série "début d'année":j'ai le sentiment de ne pas avoir d'autorité

Publié le par isa

 

Pour la première période , je vous propose une série d'articles sur les questionnements du début, à raison d'un éclairage par semaine.

 

Voici le programme des affirmations qui seront traitées:

 

1 Je crains le jour de la rentrée

2 Je ne supporte pas ou plus les pleurs.

3J'ai peur de parler aux parents.

4 J'ai le sentiment que cela va dans tous les sens.

5 J'ai le sentiment de ne pas avoir d'autorité.

6 Je me sens découragée.

 

La cinquième affirmation aborde LE point noir d'une carrière d'enseignant ( déjà évoqué ici).

 

J'AI LE SENTIMENT DE NE PAS AVOIR D'AUTORITE

 

Avoir de l'autorité est une qualité indispensable au métier. Ceux qui se dirigent vers cette profession doivent savoir qu'ils apprendront à en avoir, que parfois c'est naturel , mais que cela s'acquiert aussi. Il n'y a donc pas de fatalité, ni de résignation possible.

Le sentiment de ne pas avoir d'autorité est le constat d'une indiscipline manifeste de la classe ou de certains élèves.

La première chose que je voudrais dire à ce sujet est que cette impression vient des propres doutes de celui qui se sent maltraité par ses élèves.

Les doutes s'immiscent dés lors que l'enseignant débutent mais aussi dés lors qu'il commence une nouvelle année.

Douter est une bonne dynamique professionnelle, c'est important aussi de ne pas s'illusionner sur la réalité de ce qui attend mais cela ne peut être vécu de manière sclérosante où l'enseignant a l'impression d'être dans une impasse, d'autant plus que celui qui doute renvoie aux élèves un sentiment d'insécurité très favorable à l'indiscipline.

Facile à dire, difficile à vivre me direz -vous ?

Effectivement, pour apprendre son autorité, l'enseignant doit la penser pour contrer ses doutes.

Si l'insécurité est source d'indiscipline, il faut peut-être réfléchir à combattre celle-ci.
Il y a plusieurs points qui me semblent incontournables:

  1. L'enseignant doit être une référence, un modèle. Il incarne l'adulte protecteur, le professionnel compétent. Il est important de situer les places de chacun: « Je suis la maîtresse, je ne suis pas ta maman » ainsi que les lieux « ici c'est l'école ». Ces phrases toutes simples sont pourtant riches de sens, elles informent l'élève sur sa place et sa relation à l'adulte.

  2. Les règles sont établies ( parfois ensemble) et expliquées clairement. Mieux vaut quelques règles simples qu'une multitude qui noie leur compréhension. Par contre, ces règles sont immuables et les élèves savent quelle sanction ils encourent dans leur transgression. La sanction est en rapport avec le non-respect de la règle, c'est à dire qu'elle permet une réflexion sur ce qui a été fait, ou parfois une réparation. La punition est à bannir, elle renforce la mauvaise estime de soi et par conséquent l'hostilité et la rancoeur. Exemple: un élève perturbe un regroupement et malgré les rappels de l'enseignant , l'élève persiste dans son comportement, la sanction appliquée et connue par les élèves est le retrait du groupe formulé ainsi : «  Puisque tu ne parviens pas à te calmer , à écouter ce qui se dit quand nous sommes ensemble, tu vas aller réfléchir sur la chaise à l'écart et tu vas pouvoir observer comment les autres s'y prennent, puis quand je verrai que tu es calmé, je te dirai de revenir avec nous », un exemple de punition pourrait être «  puisque tu n'écoutes pas, tu n'iras pas en récréation avec tes copains », quel est le rapport entre écouter et être privé de récréation dans la tête de l'élève, comment construit-il son propre contrôle si ce qu'il subit lui semble être une injustice, quelle image de lui-même cela lui renvoie -t-il :  «  je suis si vilain que je n'ai pas le droit d'aller jouer dehors » , la sanction au contraire lui indique que son comportement est inacceptable parmi les autres mais qu'il peut y réfléchir, qu'il peut par l'observation trouver une réponse à sa recherche, qu'il peut « réparer » pour être admis dans le groupe. Le regard sur lui-même est alors constructif, ce n'est pas moi en tant que personne mais mon comportement qui n'est pas accepté et cela peut faire toute la différence....

  3. L'enseignant exprime sa confiance envers ses élèves, c'est à dire qu'il est convaincu de vouloir les aider à réussir, chacun selon ses propres possibilités. C'est une tâche parfois difficile car certains élèves nous mettent à rude épreuve et notamment ceux qui sont les plus remuants et qui sont souvent ceux qui ont le plus de difficultés avec les apprentissages. Dés lors que l'enseignant se laisse aller au jugement négatif et décourageant, les élèves le ressentent et perdent espoir, donc motivation et intérêt pour la chose scolaire. C'est une autre forme d'autorité que d'affirmer vouloir la réussite de tous ses élèves.

L'autorité a été pensée, réfléchie, construite , elle devient alors une posture.

L'autoritarisme est un abus de pouvoir, il permet à l'enseignant de profiter de sa position dominante pour affaiblir ceux dont il a la responsabilité. Il ne cherche pas à développer leur autonomie ni leur esprit critique, il impose son enseignement en faisant régner une forme de terreur qui ne construit en rien la capacité de chacun à devenir « sujet » de sa vie.

L'autoritarisme veut des machines à obéir, tant pis si une fois , le dos tourné, les élèves ne respectent plus rien ni personne.

L'autorité , parfois plus lente à agir, se mesure sur la durée, sur la capacité à se contrôler en dehors de la présence de l'adulte référent.

Quelle posture tenir quand on ne veut pas faire d'autoritarisme tout en souhaitant dégager une autorité ?

Personnellement , je crois au ton de la voix, à la présence physique et au regard porté.

Le ton de la voix demande pour certains de s'y exercer, ce n'est pas toujours facile d'avoir un ton ferme sans crier. Il faut y mettre sa conviction, de manière à ce que les élèves sentent qu'il n'y a pas d'alternative, il faut y mettre de la protection «  je suis là , je te protège y compris contre toi-même », il faut y mettre du respect. Je crois qu'il peut être utile de s'y entrainer (chez soi, comme pour jouer au théatre).

La présence physique signifie que lorsque l'enseignant est dans sa classe, il est bien là, parfois il arrive que l'on soit ailleurs ( dans ses pensées, ce peut-être une échappatoire), il est vigilant et observe tous ses élèves, lorsqu'il demande à un élève de le rejoindre, si celui ci n'agit pas, l'enseignant n'hésite pas à aller le chercher, on sait très bien que chez les petits , ce type d'attitude est très fréquente, c'est pourquoi l'adulte se positionne physiquement.

Le regard porté est une des clés de l'autorité. J'en ai parlé à plusieurs reprises sur le blog mais je suis vraiment convaincue de cela. Si l'enseignant ne cherche pas à connaître et à comprendre chacun de ses élèves, il perd un des moyens les plus efficaces de mener à bien sa tâche. S'ouvrir à l'autre et tenter de le comprendre est une porte à franchir ( je décris comment ici). Une fois, ce franchissement fait, le regard de l'enseignant va changer et le comportement de l'élève aussi. Je ne peux pas vraiment expliquer les processus, mais ce qui est certain ,c'est que cela opère . Exemple: avec des élèves particulièrement difficiles, l'enjeu est le rejet, certains de ces petits élèves ont déjà connu tellement de déceptions dans leur relation aux autres ,qu'ils s'enferment dans une attitude provoquant à coup sûr le rejet, ils ne souhaitent pas l'affection ni l'attachement au risque de devoir à nouveau les perdre. Grâce à l'observation, l'enseignant aiguise son regard et comprend l'enjeu sous-jacent. Son attitude d'adulte change et il pourrait penser ceci ( dialogue intérieur): «  Puisque tu veux absolument que je te rejette, que tu crois ne pas être digne d'attachement et de bienveillance, je vais tout faire pour te démontrer le contraire, je continuerai à penser que tu es quelqu'un de bien, que je veux t'aider et que tout ce que tu me fais subir, je le comprends mais je ne l'accepte pas, je vais te considérer comme les autres élèves de la classe et avoir les mêmes exigences, je te reprendrais à chaque fois qu'il le faudra, ce n'est pas moi qui abandonnerai , c'est toi qui finira par accepter mon aide ». J'ai connu ,presque chaque année, des élèves difficiles, pour qui l'autorité n'avait pas grand sens, certains m'ont fait souffrir un peu, d'autres beaucoup, un seul de tous ces élèves m'a fait échouer dans ma tâche. Je n'ai pas réussi avec lui. Son orientation en hôpital de jour n'a pas atténué mon sentiment d'échec et la dépense d'énergie durant cette année fut longue à combler. Dans ce type de situation,il n'est pas rare que l'enseignant soit gagné par le sentiment de découragement ,ce sera donc le prochain et dernier sujet de cette série.

En bref, l'autorité s'apprend, elle demande même de s'y exercer, elle dépend des propres doutes de l'enseignant ( attention parfois une haute estime de soi pourrait faire penser que la personne ne doute pas, or c'est équivalent à une faible estime de soi, la personne cache sous un vernis d'assurance toutes ses interrogations personnelles), elle s'acquiert dans le respect et le regard porté sur ses élèves.

 

Vous n'êtes pas d'accord avec ma vision de l'autorité, ce blog vous est ouvert.

Vous avez essayé et n'êtes pas parvenu à asseoir votre autorité, vous avez besoin d'en parler , ce blog vous est ouvert.

Vous êtes en accord avec cet article , vous voulez le dire, ce blog vous est ouvert.

 

 


Publié dans rentrée scolaire

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sylvieg 09/03/2014 02:15



coco 07/12/2010 23:17



Je vous remercie toutes encore une fois de me prêter une oreille, cela fait du bien, je rebondis sur ce partanariat avec les parents que vous proposez...le problème avec cette classe et donc ces
parents, c'est que peu comprennent que la petite section n'est pas une garderie , j'ai la désagréable impression le matin que les familles me "jettent " les enfants sans s'interesser à la classe,
ce n'est pas faute pourtant de tenir le cahier de vie à jour, d'organiser des expos pour donner à voir, de faire partir la marionnette et son cahier tous les vendredis.....J'essaie d'analyser ce
qui se passe dans ma classe,je ne comprends pas encore le message que les élèves m'adressent, sinon que je vois comme très fermée et sur la défensive avec eux, je dois leur apparaitre comme
douce, mais peu accessible, peut-être est-ce un peu angoissant pour eux ?...


 



isa 08/12/2010 09:15



il faut du temps Coco pour que les  familles se reconnaissent une place à l'école, de même c'est par ton travail qu'elles prennent progressivement conscience qu'une petite section
est une vraie classe, l'idée est déjà si compliquée à faire passer chez certains collègues, comment veux-tu que certaines familles ne soient pas elles-aussi persuadées de cela, et encore plus à
l'heure où on songe à remplacer notre travail par des jardins d'éveil. C'est pourquoi inlassablement il faut ouvrir, montrer, expliquer et petit à petit les yeux s'ouvrent. Beaucoup d'indulgence
est à rechercher. Ta relation aux parents est aussi un moyen d'améliorer ta relation aux élèves, j'y crois dur comme fer, il y a le fameux sentiment de loyauté que tout enfant a
vis à vis de ses parents, il suffit donc qu'à la maison, ils entendent la famille dénigrer l'enseignant pour que cela lui complique vraiment la tâche. Notre métier est un métier de relations
humaines, or nous n'avons jamais eu de formation dans ce domaine, c'est un vrai manque. Quant à tes petits élèves, observe les, prend ce temps là, tu apprendras beaucoup.



Béatrice 07/12/2010 10:20



Bonjour Coco,
je profite de mon état malade qui me cloue à la maison pour te mettre un mot.
Ton message m'a beaucoup touchée, comme il va , je pense, en toucher beaucoup d'autres. Tu mets les mots sur une situation que sûrement beaucoup d'entre nous ont vécue à un moment ou un autre de
la carrière, et sur le sentiment d'impuissance qui y est lié.
L'institution nous en demande beaucoup, de plus en plus, et lorsqu'une inspection est en vue on s'en remet une petit couche, cela n'arrange rien.
J'ai aussi lu les réponses d'Isa et je suis, une fois encore, tout à fait d'accord avec elle.
Avec une classe pareille, au diable les grands objectifs, les multiplicités de projets, au diable les productions, les affichages lêchés. Il faut se recentrer sur de tous petits objectifs, faire
un PPRE pour la classe, presque...  Ce centrer ce qui les accroche pour faire émerger d'eux le comportement que
tu attends, qu'ils comprennent tes attentse.
"Perdre du temps pour en gagner" a toujours été ma devise avec les plus petits. Et puis peut-être discuter avec les parents pour qu'ils relaient à la maison. Il me semble tout de même qu'on voit
de plus en plus de petits arriver à l'école avec très peu de règles et apparamment très peu l'habitude d'écouter les adultes. Dans notre école la petite section de la collègue compte un bon
nombre d'enfants ainsi et cela part vite en vrille.



isa 07/12/2010 14:18



tu as raison Béatrice, les parents sont aussi des partenaires, y compris lorsqu'ils n'ont malheureusement pas réussi à poser des bases, ce n'est pas en les pointant du doigt mais plutôt
en les assurant de notre soutien et de notre compréhension tout en les invitant à prendre leur place. Comme nous, lorsque nous nous sentons dépassés, ils ont besoin d'être épaulés et non jugés.
Je sais que parfois cela peut sembler difficile à faire, cependant, ce sont  avec des petites choses que nous gagnons leur confiance. Le cahier de liaison est pour moi un des ces moyens qui
permet d'informer mais aussi de donner des messages d'éducation. C'est un métier qui requiert beaucoup de patience.



coco 07/12/2010 07:30



merci Isa, cela me fait du bien de te lire, tu as su mettre les mots qu'il fallait pour décrire la situation, j'ai travaillé sur la période 1 avec les livres conseillés pour le vivre ensemble ,
mais j'ai effectivement eu la sensation de survoler les choses,j'ai eu le tort peut-être de vouloir avancer à tout prix...satané calendrier, satanées progressions...Il faut que je change mon
regard sur ces enfants, en réponse à ta question, non il n'ya pas de meneur dans cette classe, ils s'approprient ce rôle à tour de rôle! A très bientôt



isa 07/12/2010 09:14



Alors, s'il n'y a pas de meneur, tu vas reprendre ce rôle dans le sens où ils ont besoin de ta sécurité et ta détermination. Pour moi, ceci est une bonne nouvelle, je
comprends qu'ils cherchent à te dire quelquechose collectivement, écoute les en les observant. N'hésite pas à revenir quand tu en as besoin.Bonne journée.



coco 06/12/2010 23:11



Bonjour Isa,


 


Je me décide à t’écrire, car j’ai vraiment besoin d ‘aide, je viens de relire ton article sur l’autorité,
espérant y trouver une réponse, sans succès.


J’enseigne depuis 17 ans, c’est ma 8ème année en maternelle et presque toujours des petites sections
.


Depuis la rentrée, je fais face à des élèves …qui ont le diable au corps et même si j’ai honte d’écrire cela,
je n’accroche pas avec cette classe, aucune écoute, aucun intérêt pour rien, ils ne tiennent pas en place…dès que j’ai le dos tourné, ils se jettent les uns sur les autres, se chamaillent ;
Le regroupement est un enfer, ils parlent sans arrêt et touchent tout ce qui reste encore à portée de leurs mains, (je ne peux qd même pas mettre le tableau à 2 m de hauteur), quand j’essaie de
les mettre en ateliers, ils n’arrivent pas à reconnaitre leur groupe, même avec les cartes…qu’ils ont délibérement tordues, coupées, abimées…et les jeux de construction se retrouvent plus sous
que sur la table, les crayons volent..


 


J’essaye de me souvenir, mais je ne vois pas ces enfants sourire, ou peut-être est-ce moi qui n’arrive pas à
me détendre, j’ai l’impression de ne rien contrôler, de faire la police sans arrêt, de répéter les choses dans le vide et pire que tout, je n’éprouve aucune empathie à l’égard de ces enfants qui
saccagent les livres et le matériel.


La seule chose qui marche à peu près, c’est quand ils sont dans l’imitation en EPS…


Je n’arrive pas à retrouver un second souffle, j’espérais que les vacances de Novembre m’aideraient à repartir
du bon pied, mais il n’en est rien, j’appréhende la suite et pour couronner le tout, j’attends une inspection cette année..


 


Le problème, c’est que contrairement à toutes les classes que j’ai connues, il n’y a pas quelques élèves
agités, mais un phénomène de groupe…, c’est comme si j’étais transparente….


J’ajoute que je travaille avec une ATSEM qui doit partir à la retraite cette année , usée est donc un mot bien
faible pour la qualifier…elle n’a plus le courage de dire quoi que ce soit et subit en râlant… et j’ai aussi la direction non déchargée de cette école !


 


 Merci de tes conseils


 


Co


 


 


 



isa 07/12/2010 00:29



Bonsoir Coco,


Je découvre ton commentaire en partant me coucher et ta profonde lassitude montre que ton appel est urgent. Les mots que tu emploies sont des signes de grand découragement. Je te réponds
avec empressement. Le bon signe est que tu cherches de l’aide , c’est donc que tu souhaites agir. Je t’envoie d’abord tout mon réconfort.


 


Tout ce que tu me décris est une accumulation de situations stressantes : phénomène collectif d’indiscipline, direction non déchargée, inspection en vue, atsem sur le départ. Ton
moyen de défense est la protection , tu rejettes ces élèves qui viennent te rappeler que ton rôle est d’enseigner quelques soient les conditions. Tu leur en veux de ne pas t’ « aider »
dans cette rude tâche  , comme parfois on a tendance à faire quand on ne sait plus comment s’y prendre avec les autres, on retourne les responsabilités. Tu as le sentiment qu’ils agissent
contre toi. Bref, ton regard sur eux est sévère et je te remercie d’oser le dire, c’est la preuve que tu sens bien qu’il y a de ce côté-là une solution possible. Si tu m’écris , c’est que tu me
lis et si tu me lis , tu sais combien je pense que ce sont les adultes qui ont le pouvoir de changer les choses, faut-il encore en avoir le désir ! Je pense que tu l’as , sinon , tu ne
prendrais pas la peine de chercher du soutien. Ta démarche est d’ailleurs la meilleure, parler , dire les choses telles qu’on les ressent est un moyen très fort pour aider au changement.


 


Tes conditions de travail sont les tiennes et personne ne peut savoir ce que tu vis, néanmoins, ce que je te conseillerai est de passer le temps qu’il faut à remettre du cadre. Inutile de
chercher à travailler si celui-ci est défaillant. C’est donc une période à consacrer à cela, en choisissant de travailler sur des livres et des thèmes qui évoquent le respect des régles, le
plaisir d’être ensemble et de partager la  vie collective, durant cette période , tes actions sont destinées à établir des règles avec eux, à vérifier leur compréhension de ces règles puis à
les faire respecter de manière inlassable, c’est à ce prix , à cet effort sans relâche que tu pourras commencer à mettre en place un travail construit et plus exigeant. Ces petits élèves ont peut
–être ( sûrement) besoin de plus de temps que les autres  pour intégrer la règle, accepte-le  . Tu me parles de phénomène collectif, y-a-t-il un meneur ? As-tu pris le temps
d’observer comment l’indiscipline émerge ? Comprends tu ce qui se passe ? Tu dis qu’ils aiment l’imitation, pourquoi ne pas utiliser ce stratagème ailleurs qu’en EPS, en regroupement,
il est facile de créer des situations d’imitation qui peuvent les incitent à rester tranquilles ( exemple : on dirait qu’on serait dans un bus et le chauffeur ne voudrait pas qu’on crie , ça
le dérange pour conduire …..). Par ailleurs, tu as besoin de retrouver de l’énergie ( ce fameux second souffle dont tu parles), c’est compliqué quand on est dans la tourmente, cependant il faut
se préserver, ta vie personnelle est une source dans laquelle puiser, le blog peut être un lieu pour venir chercher réconfort et respiration.


Voilà les premières idées qui me viennent , ce n’est pas suffisant et je voudrais te dire que tu n’as pas fait 17 ans d’enseignement pour qu’en une année, tu penses être incapable de
mener ta classe. C’est vrai qu’on a des classes plus ou moins difficiles, je pense qu’on est aussi différent d’une année à l’autre et une classe qui nous aurait semblé ardue peut nous sembler
impossible à un autre moment de notre vie. Ce sont tous ces paramètres qui entrent en ligne de compte. Mais ce qu’il ne faut pas oublier , c’est que tes petits élèves ne sont pas tes adversaires,
ils sont capables de changer, de s’améliorer dans leur capacité d’attention et de concentration, ils sont là pour apprendre, ils te laisseront peut-être un souvenir attendri à la fin de l’année
lorsqu’ils auront acquis une certaine maîtrise d’eux-mêmes. C’est ton accompagnement qu’il leur faut. Oui c’est difficile mais tu en as les qualités, et je suis certaine que tu peux les regarder
différemment.


Je suis à ton écoute et t’encourage dans ta recherche.Tu trouveras toujours ici l'aide que tu attends.



Béatrice 29/09/2010 20:46



Et puis je pense qu'il faut accepter ces moments où la classe semble partir en vrille sans s'auto-flageller ni se faire une nuit blache à tenter de comprendre le pourquoi du comment. Les
phénomènes de groupe sont complexes et un tout petit grain de sable peut faire dérailler le mécanisme. Si les structures sont mises en place, si les enfants savent où sont les limites, s'ils ont
confiance dans le regard exigeant mais compréhensif et aidant de l'adulte, et si l'enseignant ne se durcit pas devant la situation mais reste confiant dans le fait que la sérénité va revenir dans
la classe, ça revient...


Bon courage à tous et toutes pour ces passages à vide où on se demande ce qu'on fait là !



isa 29/09/2010 20:53



tu penses qu'il ne faut pas idéaliser notre travail ? c'est ça ?



Silvia 29/09/2010 13:36



Je trouve ton témoignage très touchant Béatrice, merci.


C'est vrai que les choses changent et heureusement! Parfois on est plus à l'aise avec des élèves d'un certain âge, parfois c'est un fonctionnement d'école qui nous facilite la tâche...


Et puis parfois il y a des "bas" même quand on a un peu d'expérience. Par exemple ça fait deux jours que les élèves de ma classe sont agités alors que j'avais passé une très bonne rentrée.


Ce qui importe c'est de rester constructif : qu'est ce qui n'allait pas? comment faire pour que ça aille mieux. ça rejoint le thème du (non) découragement qu'Isa va bientôt aborder.


A bientôt


Silvia



isa 29/09/2010 14:37



C'est parfois assez bizarre les aléas d'une classe, et puis tout rentre dans l'ordre sans que vraiment on est compris et pourtant il y a des micro-éléments qui agissent, en cherchant bien
parfois on les trouve.



Béatrice 28/09/2010 19:00



Merci Isa pour cet article sur un point si important de notre métier.


Pour mettre de l'eau à ton moulin et remonter le moral aux jeunes qui se sentiraient dépourvus d'autorité je vais raconter brièvement mon parcours.
Elève à l'Ecole Normale, je me trouvais en stage "en situation" et recevais la visite de notre prof de français. Le trac m'a fait perdre tous mes moyens (déjà faibles...) mais la matinée s'est
passée tant bien que mal. Pendant l'entretien qui a suivi, le prof me fait quelques remarques d'ordre pédagogique puis me dit que je n'ai pas d'"autorité naturelle" et que mes élèves le sentent.
Voilà, rien d'autre.
Ce jour-là j'ai décidé de démissionner puisqu'étant dépourvue de naissance de cette qualité incontournable pour le métier que je rêvais d'exercer.
On m'a convaincue de ne pas le faire, j'ai continuer à enseigner.
Cette anecdote s'est déroulée il y a maintenant 32 ans. Je n'ai pas fait de stage particulier mais il semble qu'une forme d'"autorité naturelle" se soit manifestée chez moi depuis... mes
supérieurs hiérarchiques se disent très satisfaits de mon travail.


Oui, quelque chose se construit en nous au fil des années, qui est une résultante de l'expérience professionnelle, du développement personnel, de la maturité, des échanges avec les
collègues, de la distance que l'on trouve par rapport au travail, de l'indulgence qu'on accepte de s'accorder, de la transformation du regard que l'on porte sur nos élèves... dont le
résultat peut s'appeler autorité, qui permet en tout cas de faire la classe plus sereinement tout en aidant les enfants au comportement difficile à trouver une façon d'être acceptable en classe.


Voilà, j'ai été longue, je ne sais pas si j'ai été claire. Mais ce professeur m'a fait tellement de mal ce jour-là que je souhaite que les jeunes ne se laissent pas démolir par des propos non
constructifs.



isa 28/09/2010 22:37



tu peux remercier "ON".



Clémence 26/09/2010 22:05



Que dire de plus Isa sinon "MERCI" pour ton blog qui m'encourage et m'aide aussi chaque jour comme la plupart de mes collègues dans ma pratique de
classe :)


A très vite



isa 26/09/2010 22:08



c'est gentil Clémence, je vais continuer.



Claudine 26/09/2010 20:37



Bonsoir,


Je vous remercie énormément pour cet article sur l'autorité qui vient éclairer mes préoccupations actuelles.


En effet, je suis une professeur stagiaire qui débute cette année et mon problème quotidien est d'imposer mon autorité et de gagner une légitimité auprès des élèves. Je me retrouve avec quelques
élèves que je n'arrive pas à contrôler et qui perturbent le bon déroulement des activités prévues.


Je pense porter en moi les valeurs sur lesquelles doivent se fonder l'autorité, mais je n'arrive pas à les exprimer aux élèves. S'agit-il là d'un problème de confiance en soi? Je pense que oui.
Je sais qu'il me faudra des années pour parvenir à gagner cette confiance, pourtant il me faut parvenir à maîtriser ma classe dès maintenant!


Pourtant, je garde un ferme espoir de parvenir à construire mon autorité car je sens que mes élèves ont besoin d'un cadre, et c'est d'autant plus vrai pour les élèves qui me posent le plus
problème : ils ont besoin de moi pour se créer des repères.


En attendant, ce blog m'aide énormément car les conseils me permettent de m'améliorer légèrement dans ma pratique à chaque fois. Merci encore pour ces précieux conseils!



isa 26/09/2010 21:30



bonsoir Claudine, c'est bien de témoigner et de dire ses difficultés, c'est déjà une étape que de les reconnaître , j'ai eu à accueillir dans ma classe de jeunes enseignants en
difficulté, sortis de leur classe pour prendre du recul et voir ailleurs, parfois j'étais surprise par le déni affiché et  par les arguments expliquant l'indiscipline observée, mon travail
était déjà de leur faire dire qu'ils étaient en difficulté. Pour vous, ce n'est pas une question de valeur, nous avons pour la plupart de nous l'idée de la nécessité d'une autorité contenante,
j'ai le sentiment en lisant votre première phrase "professeur stagiaire" que vous n'êtes pas non plus convaincue de votre légitimité. L'adulte c'est vous, la professionnelle c'est vous, vos
intentions sont d'enseigner et d'aider chacun de vos élèves, ne les regardez pas comme des adversaires , ne laissez pas penser qu'il y a une place à prendre, dés lors qu'on vous confie une classe
c'est qu'on pense que vous êtes légitime, ne vous dévalorisez pas. Vos élèves ont d'autres facettes à vous montrer, aidez les à les mettre en lumière. Je suis à vos côtés.



jacqueline 26/09/2010 13:09



bonjour ISA.


Je me décide enfin à te laisser un commentaire : merci pour ce blog si riche et si pertinant  je me retrouve bcp dans les commentaires et ta série d'articles .cela m'aide à garder le bon cap
car qques fois le découragement pointe son nez !


( sujet de ton procain article ! ) en ce moment nous essayons de revoir l'emploi du temps de l'asem et ce n'est pas facile .....vendredi ,elle n'est pas venue :dès que l'on tente d'apporter des
modifications elle se met en arrêt !!!


alors longue vie à ton blog : par internet tu touches des centaines de personnes : quelle efficacité      et    avec cette mise en réseau cela devient super !!!!! 
je me sens moins seule   


 encore mille mercis


  jcq



isa 26/09/2010 15:18



merci Jacqueline pour ton message. Je comprends bien que ta préoccupation actuelle est ton atsem et je t'encourage à avoir une bonne discussion avec elle pour connaître ce qui
est si difficile pour elle au point d'aller chez le médecin pour obtenir un arrêt de travail, l'emploi du temps est certainement un prétexte, il y a d'autres difficultés. Il serait intéressant et
même préférable de décider ensemble d'en parler , car le découragement dont tu parles trouve sûrement des éléments favorables dans cette relation complexe. 



AGATHA 26/09/2010 10:51



je suis tout à fait d'accord avec ce que tu as dis ... j'ajouterai s'il était besoin que l'autorité s'acquiert aussi avec l'expérience (qui nous donne confiance en soi) même si c'est un
grand mot c est une réalité !


Encore MERCI pour ton site que je consulte quotidiennement et qui me conforte dans ma pratique de classe et donc dans ma confiance en moi



isa 26/09/2010 12:07



coucou Agatha ( ma nièce virtuelle), oui , l'expérience aide et c'est en ça que je dis que l'autorité s'apprend, mais il ne faut pas croire qu'en débutant on en est forcément
dépourvu.


Je suis enchantée de contribuer à ta confiance en toi, cela rejoint ma devise: " Je suis un maître qui n'a rien à vous apprendre mais je vais créer le climat optimum pour la création" (
citation de Jiro Yoshihara)



eve 26/09/2010 10:16



Mëme si je n'ai pas toujours le temps de faire un signe ,je vais souvent jeter un regard plein d'admiration sur ton site ,Isa.Je suis totalement en accord avec ton article et je vais en faire
part à mes collègues (je suis directrice) car tu as su mettre des mots très simples et très justes sur ce que je fais dans ma classe mais qui n'est pas toujours facile à faire partager.Je tiens à
ajouter que mes années en pS (après un long parcours du CM à ici) m'ont beaucoup appris sur "l'autorité de l'enseignant".C'est un âge où rien n'est évident et où tu dois sans cesse réfléchir à
tes actes et tes attitudes envers ces petits en devenir.Merci pour ton blog qui aide tant de collègues ...dont moi!



isa 26/09/2010 12:01



oui Eve, c'est quelquefois compliqué de dire les choses simplement. C'est trés intéressant de vouloir partager avec ses collègues des convictions, j'espère que cela vous aménera à
discuter sur vos points de divergence ( s'il y en a) ou même d'évoquer des situations pénibles qu'on n'ose pas toujours aborder ayant une certaine crainte d'être considéré comme incompétent. Et
ta remarque sur l'autorité avec des petits est tout à fait pertinente, j'ai toujours pensé que celui qui y parvient avec des 3 ans saura le faire avec des élèves plus âgés.