tribune libre: une expérience de suppression du goûter

Publié le par isa

TRIBUNE LIBRE
AUTEUR DE L'ARTICLE: CHRISTINE

 

Et voilà que le sujet du goûter réapparaît, c' est d'ailleurs grâce à lui que j' avais à l' époque découvert ton blog et embarqué mon équipe dans sa nouvelle aventure ! Il est donc temps pour moi de faire part de notre vécu  puisque cela semble rester une préoccupation importante dans certaines écoles. Cela m' avait aussi beaucoup aidé de savoir comment les autres s' y prenaient sachant bien évidemment que chaque cas est particulier.

 

Une expérience

de suppression du goûter

dans une école maternelle à 6 classes

 

 

Cette question du goûter m’intéresse beaucoup. L’hygiène alimentaire est un point fort de notre projet d’école intitulé « mieux communiquer autour d’un projet sur l’alimentation » et nous avons sauté le pas de la suppression du goûter, tel qu’il se pratiquait auparavant, il y a deux ans.

Je peux donc vous proposer un résumé du vécu de notre situation particulière.

 

 

Notre réflexion et cheminement de départ :

 

Constat :

- horaire de l’école le matin : 8h20 -11h35

- heure habituelle de la prise du goûter en classe : entre 10h et 10h30

- composition des goûters (après enquête menée auprès des classes pendant 15 jours en vue d’apporter de l’eau à notre moulin !) :

  1. 86 % de goûters industriels (goûters conditionnés avec emballage et achetés au supermarché
  2. 8 % de viennoiseries achetées en boulangerie
  3. 6% de goûters « équilibrés » fait maison (morceaux de fruit frais, tartine de fromage, le tout dans une boîte en plastique réutilisable)

- quartier défavorisé

 

 

Commentaires :

 

-          Les horaires du matin proposent un temps de présence de 3h15, sachant que le temps de l’accueil dure  de 20 à 30 minutes cela peut laisser le temps à ceux qui ne travaillent pas de laisser l’enfant petit-déjeuner à son rythme. Dans notre école nous avons la chance d’avoir un service de restauration scolaire aménagé dans les locaux et qui peut prendre en charge les élèves immédiatement après la classe ils mangent donc au plus tard à 12h.

 

-          L’heure de la prise de goûter était trop tardive et coupait l’appétit de certain petit gourmand capable d’avaler un petit pain entier à 10h30. Le repas de midi, généralement plus équilibré était donc régulièrement  boudé.

 

 

-          composition des goûters :

1.      goûters industriels :  problème des déchets (trop d’emballages, produits contenant beaucoup trop de sucre, de graisse (huile de palme), des conservateurs et des colorants de synthèse,…)

2.      viennoiserie achetées en boulangerie : part souvent trop grosse (on en jette souvent la moitié), trop sucrée et trop grasse

3.      goûters « équilibrés » fait maison : idéal et existant mais beaucoup trop rare dans les petits sacs des élèves !

 

- quartier défavorisé : beaucoup de familles de primo-arrivants ou d’origine étrangère dont les parents ne maîtrisent pas le français, également beaucoup de familles touchées par le chômage

 

 

 

Bien sûr nous avons proposé différents types de fonctionnement des goûters :

 

1.      Un jour = un groupe d’aliment (ex.  lundi = fruits) idéal, malheureusement tous les parents ne suivent pas la règle ou oublient et pénalisent ainsi, sans s’en rendre compte, leurs enfants qui eux voient bien qu’ils n’ont pas comme les autres.

2.      La maîtresse compose et prépare un menu sur un mois, les parents s’inscrivent et apportent le jour même les quantités demandées (ex : lundi 3 mars : 5 pommes et 50 madeleines, mardi 4 mars : un boîte de fromage à tartiner et 2 baguettes…) dans ce cas le principal problème n’est pas tant les « oublis » ou « absences «  des parents le jour dit mais bien l’hygiène alimentaire : comment en effet s’assurer que les conditions de conservation des produits demandés soit respectées ? (le parent a-t-il bien mis les 28 yaourts dans son frigo déjà plein et pas sur son pallier ou son balcon ?)

3.      La maîtresse demande l’argent aux parents et gère tout ….. J …..pour les motivées et les courageuses.

4.      etc.

 

Toutes les formules testées avaient bien évidemment des avantages mais aussi des inconvénients et,  au final, l’organisation de ce fameux goûter prenait aussi pas mal de temps (tiens, Isa, encore une histoire de gestion du temps...) sans parler de la ½ heure que cela prenait dans l’emploi du temps d’une matinée déjà courte.

 

 

Proposition et décision au terme de ce constat (toujours pour le cas particulier de notre école) :

- suppression du goûter du matin

 

- expliquer aux parents l’importance du petit- déjeuner systématiquement au moment de l’inscription, en réunion de début d’année, en distribuant une plaquette d’information (allez voir sur le site : www.nutritionenfantaquitaine.fr) et avec l’aide de l’infirmière scolaire qui avait gentiment proposé, la première année, d’effectuer une permanence, un jour par semaine, à l’école, le matin pendant l’accueil pour rencontrer les familles de façon informelle, discuter avec elles les informer et le rassurer si besoin.

 

- Goûter remplacé par un complément au petit déjeuner équilibré, pendant le temps de l’accueil (donc jusqu’à 8h50) pour ceux qui auraient peu ou pas petit-déjeuner ou pour ceux qui auraient encore faim car levé très tôt.

 

- Ce complément se présente sous la forme de pain frais livré par le boulanger du quartier tous les matins (cela fût facile car il livre également la cantine) et des fruits frais de saison (origine : parents ou enseignants à tour de rôle), de temps en temps du fromage à tartiner ou des confitures que nous avons confectionnées à l’école.

 

- Quantité consommée par classe et par jour : 1 baguette et 2 à 4 fruits selon la taille, coupés en morceaux.

 

- Temps de préparation : 3 minutes pour peler 2 pommes et les couper en morceaux sur une assiette.

 

- Les parents peuvent aussi, s’ils le souhaitent ,apporter un yaourt ou un petit suisse ou encore un petit sandwich maison mais pas de gâteaux ou sucrerie industrielle.

 

- participation très modeste des familles à hauteur de 2 € par enfant pour toute une période (entre deux congés scolaires)

 

- une fois par période préparation d’un grand « goûter collectif » sur un thème travaillé par toute l’école : chaque classe choisit une recette, puis le jour dit, on met tout en commun, chaque classe explique aux autres ce qu’elle a préparé puis on partage et on goûte à tout, remarque : ce jour là les enfants n’auront pas faim à midi !

 

 Exemples  de cette année :

 

Période 1 : les fruits d’automne (compote, salade de fruits, pâte de fruit, tarte, confiture…

Période 2 : les soupes (poireaux pommes de terre, aux vermicelles, etc.)

Période 3 : les pains (blanc, aux graines, de mie, aux céréales, pains d’autres pays…)

Période 4 : le chocolat (recettes et dégustation à base de chocolat noir, blanc, au lait, amer, …)

Période 5 : les couleurs (chaque classe choisit une ou deux couleurs puis fait une recherche

sur les aliments existants dans la couleur donnée, puis élabore une liste de produits à apporter par les parents le jour J.

 

Ex : liste couleur jaune :

 

Liste des produits à apporter pour le   /    /

Parent 1

Parent 2

3 bananes

 

 

1 Tranche  d’emmental

 

 

3 citrons

 

 

3 poires

 

 

Un saladier de flan vanille ou citron

 

 

Une bouteille de sirop de citron

 

 

Un pot de moutarde

 

 

Etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les parents viennent ensuite aider à l’installation sur les tables recouvertes de nappes (faites par les enfants) de la couleur correspondante,

 

-          enfin, une prise de boisson (eau) est prévue chaque matin en général juste après la récréation.

 

 

Réaction des parents :

 

 Clairement, il y a eu des réactions, certes minoritaires, mais vives, mais uniquement de la part de parents d’enfants déjà scolarisés car déjà habitués au système du goûter.  Pour les parents des futurs élèves, une fois nos arguments développés lors de l’inscription (c’est sûr qu’il faut prendre un peu plus de temps à ce moment-là) cela a été très bien accueilli, certains précisaient même qu’à la crèche ils fonctionnaient comme nous (Merci la crèche !).

A la rentrée de septembre il y a donc eu quelques résistances manifestées par des gâteaux glissés dans la poche des enfant « pour la récré »  ou encore des parents se précipitant sur leur enfant à 11h35 avec un air de martyr et gros petit pain ou un gâteau du commerce sucré… juste avant de passer à table. C’est peu dire que ces quelques familles ont vite été repérées et orientées vers l’infirmière scolaire et l’enseignante pour calmer les inquiétudes, expliquer et rétablir la confiance.

Les choses ne se sont pas réglées en un jour, mais à Noël il n’y avait plus de goûter glissé dans les poches et des parents reconnaissant venaient nous dire qu’ils se rendaient compte à quel point les enfants mangeaient mieux à midi.

A la rentrée suivante les résistances avaient complètement disparues.

 

Bilan :

 

Extrêmement positif à tous les niveaux attention toujours dans le cas précis de notre école :

 

-          Pour les enfants : prise d’aliments équilibrés, en fonction de sa faim et loin du repas de midi,

-          Pour l’environnement : plus du tout de déchet de papier d’emballage, de plus comme nous avons aussi un potager (pour cultiver nous même, quelques fruits et légumes à consommer lors des goûters collectifs) les déchets d’épluchures des fruits vont au compost que nous avons mis en place à l’école cette année. (mais cela est une autre histoire, tout aussi passionnante, avec une très bonne participation des parents)

-          Pour l’emploi du temps de classe : cela libère un créneau supplémentaire pour des ateliers de langage, cela a également immense intérêt de libérer les ATSEM de la corvée de préparation et de nettoyage des classes et de les avoir donc à disposition des enfants toute la matinée.

-          Le fait de supprimer le goûter ne nous empêche pas de travailler hygiène et l’ alimentation . C’est même le contraire nous travaillons ces domaines beaucoup plus à travers l’hygiène, les produits, les recettes, les partages et la communication entre les enfants de la classe, entre les classes, entre l’école et les parents, entre les écoles et crèches du quartier,…

 

Bref toute l’équipe se félicite des changements opérés, les parents sont tous rassurés, les enfants ne montrent pas plus de signes de fatigue en fin de matinée qu’auparavant. Les parents ont bien compris le fonctionnement et n’hésitent pas à nous signaler si l’enfant n’a pas petit-déjeuner et nous veillons à ce qu’il ne reste pas le ventre vide jusqu’à midi.

Tout n’est pas pour autant parfait : ainsi nous cherchons à nous faire livrer par une ferme pratiquant l’agriculture biologique locale des fruits de saison mais la gestion des quantités s’avère compliquée compte tenu des semaines tronquées pour cause de pont, de jours fériés, de vacances, d’absence d’enseignants, etc. et si en automne nous croûlons sous les fruits de jardin offerts par les parents et grands-parents, au printemps les fruits de saisons sont plus rares, plus chers et pas toujours d’origine locale (fraises) !

 

 

Voici donc notre modeste témoignage, qui je l’espère, apportera un éclairage nouveau à certaines d’équipes qui souhaitent tenter l’expérience.

 

Christine F.


Publié dans tribune libre

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aurélie 20/05/2010 16:55



bonsoir,


je suis bien contente de voir qu'il y a certains départements qui ont pris les devants et que certaines collègues pensent comme moi que le gôuter à proprement parler n'a plus sa place à l'école
maternelle. En effet, en lorraine / alsace, ce n'est pas encore le cas ... que de pbs engendrés comme vous l'avez soulignés !


Je prends donc bonne note de tte votre petite étude en espèrant avoir plus d'arguments de poids pour faire adhérer les dernières récalcitrants et collègues de ma promo en lorraine !


Merci, aurélie



monique 19/05/2010 21:39



les gouters sont depuis longtemps interdits par l'inspection académique de loire atlantique, je ne pensais même pas que cela puisse encore exister!


Par contre, la mairie de Nantes propose du lait bio aux enfants. Cela nous permet de faire une petite coupure dans la matinée (que les enfants aiment bien car elle est conviviale) et cela
permet aux enfants qui ne mangent pas à la cantine de s'assoir autour d'une table avec les autres enfants de la classe.


Nous avons notre petit rituel:


En revenant de la motricité, nous nous asseyons: un enfant par table est chargé de la distribution des verres (mathématiques!!!) et croyez moi, ce n'est pas évident au début !Nous donnons le
choix de boire un verre de lait ou de l'eau (langage surtout en début d'année, cela oblige les enfants timides à parler). Au début de l'année, c'est moi qui sert avec la question : "que veux-tu
boire ?"


A partir de Noël, les enfants apprennent à se servir tout seul (grande fierté pour tous) , à partager, à passer le pichet au voisin, à s'adresser à l'autre pour demander: gros travail sur le
vivre ensemble !


Je ne considère pas ce moment comme du temps perdu et ma petite progression est très enrichissante (je ne donne pas toujours le bon nombre de verres à celui qui distribue et observe comment
il gère le problème: très instructif ).


Une fois par mois, nous goûtons un fruit  et nous faisons le gâteau d'anniversaire du mois avec ce fruit, j'essaie de proposer des fruits un peu exotiques.


Toute l'école fonctionne ainsi et nous sommes très contentes de ce système bon compromis à notre avis entre le gros goûter et rien du tout.


 



isa 20/05/2010 08:50



merci Monique de ton récit détaillé et qui complète celui de Christine en apportant une autre pratique.



Béatrice 19/05/2010 19:43



Dans notre école (Bouches-du -Rhône, quartier favorisé) les collations ont aussi été arrêtées net il y a 3 ans me semble-t-il.
Les craintes des quelques parents se sont vites calmées car tout le monde s'est rendu compte que les enfants allaient très très bien !


Merci pour ce témoignage étayé.



isa 20/05/2010 08:49



effectivement, des décisions qui varient d'un département à l'autre, nous comprenons pourquoi les changements demandent du temps.



Sev 19/05/2010 18:30



merci Christine pour ce témoignage car j'en avais bien besoin dans le cadre de mon école.



Cognon Marie-christine 19/05/2010 18:21



Les collations  du matin sont depuis "belle lurette" "interdites" dans l'académie du Nord- Pas de Calais ... A la limite autorisées en REP...mais le produit laitier (seulement) est pris dès
l'arrivée de l'enfant...afin qu'il soit digéré totalement  à  midi !



isa 20/05/2010 08:47



et bien voilà qui montre que partout ce n'est pas pareil.