin jeu. Puisqu'il n'en respecte pas les règles, il ne peut y rester. Généralement, les enfants vont à un autre coin jeu (et s'y montrent plus
calmes). Aujourd'hui j'ai eu un petit élève qui est revenu à la table à repasser après quelques minutes (en me regardant du coin de l'oeil) mais qui y a joué calmement. 


J'avais installé dans ma classe l'an dernier (MS/GS) une "chaise magique" sur laquelle allaient s'asseoir des enfants trop agités pour rester en regroupement, par exemple. Quand ils se sentaient
prêts, ils pouvaient revenir en regroupement.

isa 21/09/2013 10:06



evidemment complètement d'accord avec Mr Jourdanet, oui, l'enseignant se déplace vers l'élève et lui parle en se mettant à son niveau, avec des petits, on se met à leur hauteur et on les
regarde dans les yeux. Chez moi la chaise s'appelait la chaise à réfléchir ( c'est mon côté philosophe), j'en parle dans cet article ICI sous le sommaire.Merci Peggytoune