respecter la personne et le bien d'autrui, mais comment ?

Publié le par isa

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Respecter la personne et le bien d’autrui : mais comment ?

 

La compétence Respecter la personne et le bien d’autrui (correspondant à l’item 1 de Respecter les fondements moraux des règles de comportement) semble plus simple à mettre en place qu’Apprendre à dialoguer entre eux dont nous avons parlé la semaine dernière.

 

Est-ce réellement le cas ? N’y-a-t-il pas un fossé entre ce que nous voulons et ce que les élèves font ? Pourquoi est-ce si facile à entendre et si difficile à obtenir ? Avons-nous pris le temps de comprendre ce que ce principe révèle et sommes nous certains d’être accordés sur celui-ci ? Et surtout comment mettre en place dans la classe le processus de socialisation qui permettra aux élèves de comprendre le respect ?

 

Qu’entendons nous par respecter la personne et le bien d’autrui ?Nos références philosophiques nous permettent d'y répondre en affirmant que respecter, c’est estimer ce que l’on respecte et c’est aussi s’estimer soi-même, c’est comprendre que cet autre que moi a autant de valeur que mes désirs et qu’il est donc important que j’apprenne à les limiter pour lui faire une place en moi.  

 

Ce mouvement vers l’autre et cette prise en considération ne sont pas consentis facilement, le petit enfant se construit d’abord dans son égocentrisme. Or pour tenir compte de l’autre, il va lui falloir le connaitre et le reconnaitre. L’école offre un terrain extrêmement propice à la rencontre de l’altérité, aucun système d’école à la maison ne peut remplacer cette ouverture à l’autre dans la diversité la plus totale. Et c’est une grande richesse pour les enfants que d'admettre les autres élèves à la fois dans ce qu’ils ont de commun mais aussi dans ce qu’ils ont de différent. L’enfant apprend le respect lorsqu’il est capable d’envisager l’autre comme un autre lui-même c'est-à-dire dans l’identification, mais aussi d’envisager l’autre avec des désirs différents de lui.


A l’évidence, un principe moral tel que le respect s’apprend et se confronte aux actes, l’enseignant se place en éducateur et représente LA règle aux yeux des élèves. Il l’incarne, il la modélise, il s’y confronte lui-même et il la fait appliquer dans un cadre clair où la sanction a son utilité, c’est une étape fondatrice qui permet à l’élève d’accéder progressivement à la recherche de l’autonomie qui me semble être la dimension fondamentale du respect. ( cf construction des régles chez l'enfant)


L’élève va perdre petit à petit son illusion de toute-puissance pour son plus grand bien et sa santé psychique en s’arrachant de son égoïsme. Il va accepter la réalité, celle de son appartenance à un groupe formé d’individus qu’il connait et qu’il reconnait, dans un environnement où les choses ont de la valeur au point de les considérer plus fortement que le désir de se les approprier dans une exclusivité qui enferme.

 

Mais que faire concrètement dans les classes pour arriver à cet objectif  ?

 

1/Connaitre et se connaitre , reconnaitre les autres :

 

C’est tout le travail fait en cette rentrée autour de l’accueil où l’enseignant nomme chacun de ses élèves lorsqu’ils arrivent, c’est également les cartes-prénoms qui permettent de mémoriser les prénoms et les visages, c’est aussi le moment où chacun vient se présenter en faisant un sourire comme en préparation semaine 2, c’est savoir reconnaitre ses émotions «  il est triste » à travers le jeu avec la marionnette et les sourires fabriqués mais c’est aussi quand l’enseignant parle à l’enfant qui pleure et lui exprime son émotion «  tu es en colère parce que tu veux le jouet de ton copain »

 

 

 

2/ Envisager l’autre comme un autre soi-même et dans sa différence :

La première identification se déroule avec la marionnette, elle permet de se mettre à distance tout en ayant le sentiment de vivre les mêmes choses ( la marionnette refuse de parler), puis dans les discussions autour des tétines en semaine 4, des rapprochements de vécu émergent et chacun se reconnait dans l’histoire du copain. Mais il y a l’autre qui n’est pas moi, qui est différent et c’est tout le travail autour de l’identité sexuelle ( je suis un garçon, tu es une fille) à faire en semaine 6.

 

3/ Se contrôler :

Le travail autour du cri et du chant en semaine 3 permet aux élèves d’identifier leur désir et de comprendre qu’ils ont souvent les mêmes et que ceux-ci sont acceptés à la maison mais que l'école apporte des contraintes. En vivant la souffrance réelle du bruit (cris collectifs), ils comprennent la nécessité de la règle ne pas crier et le fait d’être d’accord les aide à se contrôler . Puis un prolongement de cette règle établit logiquement que faire souffrir est un interdit premier et que toutes les manières de faire mal ne sont pas tolérées.

 

4 / Accepter la réalité :

Progressivement apparait au fil des semaines que le groupe est une force (on est ensemble, on nous reconnait, on est écouté) mais qu’il limite les désirs de chacun, c’est la réalité : savoir attendre, partager, faire ensemble (cuisiner en semaine 7). L’élève aura à mesurer si l’intérêt commun a plus d' importance que ses propres désirs et il entamera le long chemin de l’apprentissage du respect si les adultes le place comme acteur de la réflexion et s’ils parviennent aussi  à lui transmettre la plus grande des valeurs de l’école : la valeur de la connaissance. Elle a ,à elle-seule, le pouvoir de permettre le respect de l'école dans son entièreté, elle se place en protection contre l'individualité exclusive parce qu'elle n'existe que dans le partage. Cette tâche difficile repose sur la propre croyance de chaque enseignant qui aura lui même acquis cette certitude.La connaissance nous élève dans notre humanité.

 

 Ce ne sont que quelques exemples pris ici et là dans la période 1, je vous laisse y ajouter vos trouvailles en ce domaine du respect.

 

 

Publié dans devenir élève 2014

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Emilie44 10/09/2013 21:17


Merci Isa pour ce texte si juste.

isa 10/09/2013 21:39



Un grand plaisir pour moi d'écrire ce genre de texte et une réflexion sur des évidences parfois pas si évidentes !