le langage d'évocation en PS

Publié le par isa

Evoquer , c'est faire exister dans sa tête, c'est faire revivre mentalement quelquechose que nous venons de vivre. Le langage d'évocation s'apprend contrairement au langage d'action qui s'acquiert de façon universelle dans les situations de communication.

Apprendre demande à l'élève de se construire des représentations mentales, il lui faut se décentrer, ne plus être dans l'action immédiate.Ainsi, il peut accéder aux opérations mentales dont l'intérêt est majeur dans les apprentissages: savoir anticiper, imaginer, se projeter dans l'avenir, émettre des hypothèses, analyser, entrer dans la déduction ou encore se rappeler, mémoriser. Afin d'entrer dans cette abstraction conceptuelle, l'élève va devoir utiliser un outil indispensable à la construction du savoir qui est le langage d'évocation.

"Prendre conscience d'une opération , c'est la faire passer du plan de l'action sur celui du langage, c'est donc la réinventer en imagination pour pouvoir l'exprimer en mots" Piaget, La prise de conscience / Réussir et comprendre PUF 1974.

"Un des problèmes majeurs de l'accés à la parole chez l'enfant, c'est précisèment cette capacité à transformer les faits en évènements" Meirieu, Congrés D'Arras de l'OCCE 2002

Après cette introduction trés académique, que vous soyez parent ou enseignant, il est primordial de savoir que votre enfant ou élève va devoir apprendre à évoquer pour entrer dans tous les autres apprentissages.

Comment ?

La première et la plus simple à pratiquer est l'activité de rappel. Bien des parents expriment leur frustration concernant ce qui se passe à l'école. " Il ne nous raconte rien, nous lui demandons :"Qu'est-ce que tu as fait à l'école ? " et il nous répond :" J'ai joué". Pourtant, l'enfant aimerait sûrement le faire, même si certains en profitent pour se confronter au désir parental, mais bien souvent, l'enfant n'a pas les moyens de le faire, il lui manque le langage d'évocation. Cependant , il ne faut pas se décourager et il faut l'inciter en pratiquant à la maison l'activité de rappel, c'est à dire toutes discussions demandant à l'enfant de se remémorer un moment vécu,un livre lu , une visite faite ... toutes les formes de récit possibles.

Et à l'école, de quels outils d'apprentissage disposons-nous ?

En ce qui me concerne, voilà ceux que j'utilise:

- Le cahier de liaison que j'ai décrit dans un précédent article est un bon outil , il leur permet d'abord de s'appuyer sur des images  qu'ils vont décrire ,ceci  est du langage d'action, puis il faut savoir les amener à aller plus loin dans leurs pensées en imaginant ce qui c 'est passé avant la photo/ image ou bien après la photo/ image, c'est du langage d'évocation.

- Il y  a aussi les activités de rappel que je conseillais aux parents ci-dessus. Il est essentiel de revenir sur ce qu'on a fait en classe, les activités physiques se prêtent bien à ce genre d'exercice. il est important de rappeler aussi ce qui a été appris, ce qu'il reste à faire. Au début, le rappel doit être immédiatement fait après l'activité, puis lorsque cela ne pose plus de problème, il est bon de différer le souvenir pour activer la mémoire.

- Je pratique également les bilans langage autour des albums de littérature, après avoir lu et relu notre livre référent de la semaine, je recueille le récit individuel des élèves qui le racontent dans leur propre langage et j'écris ce récit, cela me sert  d'observation et d'évaluation. C'est fait une fois par trimestre.

- J'ai aussi mis en place l'atelier langage inspiré de Philippe Boisseau ( dernier ouvrage: Enseigner la langue orale en maternelle. Retz). Dans la matinée, après le premier regroupement autour de la marionnette, les élèves se répartissent en ateliers, j'anime un atelier langage pendant que les autres élèves font des activités motivantes mais non contraignantes du point de vue de l'adulte, je veux dire par là que ma présence ne doit pas être nécessaire. Lors de ces ateliers de langage qui regroupent  3 , 4 voire 5 élèves ( selon le niveau de chacun) , chacun dispose de son album langage. Il s'agit d'un petit cahier dans lequel nous collons des photos de l'élève prises par moi-même dans les activtés physiques le plus souvent, c'est un thème incitateur. Les photos sont d'abord mises au centre de la table, chaque élève les regarde , les commente, se reconnaît puis choisit celle qu'il désire coller dans son album.Après le choix et le collage de la photo, l'élève doit faire les commentaires sous sa photo, l'enseignant est chargé d'être son secrétaire et d'écrire ce qu'il dit tout en l'incitant à reformuler un tout petit peu mieux. Comme pour le cahier de liaison, certains ne font que de la description donc du langage d'action, et d'autres extrapolent, parlent de ce qui n'est pas présent sur la photo, c'est du langage d'évocation. Bien entendu, il reste à la charge de l'enseignant d'inciter l'élève à sortir de la description. Voilà une explication un peu succincte des ateliers langage, j'y reviendrai.

- Enfin, le projet de classe qui me tient particulièrement à coeur et que j'ai pratiqué pendant de trés nombreuses années est l'écriture d'un livre constitué de récits de vie. J'y reviendrai aussi car cela demande de bonnes explications quant à sa mise en oeuvre et ne doit pas être envisagé sans un cadre et ses régles. Cependant , je peux dire qu'il s'agit d'un projet du troisième trimestre  quand le langage de la plupart des élèves est suffisamment étoffé . Le héros du livre est la marionnette de la classe qui va aller de famille en famille et dont les aventures seront racontées par chacun .

En conclusion, je citerai J.Hébrard " Il existe un modèle éducatif avec langage d'évocation, il existe un modèle éducatif sans langage d'évocation . Les modèles éducatifs avec langage d'évocation font de bons écoliers, les modèles éducatifs sans langage d'évocation ne peuvent faire l'écolier.L'élève va être traversé par les apprentissages sans se rendre compte qu'il est en train de faire des apprentissages. Si l'école ne se substitue pas au milieu familial, l'échec scolaire est programmé. Il y a là une responsabilité massive des maîtres du cycle 1"

Commenter cet article

Dupont 22/10/2013 18:52


Bonjour, 


je ne parviens pas à voir le nom exacte de la personne qui a rédigé cet article pourtant celui-ci est très interressant pour mon travail de fin d'étude mais mes sources doivent être exactes. :)
merci 

isa 03/11/2013 10:50



le nom exact est Isabelle Léger, c'est moi.



myrose 17/02/2012 13:48


Bonjour


Quand les élèves ont collé leur photo, pendant que le maître est secrétaire pour un élève, que font les trois autres?


Combien de temps cele dure?

isa 17/02/2012 17:19



ils écoutent ce que le copain raconte, ils regardent leur album photo,ils collent leur photo, ils observent les photos qui restent lorsque celui qui a parlé a fini , il quitte le groupe.
Un petit ne parle pas trés longtemps, cela peut prendre entre 2 et 4 mn par élève.



nadia 04/12/2011 13:36


Bonjour,


Je me posais une question:qu'est ce que l'accompagnement à l'action?Qu'est ce que  travailler le langage de situation?Avec les élèves , j'ai l'intention de constuire une maison et je veux
qu'ils expriment ce qu'ils pourraient bien y mettre , j"attends d'eux un certain lexique , suis-je en train de travailler le langage de situation?

isa 04/12/2011 18:54



le langage en situation c'est le langage d'action qui se différencie du langage d'évocation, l'enfant décrit ce qu'il vit, ce qu'il voit, il n'est pas dans la représentation mentale, il
n'a pas besoin d'évoquer, il n'a pas à se créer des images mentales, les images sont réelles. Cela n'a rien à voir avec l'utilisation du lexique, pour les deux types de langage , les élèves ont
besoin d'avoir un vocabulaire multiple.



Marie 31/08/2011 20:04



Ah d'accord. Donc vous faisiez tourner les ateliers comment ?



isa 31/08/2011 22:06



lire dans organisation pratique les 3 articles sur la gestion des ateliers ICI



Marie 31/08/2011 16:54



J'ai une question ! Si j'ai bien compris, l'atelier où vous remplissez l'album langage (avec une photo choisie par un enfant) s'effectue tous les jours et toutes les semaines.


Alors quand est-ce que vous prenez en main un atelier dirigé ne concernant pas le langage ?



isa 31/08/2011 18:48



sur la seconde plage d'ateliers après la récréation et après la sieste.



Julie 21/08/2010 02:24



Bonjour Isa,


je me remets enfin au boulot, je vois que certain(e)s y sont depuis longtemps!!


cette année sera ma première année complète en PS (j'ai eu des grands jusque là et des petits l'année dernière à compter d'avril). je trouve tout ton travail sur le langage vraiment extra et
surtout trés structuré. C'est ce que j'ai trouvé difficile avec les petits l'année dernière (par rapport aux grandes sections). je n'arrivais pas à faire progresser de manière significative les
"petits parleurs". je me lance donc dans l'album langage et le cahier de liaison. Aprés plusieurs heures passées à lire les articles, les commentaires... je me sens prête à me lancer!! je te
donnerai mes impressions au fur et à mesure de mes mises en oeuvres! cependant, j'ai encore des questions en ce qui concerne les bilans de langage: en fais-tu un par enfant et par trimestre ou
plus? ce bilan étant individuel, à quel moment de la journée le cale-tu? Est-ce le seul bilan "officiel" que tu fais sur le langage ou est-il étoffé par d'autres? tes bilans sont-ils toujours
basés sur des livres ou utilises-tu d'autres supports (sorties, activités extraordinaires?)


Une autre question sur Dalma. lorsqu'il partait dans les familles, emmenait-il avec lui une "valise" et que mettais-tu à l'intérieur? Quel était le support utilisé par les familles pour raconter
le séjour de dalma (cahier, classeur avec des feuilles préparées par tes soins?)? la marionnette partait-elle en fonction des demandes des enfants ou y avait-il un tour de rôle organisé?


je trouve ton site absolument merveilleux et il me permet de réfléchir à mes pratiques et à remettre sans cesse en question mon mode de fonctionnement. je ne suis pas encore en mesure de
"fournir" le site, mais j'espère y arriver un jour. merci encore!



isa 21/08/2010 10:40



bilan langage: un par enfant, un par trimestre, c'est un bilan individuel, dans un atelier de langage, le groupe joue et je les prends un par un, cela demande beaucoup de temps, il faut
compter la semaine pour passer tous les élèves donc, je ne les multiplie pas. Le premier bilan est toujours sur un livre vu précédemment, le second est parfois sur un livre choisi par l'élève
parmi ceux étudiés durant la période, mais j'ai aussi parfois fait des bilans de second trimestre sur des sujets d'étude par exemple: ce qu'on avait appris sur tel artiste ou bien je me rappelle
un travail sur les grenouilles, enfin le troisième trimestre, le bilan c'est le récit que l'élève fait après avoir emmené la marionnette chez lui. La marionnette partait avec sa valise et le
contenu varie selon les années, mais toujours avec pyjama, brosse à dents et livre, un tirage au sort désignait celui qui l'emmenait et les familles avait dans la valise un petit carnet pour
noter le récit. Tu pourras lire tout ça dans mes différents articles.