travailler sur des œuvres d'artistes, j'hésite ....

Publié le par isa

rothko f

 

Suite à l’enquête de satisfaction n°5, je continue mes petits articles très concrets sur les incontournables outils pédagogiques que je développe sur le blog, à savoir :

 

Aujourd’hui, je vais m’attarder à nouveau sur l’utilisation des œuvres d’artistes pour travailler dans le domaine Percevoir, sentir, imaginer, créer. Je ne reviens pas sur l’intérêt général que vous retrouvez dans la série d’articles sur mes 5 piliers pédagogiques et notamment celui intitulé S’appuyer sur la culture quotidiennement.

 

Je veux plutôt expliquer une manière de faire avec les artistes dans notre pratique quotidienne d’enseignement, je dis une manière parce qu’il en existe d’autres, et chacun a le choix de suivre celle qui lui correspond le mieux.

 

Utiliser une ou des œuvres d’artiste :

 

Avec quoi ?

J’ai déjà écrit un article sur la façon de se procurer des reproductions d’artistes, à lire ICI. Je veux la compléter parce que les artothèques se sont multipliées et que travailler avec une vraie œuvre est tout de même l’ultime perfection. Evidemment, je serais bien étonnée que vous puissiez travailler à partir d’un Rothko original ( et si c’était le cas, appelez moi aussitôt, je fais le voyage…) mais il existe des artistes locaux qui sont de très beaux inspirateurs ( je pense à fpC et à Catherine Boutten ). Il ne faut donc pas négliger cette piste.

Il y a aussi la possibilité comme l’ont dit certains d’entre vous de présenter l’œuvre ou les œuvres à partir d’un ordinateur, dans un plan plus large que certaines reproductions sur papier et dans le respect de l’environnement, cependant parfois l’élève aura besoin de l’avoir sous les yeux de manière presque individuelle.

Des diaporamas peuvent aussi tourner pour permettre aux élèves de revenir sur l’observation et l’appréciation du travail de l’artiste.

 

Où ?

Assurément au coin peinture mais pas uniquement, peindre à l’extérieur peut s’avérer nécessaire (exemple : Pollock et ses projections) mais aussi expérimental pour se mettre dans les conditions de certains peintres.

Le choix du couloir peut également permettre un travail collectif qui prend beaucoup de place.

Peindre sur les vitres de la classe est une autre manière d’exposer son travail et plait beaucoup aux petits parce que les copains viennent admirer, commenter, interroger durant la récréation.

Parfois le plan horizontal s’adapte mieux à la tâche à accomplir, et quitter le plan vertical permet aussi d’explorer un autre rapport à l’espace.

 

Quand ?

Comme je l’indique dans mon article pilier, il s’agit pour moi d’une rencontre quotidienne, il me semble important d’avoir ce rapport au beau, à l’imaginaire, à la création de manière répétitive et ritualisée. Cette ouverture artistique est un formidable moteur à la créativité, lorsque vous me parlez des phénomènes d’engouement pour tel ou tel artiste, je revis ce que j’ai connu avec mes petits élèves. Vous vous apercevez de la merveilleuse sensibilité de vos élèves à l’art, l’émotion ressentie est féconde. Il faut dire que les enfants sont des philosophes et qu’ils traduisent sensoriellement leurs observations, et l’art abstrait par son contenu archaïque fait caisse de résonnance auprès des petits. Il est donc important de leur donner à voir et à créer tous les jours pour entretenir ce pouvoir, cet espace d’expression relayé par le passage chez les artistes.

 

Comment ?

Plusieurs approches sont possibles, je vais décrire celle que j’utilisais majoritairement : le petit groupe d’élèves qui a choisi de venir peindre (ou autre actions plastiques) est réuni devant la reproduction. Pendant que l'enseignant va de groupe en groupe pour donner les consignes ou aider à les formuler, les élèves observent ensemble la reproduction voire les reproductions soit la même en plusieurs fois soit différentes du même artiste. Ce temps d’imprégnation est important car il faut toujours laisser les élèves contempler sans forcément dire ou demander d’emblée ce qui est à faire afin de développer  l’observation et évidemment la curiosité puisqu’au fil des mois ,les élèves comprennent qu’ils vont travailler avec cet artiste.

L’enseignant le présente en donnant son nom, j’ai toujours privilégié le Mr  Zitko ou Mme Kusama pour donner une forme de réalité à cette personne. La photographie de l’artiste est également un moyen de personnification. Ensuite, s’ensuit la démarche visée. Ainsi avec les petits élèves, deux directions principales sont envisagées:

L’objectif technique : explorer des gestes, des outils, des matériaux, des supports.

L’objectif plastique : développer la perception des formes, des graphismes, des couleurs, des compositions.

L’enseignant peut aborder un de ces objectifs en suggérant un problème à résoudre (choisis l’outil qui te permet de remplir toute la feuille facilement) mais il peut aussi être directif et demander d’explorer le geste de l’artiste par exemple.

Quoi qu’il en soit, la démarche n’est pas de faire une reproduction de l’œuvre à l’identique mais d’apporter un support à l’expression.

D’autre part, je pense qu’il est important durant une séance d’art visuel de ne pas trop parler, l’élève a entendu la demande, il y répond mais il y répond avec sa sensibilité et son interprétation. Il est important qu’il l’exprime et que celles-ci ne soient pas sans cesse interrompues par le discours de l’adulte qui guide et influe. Contrairement aux autres activités où le langage est prépondérant, durant ce type d’activité, je conseille de privilégier l’expression artistique dont le regard et le geste sont principaux.

Le critère de réussite (selon moi pour l’enseignant) est quand il obtient des réalisations très personnalisées ayant pour autant répondu à la demande.

La partie langagière se situe soit en fin de séance pour observer et commenter ce qui a été fait ( ex : « alors est-ce que tu peux me dire quel est l’outil qui permet de peindre toute la feuille facilement ? explique moi ») soit en fin de journée au moment du bilan ,il peut être choisi de demander à un élève de commenter son travail , d’expliquer comment il a procédé, ce qui lui a plu…. , soit en fin de semaine à l’aide du cahier de liaison où l’image de l’œuvre a été collée et qui permet à l’élève de revenir sur son travail , sur ce qu’il a appris.

J’ai décrit la démarche qui place l’œuvre de l’artiste comme point de départ à la tâche, mais il est possible aussi de travailler un geste, un outil, des formes puis de présenter un artiste qui pratique le même type d’écriture artistique. L’ouverture culturelle est protéiforme.

Dans le comment, j’aimerais aussi dire combien votre propre curiosité aura un effet sur vos petits élèves. Aborder des artistes, c’est aller à leur rencontre, c’est entrer dans leur univers où le visible touche à l’invisible. Je pense que les petits élèves perçoivent parfois mieux que nous l’invisible et c’est pourquoi ils sont si sensibles aux œuvres. Chercher à en savoir plus (sans y passer trop d’heures tout de même) sur l’artiste devrait être une démarche professionnelle parce que dans cette compréhension de l’être, il y a une meilleure approche de l’œuvre présentée aux élèves, ils ressentiront votre intérêt et vous en sauront gré.

Exemple : Autoportrait à l’oreille bandée de Van Gogh, un homme qui aurait aimé faire une peinture que l’on puisse entendre. Car son idéal, ce n’était pas la peinture mais la musique.( Pourquoi ces chefs-d’œuvre sont-ils des chefs-d’œuvre ? JP Winter)

 

J’ai encore sûrement oublié certaines réponses, je compte sur vous pour me poser les questions.

 

 

 

 

 

Publié dans la salle des maîtres

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Edith 05/10/2013 17:01


Moi aussi, les artistes ont fait leur entrée dans la pratique de ma classe, de manière un peu plus structurée qu'auparavant, même si je ne pratique pas encore comme je vois certaines le faire sur
le blog...ca va venir.


En ce moment mon travail axé sur "les formes et les grandeurs" m'a fait démarrer, en arts visuels, par les ronds et aussi les gestes qui tournent. J'ai utilisé les reproductions qui
sont sur ton Pinterest Isa (et d'autres de mon choix) Je voulais présenter à mes MS/GS à la fois des oeuvres peintes, dessinées ou photographiées pour qu'ils commencent à les
différencier, à émettre des hypothèses sur la manière de faire, sur le matériel utilisé.


Nous cotoyons donc en ce moment beaucoup de reproductions. Certaines, pérennes dans ma classe, imprimées et plastifiées depuis quelques années. D'autres visionnées sur l'écran de mon
ordinateur . Et j'ai le projet de faire réaliser aux enfants un musée personnel où chacun conserverait les reproductions qui lui plaisent pour une consultation plus aisée et un début de
culture artisitique individuelle (sur tablette numérique)

vihyko 05/10/2013 14:15


moi j'ai toujours été beaucoup branché ART et j'aime patouiller avec mes élèves. je suis souvent frustrée d'ailleurs de déléguer l'atelier peinture à mon ATSEM car souvent mon idée de départ s'y
perd car mon ATSEM ( génialissime pour plein de choses ) privilégie trop souvent le résultat à la démarche et du coup les guide beaucoup.


ce que j'aime aussi c'est faire découvrir des artistes aux parents ! je me souviens de deux mamans qui avait recherché le travail de natasha WESCOAT sur le net quand j'ai affiché la fiche lexique
au mur !


je ne suis en général pas copine avec le figuratif, raison pour laquelle je te suis souvent dans tes choix isa car ç'est le royaume de la patouille !!

isa 05/10/2013 15:02



je vois qu'elle a un grand succés dans les écoles ( Wescoat), tant mieux que les artistes soient des bons insufleurs de création pour les élèves.



Emilie44 03/10/2013 19:02


Oui, c'est vraiment une démarche très intéressante. Je n'abordais pas du tout les activités artistiques de cette façon avant, mais maintenant je suis complètement à
l'aise avec cette démarche.