tribune libre: une observation d'élève chez Silvia

Publié le par isa

TRIBUNE LIBRE
AUTEUR DE L'ARTICLE: SILVIA

 

Ilyes

 

 

Introduction :

J'ai choisi cet élève pour ma première séance d'observation, avec comme objectif de l'aider à gérer l'agressivité qu'il manifeste envers les autres enfants, notamment pendant la récréation.

 

Au début de l'année Ilyes frappe beaucoup. Beaucoup d'élèves se plaignent de lui pendant la récréation surtout mais aussi en classe.
En classe il lui arrive assez souvent de frapper. Pendant la récréation il frappe mais aussi pousse , prend les affaires aux autres .

 

J'avais déjà noté que son comportement s'était nettement amélioré en classe (depuis environ la rentrée de Toussaint). Il ne frappe quasiment plus, plus du tout même depuis la rentrée de janvier.

J'ai également noté qu'il me sollicitait plus , surtout justement lorsque les règles ne sont pas respectées, il vient me le signifier. Je dis "signifier " car Ilyes ne parle pas . Il émet des sons lorsque quelque chose le gêne et me tire la manche pour me montrer.

A la maison non plus il ne parle pas. Sa mère (qui vit seule avec ses enfants) est non francophone mais parle un français correct et parle en français à ses enfants.

Cependant Ilyes comprend bien les consignes. Il reconnaît son prénom et réussit la plupart des exercices. Il a souvent du mal a accepter la contrainte du travail de son groupe et cherche vite à changer pour aller vers l'atelier qui l'intéresse.

 

Voilà donc le bilan de cette première séance de vingt cinq minutes :

 

Relation aux autres enfants :

Répond positivement à toutes les demandes des autres enfants : donne quand on lui demande de donner (1fois) , montre quand on lui demande de montrer (1fois), prend ce qu'on lui tend (1fois).

Quand un élève veut lui prendre des mains, il ne répond pas par la violence mais me regarde comme pour me demander de l'aide. Il ne manifeste aucun geste d'agressivité pendant toute la séance.

Le plus marquant cependant est la rareté des interactions. Seules 3 interactions (de quelques secondes) sur une séance de 25 minutes. A la fin de la séance j'ai ainsi l'impression qu'Ilyes est toujours seul.

 

Relation à l'adulte :

Ilyes ne me regarde quasiment jamais. Cependant quand il a besoin d'aide (on veut lui prendre le ballon avec lequel il joue) il se tourne vers moi.

 

Relation au matériel :
Pas mal d'essais assez diversifiés. Garde un objet un petit moment (une ou deux minutes) puis change.

 

Relation à l'espace :

Investit toute la cour. Court beaucoup. Rien à signaler me semble t'il.

 

Je rajouterai la catégorie "Humeur" :

Ilyès a un visage très "fermé" pendant toute la séance. Il sourit très furtivement à une seule reprise.

 

 

Conclusion :

Cette observation m'a permis de complètement changer mon regard sur Ilyes. Alors que je pensais qu'il avait des rapports plutôt agressifs envers les autres, je me rends compte que ce n'est pas le cas, en tout cas dans une situation avec peu d'élèves (contrairement à la récréation) , avec beaucoup de matériel (contrairement à la récréation également).

En réalité Ilyes a répondu favorablement aux demandes faites par les autres (prêt du matériel notamment) et lorsqu'il a été "agressé", il n'a pas répondu par la violence mais s'est tourné vers moi pour demander de l'aide.

Ce qui me semble le plus marquant c'est qu'Ilyes entre très peu en contact lors de toute la séance avec les autres . Il ne parle pas (ça je le savais) et personne ne lui parle (ça je n'en avais pas conscience). Il y a cependant une élève qui lui tend un objet mais c'est peu sur une séance de 25 minutes...

On peut donc faire l'hypothèse qu'en récréation , sans matériel et sans interaction, il finit par s'ennuyer ce qui explique qu'il rentre alors en contact avec les autres de manière agressive.

Ma problématique est donc la suivante :

Comment aider Ilyes à être en interaction avec les autres, amener les autres vers lui et lui permettre d'aller vers les autres ?

Ma première piste est le langage. Si je considérais déjà Ilyes comme prioritaire sur ce plan, cette séance m'incite à me refocaliser d'urgence sur ce point.

 

Y at 'il d'autres pistes pour l'aider à développer sa sociabilité?

 

Merci par avance aux blogueur(se) s et merci merci merci à Isa. Tu avais raison, c'est passionnant comme séance . Cela permet de prendre beaucoup de recul, de mieux comprendre un élève et de faire émerger des questions auxquelles on n'avait pas pris le temps de penser. Et puis peut-être sur le long terme d'arriver à plus se "centrer" et moins "papillonner" du regard...

 


 

 

 

 

 

 

Publié dans les élèves

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Anne-Sophie 21/01/2010 14:47


J'ai une question concernant les séances d'observation. Est-ce nécessaire de les faire pour des enfants qui ne posent "à priori" pas de problème?


isa 21/01/2010 17:01


oui, car il y a toujours des choses à apprendre et c'est important de bien connaître chacun. De plus parfois certains enfants ont l'art de se faire oublier, et c'est vrai , il ne pose pas de
problème mais quelquefois il est bon de les aider à sortir de ce comportement. Mais bien évidemment, je conseille toujours de commencer par les difficultés.


Marionnette 21/01/2010 06:52


Je réagis Isa car à ma première inspection en maternelle , j'avais donné la main à un p'tit loulou comme ça... l'inspecteur me l'avait reproché en me disant que vis à vis des autres enfants , ça ne
se faisait pas de donner la main à "un vilain" ...(sic)Et aujourd'hui se repose la même question pour moi , en EPS , j'en ai encore 3/4 qui craignent de marcher sur le meuble , de sauter ,
naturellement , je donne la main ... , il parait que l'inspectrice n'aime pas ça ... alors comment faire avec mes loulous craintifs (certains ne
veulent même pas monter sur la chaise) ???


isa 21/01/2010 08:15


Marionnette, ça me choque profondément  ce que tu me rapportes, je suis décontenancée par de tels propos, comment peut-on dire des choses pareilles et j'avoue que ce monsieur n'a jamais dû
surveiller une récréation de sa vie. Que préconise-t-il ? Le banniment . Ce que j'ai constaté en 30 ans de carrière, c'est que tous ceux qui étaient mis à l'écart ( dans le bureau de la directrice
ou planté dans la cour) recommençaient dés la première occasion parce qu'ils n'avaient pas eu la possibilité de revenir sur leur geste, leur comportement. Je ne dis pas qu'il ne faut jamais
sanctionner, j'ai d'ailleurs fait l'éloge de la chaise à réfléchir. Je parle dans la cour de récréation, c 'est à dire un lieu potentiellement agressif où il faut trouver comment apaiser. Ma façon
de faire n'est peut être pas la meilleure mais c'était la mienne et à la différence de ce monsieur, je n'ai jamais considéré les élèves comme des "vilains", mais plutôt comme des personnes qui
n'ont pas encore la capacité à contrôler leurs désirs en l'occurrence désir de faire mal. Pour ton problème de main en parcours d'EPS, c'est autre chose, il s'agit d'accompagnement, j'ai toujours
donné la main à ceux qui étaient en difficulté, ce qu'il faut c'est les inciter à lâcher quand tu sens qu'ils le peuvent, ça se voit facilement. Et si l'inspectrice te fait une remarque sur cela ,
tu peux lui répondre qu'il s'agit d'une aide individualisée comme celle que tu donnes le matin ( ou le soir, je ne sais pas quand tu fais le soutien). Par contre, si tu as les 3/4 qui ont besoin
d'aide , alors il faut revoir à la baisse les ateliers, cela veut dire qu'ils ont besoin d'une étape intermédiaire, il faut simplifier. Courage Marionnette et continue à leur donner la main ,
symboliquement c'est formidable et cela veut beaucoup dire sur ta façon d'être.


guilaine 20/01/2010 22:36


Oui oui c'est tout à fait ça, tu sais trouver les mots et tu parles en notre nom aussi! Comme il n'a pas les mots on les dit à sa place et peut-être qu'à force de les répéter il dira la même chose
que nous et c'est pour ça que nos enfants-élèves sont aussi notre propre reflet. Nous sommes des exemples et devons leur donner les ficelles du langage et du savoir-être par la même occasion. Sur
ces bons mots bonne nuit à tou(te)s!


Guilaine 20/01/2010 20:52



En parler tout de suite avec les enfants concernés, essayer de démêler d'où viennent les tensions et puisqu'il comprend ce qu'on lui dit de toujours venir voir un adulte quand ça ne va pas.
Après, on peut aussi en parler en classe avec support d'images ou de livres et demander directement aux autres enfants ce que l'on pourrait faire pour que ça aille meiux. Ils ont souvent les
réponses eux-mêmes. Voilà, je n'ai pas de ficelles miracles mais c'est comme ça que j'essaie de faire.



isa 20/01/2010 22:11


Oui Guilaine, il est important de leur dire que les adultes sont là pour les protéger.
Lorsque je surveillais la récréation ( honnêtement c'est ce que j'aimais le moins dans mon métier, mais il fallait le faire), et que j'intervenais auprès d' un enfant agressif, je lui demandais
toujours: " Tu dois vraiment être  en colère pour te fâcher ainsi, raconte moi ce qui te mets en colère", Je le prenais par la main et nous marchions ensemble, on se parlait puis je lui
demandais si quelqu'un lui avait donné les règles de la cour, si oui il me répétait qu'il ne faut pas faire mal aux autres et je lui disais :" tu le savais mais tu n'as pas réussi à te contrôler,
ça s'apprend aussi, tu vas y arriver", si non , je lui donnais les règles en lui demandant de bien s'en souvenir. J'ai toujours pratiqué la technique de "on se donne la main puisque tu n'arrives
pas à te contrôler, tu as donc besoin de moi, tu vas rester un peu et quand je sentirais que tu t'es calmé, je te laisserai retourner jouer". La présence de l'adulte apaise ( enfin normalement),
elle rassure et elle cadre. Elle permet aussi d'indiquer qu'il n'y a pas de rejet mais une volonté d'aider. C'est difficile, je sais et encore plus dans le cas d'un petit garçon qui ne parle pas
comme Ilyes, mais l'adulte peut lui parler, il entend bien et on peut aussi lui dire que c'est parce qu'il ne sait pas encore parler qu'il est en colère, et le rassurer sur sa capacité à apprendre
à parler ( ça s'appelle parler en son nom et c'est aussi un moyen d'agir ).


Guilaine 20/01/2010 15:24


C'est une observation très intéressante que voilà. Ce petit garçon ne faisait peut-être pas preuve de violence pour se faire remarquer mais plutôt parce qu'il était démuni de langage pour
s'exprimer. C'est souvent le cas chez les petits, non? A nous peut-être de leur donner les ficelles, surtout dans la cour, pour gérer les conflits, le partage, la frustration...Bonne continuation


isa 20/01/2010 16:11


As-tu une ficelle à nous donner que tu aurais sous la main et qui fonctionne bien ?


dom 19/01/2010 21:45


Avant tout Sylvia, je viens te remercier  et suis admirative devant ton témoignage ,devant le  partage " à nu" de tes observations et  des réflexions  que tu proposes. car
ce n'est pas si évident d'oser témoigner ainsi!
comme toi, je favoriserais la piste langage bien sûr, mais je rejoins aussi l'idée des collègues qui suggérent les responsabilités à lui donner même très simples pour que la confiance en lui
s'installe.( il  semble avoir  besoin de ton approbation constante en  te cherchant du regard).
 tu y arriveras Silvia , prends le temps , ne te décourage pas,
l'observation que tu viens de faire est  déjà une aide précieuse pour lui.    Merci encore une fois pour ce partage si intéressant !  


maud 19/01/2010 21:25


bonjour,
pour avoir eu ou vu des enfants de ce "type" pas ou peu de langage et donc beaucoup de solitude, d'angoisse et d'agressivité, à chaque fois on a mis en place plus ou moins consciemment une espèce
de tutorat. Il y a toujours un ou une enfant qui trouve quelque chose de positif dans le soutien de ces enfants.
Les petites filles sont des tuteurs souvent de choix car elles ont déjà un côté très maternel, nous ça a marché pour un enfant qui avait des troubles du comportement les petites filles l'aidé et du
coup cela l'appaisait réellement.

Actuellement j'ai un enfant dont la maman est japonaise et du coup il ne parle quasiment pas ni en japonais ni en français, et bien j'ai un autre enfant qui le promène partout, vient le chercher,
lui réexplique tout c'est très mignon et très enrichissant avec beaucoup de patience, beaucoup plus que moi je dois avouer. ce qui est "drôle" c'est que celui qui joue le rôle de tuteur a eu du mal
à trouver sa place dans la classe car élevé comme un petit roi et les contraintes et les règles ont été difficiles à intégrées, et là j'ai l'impression que cela l'aide à grandir.

Voilà je ne sais si cela peut faire avancer ton schmilblick.
Ah une dernière chose cet enfant n'a pas un problème de surdité???


isa 19/01/2010 23:46


ça c'est aussi trés intéressant.


Silvia 19/01/2010 19:48


Non car il commence à dire quelques mots isolés.
Merci en tout cas de vos commentaires et de vos pistes de réflexion.
Silvia


dao michele 19/01/2010 18:47


il m'est arrivé à deux reprises d'avoir des enfants qui ne "parlaient " pas ...
c'est assez souvent lié avec des problèmes type " caractériel"
dans le cas de ce petit garçon s'agit il d'une impossibilité physiologique ?


marie hingray 19/01/2010 12:10


Bonjour,
il semblerait effectivement que le langage, ici l'absence de possibilité de communiquer avec les autres par la médiation du langage, soit une obstacle majeur pour ce petit garçon. Il avait trouvé
comme moyen le geste, plus ou moins "violent" afin de se faire remarquer des autres.
je n'ai pas de piste privilégiée...peut être le mettre en valeur là où il est en réussite, le responsabiliser par rapport aux tâches de la classe...mais surtout ne pas cesser de le solliciter
verbalement dans toutes ses activités, sans insister s'il s'y oppose mais lui montrer qu'il occupe une place dans la classe et que sa participation est la bienvenue...patience, persévérence et
bienveillance.bonne journée.Marie


isa 19/01/2010 15:04


je suis d'accord avec Marie, et j'ajouterai qu'il est important de le faire exister aux yeux des autres , non pas dans la réprimande systématique ( malheureusement quelquefois c'est le cas, on
s'en aperçoit quand les parents nous parlent et nous disent : " ah il parle beaucoup d'untel") mais dans les sollicitations comme le conseille Marie et la place qu'on lui donne au sein du
groupe.