qu'est-ce que je dis ?

Publié le par isa

salle des maitres

Le choix d’une consigne, c'est-à-dire le choix de la phrase à prononcer est un facteur déterminant pour la compréhension de l’activité et de la demande pédagogique.

Il est important d’y réfléchir, de se demander ce que les élèves vont entendre, est-ce que les mots sont à leur portée, est-ce que les mots n’ont pas un double sens, est-ce suffisamment clair, est-ce que cette consigne répond à l’objectif que je me suis donné pour cet apprentissage, est-ce que TOUS les élèves vont comprendre, n’est-elle pas trop longue, n’est-elle pas trop vague, est-ce que j’utilise le Tu , le Vous ,l’impératif, est-elle suffisamment motivante, pourront-ils la mémoriser, permet-elle de savoir quand le travail est terminé, peut-elle être reformulée facilement ?

Ce questionnement est fondamental et les erreurs des élèves donnent des indices sur la mauvaise formulation d’une consigne.

Pour être certain de répondre au mieux à son questionnement, l’enseignant a tout intérêt à écrire ses consignes pour mieux les intérioriser et les utiliser telles qu’il les a pensées.


Nous savons l’importance des mots, la responsabilité de nos mots, nous tentons d’imaginer les effets qu’ils auront sur celui qui les reçoit. C’est notre travail que de veiller à nous montrer exemplaires et attentifs. Cela s’apprend et l’enseignant débutant n’a pas toujours l’intuition de la bonne consigne, disons la plus proche de l’idéal.


Je vous propose pour notre série de Juin d’échanger sur les phrases que nous prononçons et qui nous semblent atteindre leur but, du moins que nous utilisons dans telle ou telle situation avec habitude.


Le but de cette entreprise est de donner à lire des phrases qui guident, aucun jugement n’est envisagé, seul le désir d’aider les autres à trouver parmi ces phrases des clés pour une meilleure compréhension ou une meilleure approche de l’élève. Cela peut aussi être l’occasion de sa propre auto-critique et de son désir de changement de formulation.


Cette démarche s’inscrit dans la continuité du débat sur l’erreur, dans le sens où la façon dont nous nous adressons aux élèves induit le droit à l’erreur.


Afin de ne pas rester dans le vague des mots, je vous propose ,chaque semaine, une situation classique qui vous permet d’exprimer votre manière de dire.


Les situations ne sont pas nécessairement liées à la didactique. C’est un choix qui m’appartient parce que je pense que dans nombres de cas de la classe, le choix des mots est tout aussi important. Dans les propositions qui seront faites, peut-être lirez vous la même intention que vous-mêmes, cependant, n’hésitez pas à redire avec vos propres mots cette même intention, la multiplicité des formulations aidera chacun à s’approprier ce qui lui correspond le mieux.

 

Qu’est-ce que je dis face à l’élève qui refuse de travailler ?

 

 

Publié dans la salle des maîtres

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joséphine 11/06/2012 19:16


Le blog est tellement riche que je n'avais pas encore découvert la pédagogie de l'observation. Voulant tout de suite mettre en pratique cette observation j'ai observé ce matin un autre garçon qui
pose aussi problème, car deux des trois étaient absents ce matin. Il s'agit de 2 garçons et une fille. francisco est souvent absent car la famille n'est pas levée à l'heure; Il est le second
d'une fratrie de 4 enfants qui ont tous un écart d'un an. Leonardo était présent et davantage actif sans son copain aujourd'hui. Celina était malade. Elle fait électron libre, elle est isolée.


Tes questions me font réfléchir et regarder de plus près, je répondrai dès que je pourrai nuancer un peu mieux.


J'ai trouvé intéressant d'observer Tony, je ne sais pas encore quoi faire de mes notes. Et j'aurai besoin de réfléchir sur lui, car il tape beaucoup, il fait n'importe quoi.


Je suis d'autant plus motivée car l'année prochaine je ferai MS/GS et je retrouverai ces enfants;


Merci pour avoir créé cette possibilité de nous exprimer et de réfléchir avec nous!!! Je me sens soutenue et c'est très précieux!!


 


 

isa 11/06/2012 20:52



Concernant tes notes, pour le moment garde les, cela agit sur ta manière d'être avec ce petit Tony, ne cherche pas à tout comprendre,  ce temps d'observation va malgré tout
t'éclaircir. Petit à petit , tu vas faire des liens et tu pourras tenter de chercher des réponses. S'intéresser à ses élèves est un préalable incontournable. Les questions que je
pose n'attendent pas forcément de réponses, elles font office d'activateur de réflexion, dés qu'on fait ce travail, on se met à distance et on avance. C'est pourquoi viens autant que tu veux ici
pour en parler !



joséphine 10/06/2012 10:56


Je rencontre un problème avec plusieurs enfants. Il se trouve que se sont des enfants portugais dont les familles sont venus il y a plus ou moins longtemps. Leur origine m'importe peu, même s'il
y avait la langue à acquérir, mais maintenant ils comprennent beaucoup de choses et savent s'exprimer. Je sais bien que les mêmes problèmes peuvent être rencontrés avec des enfants français ou
d'autres origines.


Les problèmes sont les suivants: Ce sont des enfants qui se couchent très tard, ils sont contamment fatigués et refusent de faire EPS. Les regroupement ne les intéressent pas du tout, ils
discutent entre eux, il faut les séparer à chaque fois. Ils ne sont pas habitués à la contrainte, donc tout mouvement ou changement d'activité les embête, ils veulent faire ce qu'ils veulent. Des
entretiens avec les parents n'ont pas donné de résultat, quand je leur ai informé qu'un enfant de 3 ans a besoin de tant d'heures de sommeil, ils sont étonnés, disent qu'ils vont les coucher plus
tôt, mais non. C'est dans leur culture de les laisser faire et c'est évidemment difficile de changer ces habitudes du quotidien.


Le manque d'intérêt à écouter des histoires, ou de faire toutes les activités de rituel, m'interpelle. C'est très rare, un enfant qui ne soit pas intéressé, et pour certains on peut même dire: il
n'en a rien à faire!!


Voilà un autre exemple du refus de travail, si vous avez des pistes d'action.....

isa 10/06/2012 11:49



bonjour Joséphine,


voilà une situation intéressante et qui met au défi bien des enseignants. Comme nous sommes des chercheurs ( toujours le penser), nous avons à dénouer les fils.


Ainsi donc ton constat est le suivant:


refus de participer à l'EPS pour tes petits élèves ( combien ?)


désintérêt lors des regroupements


désir d'agir à sa guise


tes explications sont les suivantes:


fatigue


phénomène de groupe


manque de contraintes familiales en raison de leur culture


et tes réponses sont les suivantes:


signaler aux familles le besoin de sommeil


séparer les enfants qui s'entrainent entre eux


cependant tu constates que cela ne fonctionne pas, que la fatigue est toujours là et que le désintérêt aussi.


cela signifie que ce ne sont pas des axes d'action suffisants même si tu as eu raison de faire un rappel concernant le besoin de sommeil des enfants, personnellement je l'écrivais dans
les cahiers afin que toutes les familles le lisent, nous ne sommes pas chez eux, mais notre parole agit, pas toujours immédiatement mais je crois au bon sens et lorsque l'enseignant dit "
attention, vos enfants fatiguent, prenez soin d'eux" les parents en tiennent compte.


alors que te reste-t-il pour agir contre cette attitude de repli ?


as-tu pris le temps de les observer ( cf pédagogie de
l'observation) afin de comprendre qu'est-ce qui les motive, qui entraine qui, quand sont-ils acteurs ....?


as-tu tenté différentes approches ? lesquelles ?


le petit groupe est actuellement "néfaste", comment transformer cette faiblesse en force ? Comment utiliser ce besoin de se soutenir entre eux pour les amener vers l'activité ?


Comment expliques-tu le désintérêt spécifique de l'EPS alors que j'ai le sentiment que tu parles de petits garçons ( C'est ça ?) et qu'ils sont plutôt enclins à l'activité physique ?
Est-ce uniquement la fatigue ?


comment travailler la persévérance ?


J'arrête ici mes questions, tu y réfléchis, face à un problème avant de trouver des solutions, il est nécessaire de l'étudier , c'est ce que je te propose de faire. Viendra ensuite le
temps de faire des hypothèses à mettre en place, c'est exactement ça le travail de chercheur ....


merci Joséphine de nous donner un cas aussi intéressant !












aurelie 06/06/2012 15:44


je suis d'accord sur le fait de mettre en place systématiquement un "bilan du travail" avec les élèves. Je le pratique depuis que j'ai débuté et cela m'a toujours permis de remettre mon propre
travail en question et donc de m'améliorer pour leur bien, d'autant plus que j'ai eu chaque année des classes différentes.


De plus, pour aider les élèves récalcitrants à entrer dans les activités, je leur parle souvent de la place de l'erreur car c'est souvent ce qui les rebute; la peur de mal faire ou de ne pas
y arriver, qu'on se moque d'eux, peur du discours des parents après l'échec... donc c'est quelque chose sur lequel j'insiste beaucoup même quand c'est moi qui fait une erreur je n'hésite pas à le
mettre en avant pour leur prouver que c'est naturel de ne pas tout savoir et de ne pas y arriver tout de suite. Bref, on apprend à l'élève à surmonter les difficultés, les obstacles. Enfin, je
dirai que si un élève ne veut pas rentrer dans une activité ponctuellement, c'est que cela cache souvent autre chose... l'élève qui ne se sent plus à l'aise dans son groupe, un chagrin
d'amoureux, une dispute avec le meilleur copain, la maîtresse qui a trop élevé la voix et qui lui a fait peur ;-) alors je demande toujours à l'élève s'il a envie d'en parler avec moi dans un
petit coin isolé de la classe ou dans le couloir et je lui apporte les mots réconfortants et les astuces dont il a besoin pour avancer.

isa 06/06/2012 18:28



merci Aurélie, oui  importance de regarder l'échec avec un autre regard.



paloma 06/06/2012 13:33


Je digresse un peu , mais c'est le sens de ces échanges, non? ...Je voulais rebondir sur la "difficulté"..Nous avons pris l'habitude dans notre école (nous travaillons de façon étroite et
collégiale depuis plusieurs années) de poser, au moment du "bilan du travail" -que les élèves appellent comme ça aussi-  la question , une fois que les travaux ont été vus, observés,
commentés etc, la question donc : "as-tu trouvé ce travail facile ou difficile?" -dire "pas facile " au lieu de difficile selon le degré de compréhension-... Si l'enfant dit "pas facile" , notre
rôle sera alors  de l'amener à expliquer sa difficulté..Bien sûr, c'est du méta-langage, mais nous nous appliquons -en liaison avec notre projet d'école qui nous a fait évoluer dans nos
pratiques- à développer le plus possible ces façons de verbaliser les choses en classe.

isa 06/06/2012 14:36



oui et ce qui me semble intéressant c'est de permettre aux élèves de dire comment ils évaluent notre travail, car si tous les élèves trouvent que tout est difficile , il faut
s'interroger. C'est une manière de les impliquer dans leur propre évaluation aussi. C'est encore un indicateur sur la confiance en soi, certains élèves expriment par là leur sentiment de la peur
de l'échec.Du coup, ensuite on peut en parler tous ensemble.






Valérie 93 06/06/2012 11:13


C'est sur le mot apprendre apporte moins de pression que travailler....et je l'observe déjà chez nos petits élèves à qui on a dit souvent tu vas voir à l'école tu vas travailler, tu ne vas plus
jouer tu vas voir ce qu'elle va dire la maîtresse...ce discours parfois dès la petite section ne dispose pas l'enfant à avoir envie de travailler.


Souvent l'élève "récalcitrant" nous dit sa peur de rater et j'essaye de le prendre avec moi à un moment donné et ceci tant qu'il a besoin d'être rassuré...le soutien est bien pour cela.


Cette année au lieu de faire des ateliers qui tournent tout au long de l'année,  j'ai essayé en milieu d'année de leur proposer un contrat: voilà ce que je vais vous apprendre: ( construire
une collection de ...d'objets par exemple: vous avez la semaine pour le faire....j'essaye de les responsabilier et je vais encourager ceux qui ne sont pas motivé en montrant ce qu'ils savent déjà
faire: c'est essentiel de leur montrer aussi ce qu'ils faisaient en début d'année et où ils en sont en fin d'année: un moment à l'accueil pour regarder ensemble le classeur de l'année....Bien sûr
en période d'évaluation c'est important aussi de les rassurer et de leur dire qu'ils travaille non pas pour avoir des jouets!!! ni pour leur parents ou la maîtresse mais pour eux...et ils n'en
sont pas persuadés alors oui le mot fierté est très important. Surtout lorsqu'ils ont mené à terme un projet. 


voilà quelques idées...

isa 06/06/2012 11:39



C'est dire que le mot travailler est associé à une représentation négative ,alors que travailler peut être source de joie, de satisfaction, d'accomplissement de soi-même, d'estime de soi.
La difficulté est peut-être aussi une étape qui n'est plus envisagée, réussir sans effort, est-ce ce que nous voulons ? Il me paraît important de ne pas éluder le fait que le travail peut être
perçu comme difficile: " Oui tu as raison , c'est difficile et je comprends bien que cela te fasse peur, tu as peur de ne pas savoir le faire" alors l'adulte est un appui, il ne fait pas croire
que les efforts n'ont pas à être faits mais il se montre confiant:" moi je sais que tu vas y arriver, car à force de recommencer on finit par y arriver et je vais t'aider pour ça, c'est mon
travail à moi et je veux moi aussi réussir mon travail ". Qu'est-ce que tu en penses ?



paloma 05/06/2012 23:07


J'aime bien le "allez, on a plein de choses à apprendre " ...Je le mettrai en pratique dès la rentrée prochaine !!

isa 06/06/2012 09:06



oui, comme je le souhaitais, je crois que cet échange sur les mots dits est une belle passerelle, à la fois entre collègues mais aussi vers des choix percutants qui peuvent ouvrir une
porte qu'on n'avait pas encore trouvée. Nous savons combien de simples mots peuvent avoir de grandes conséquences.



cerise 05/06/2012 19:02


face à un enfant qui refuse de travailler :  et cette année, j'en ai un !!   Je lui prends la main et je le conduis à sa place (gentiment),  je lui dis : "allez,
viens, je vais t'aider"  je lui donne le nécessaire (matériel) pour commencer, je reste à côté de lui, je lui réexplique... je le félicite : "tu vois, que tu sais faire !
très bien... continue, tu vas maintenant le faire tt seul.... tu me montreras quand tu auras fini"


si je peux je reste à côté de lui mais sinon cet enfant finit seul ou je reprends avec lui l'après-midi. je positive au maximum : "c'est bien , bravo ! (clac clac dans les mains) je peux
 prendre la main de l'enfant (style poignée de main cf les adultes)  et  lui dis "toutes mes félicitations, ... tu as réussi tt seul " et là le petit "rougit" de fiereté. 


pour le cas d'un enfant qui ne veut pas travailler occassionnellement. j'essaye de savoir pourquoi ? qu'est ce qui ne lui  plait pas...Sinon,  je lui dis :"tu regardes les
autres et tu le feras plus tard" en gl ça marche !


Pour un enfant qui a peur de faire des erreurs. je lui dis : "on va à l'école pour apprendre et on a le droit de se tromper! " 


d'ailleurs, je ne dis pas :" maintenant, on va travailler!" je dis plutôt "on a plein de choses à apprendre" cf M. Brigaudiot (il me semble...) et nous relevons tous nos manches
pour faire les différentes activités !!! hi hi 

isa 06/06/2012 08:59



merci Cerise, voilà des phrases qui donnent aux collègues de quoi penser à la manière de dire l'encouragement, de solliciter la motivation, d'atténuer la prise de risque que certains
élèves redoutent. Choisir de ne rien faire est moins risqué que d'oser agir. C'est donc cette position sur laquelle réfléchir et les mots choisis pour aller vers et contre cette attitude sont
importants.



Sidore 05/06/2012 17:55


Lorsque c'est un refus ponctuel en PS- MS, je l'invite a voir l'activité faite par ses camarades puis l'incite à faire de même pour qu'il soit fier de lui. De toute
façon ," tu as le droit de te tromper, l'important c'est que tu essaies". Si l'enfant est toujours en refus, je m'installe à ses côtés pour le rassurer et l'encourager.


Si un enfant refuse de travailler sur du long terme, je le laisse observer librement, puis lui montre ce que font ses camarades et en groupe on explique ce que l'on
apprend et ce qu'on arrive à faire après avoir travaillé! Je mets également des productions en avant ...

isa 06/06/2012 08:55



merci Sidore, pense à nous donner les phrases prononcées, c'est dans les mots choisis que nous trouvons nos attitudes, je sais que c'est compliqué parce que cela veut dire se
"livrer",mais ici dans cette salle des maîtres, on est suffisamment à l'aise et accueilli pour le faire.



paloma 05/06/2012 12:54


Face à un enfant qui refuse de travailler (en PS , je laisse faire) en MS , je lui dis quelque chose qui s'apparente à ceci : "tu as le droit de ne pas faire le travail une fois, mais tu es à
l'école pour apprendre et grandir. Tu ne travailles pas pour faire plaisir à la maîtresse ou à tes parents. Tu travailles pour grandir. Si tu fais ton travail, tu seras fier de toi.Tu seras
content. Tu pourras même aider un copain ensuite."


J'insiste beaucoup sur cette fierté ...Et, comme disait Dolto, ce n'est pas "ta maman va être fière de toi" qui compte , mais "oui, tu as réussi, tu peux être fier de toi"...

isa 05/06/2012 13:46



merci Paloma de te lancer et de nous donner  tes paroles. Qu'est-ce que tu observes suite à ces mots ?


Et si ton petit (PS) refuse toujours et tous les jours ?


Je ne cherche pas à te mettre en difficulté, je pousse la situation à son extrêmité, nous savons que cela peut exister.